Un mur coloré, des jeux d’enfants comme tours de contrôle, la Maison Pour Tous de Fontbarlettes que tous nomment MPT, sert de phare à ce grand quartier populaire de Valence-Le-Haut où vivent près de 8000 âmes sur les 65000 du bassin valentinois. Fontbarlettes, comme beaucoup de ZUS se composent de tours et de barres « historiques » qui font face aux bâtiments voués à la démolition et aux grues des projets ANRU. Sa MPT est un bâtiment géométrique d’un seul étage qui sert de boussole à près de 200 gamins. A sa tête, Nordine Mana, originaire d’un autre grand quartier populaire, La Villeneuve à Grenoble. Recruté pour une expérience et des compétences qu’on tardait à lui reconnaître dans sa ville d’origine, il a mis les voiles sur Valence pour en devenir le capitaine.

Ce quadra charismatique, grand brun à la carrure sportive, encadre près de 90 agents qui font tourner le centre de loisirs et toutes les activités de la MPT. Et cette Maison Pour Tous est bien plus qu’un lieu de prestation de services de loisirs. Elle fabrique du lien social, indispensable dans un quartier marqué par les caractéristiques qui font se ressembler tous les quartiers populaires : Absence de mixité sociale, taux de chômage largement plus élevé qu’ailleurs, précarité généralisée, nombre élevé de familles monoparentales, mauvaise réputation du quartier…

Et quand on parle de « la crise » à Nordine, elle ne semble pas avoir changé grand chose sur la Villeneuve de Grenoble ou sur Fontbarlettes, ses deux quartiers, de naissance et d’adoption. « Ça n’a pas radicalement changé la vie des gens des quartiers comme les nôtres. Pour nous, c’est la crise depuis 30 ans… Car la vraie solution aux difficultés des quartiers, c’est le boulot. Quand tout le monde bossera, ça résoudra bon nombre de problèmes… ». Mais en attendant un hypothétique retour au plein emploi, ces quartiers populaires se bougent grâce au dynamisme des habitants, des associations de quartiers ou des structures comme la Maison Pour Tous de Fontbarlettes. « Et la MPT permet de se faire rencontrer dans un seul et même lieu toutes les communautés qui vivent côte à côte et de tisser les liens durables entre tous les habitants qui la fréquentent…».

Nordine Mana, arrivé en 2009, peut compter sur une équipe expérimentée avec des personnes ressources incontournables, née sur le quartier, comme Régnia Nakib, 37 ans. Blonde et souriante, dans un jeu à la « Qui est qui », on lui aurait attribué la direction d’un grand magazine féminin, tellement le look est chic et étudié. Pourtant le domaine qu’elle connaît par cœur, c’est le social et la sociologie des populations des quartiers populaires de Valence n’ont aucun mystère pour elle. Coordinatrice d’animation globale, elle travaille sur plusieurs structures dont la MPT de Fontbarlettes, celle du Polygone et du Plan, deux autres quartiers sensibles.

Avec sa pointe d’accent valentinois, elle aborde tous les sujets sans tabou, même les plus douloureux comme le trafic et la consommation d’héroïne sur la région. « Il y a de plus en plus de consommation et de toxicomanie dans les zones rurales comme en Ardèche par exemple… Or comme Valence se situe à la croisée de grosses agglomérations comme Marseille, Lyon et Grenoble, elle est devenue la plaque tournante du trafic de l’héroïne en région Rhône-Alpes. » Avec tous les fléaux que cela peut générer sur le quartier. Car outre le trafic, elle estime de 5 à 10% les jeunes accros à l’héroïne sur Fontbarlettes. Une association, Tempo, est à la disposition des jeunes et la MPT prend part aux actions de prévention. « Mais personne ne peut secourir quelqu’un qui se marginalise et qui refuse tout secours extérieur… » Déplore-t-elle pour ceux qui ne peuvent pas être aidés.

Car si les associations, la MPT et ses partenaires ne peuvent pas régler tous les problèmes générés par la société, on devine, à la lecture de la liste des activités proposées par la Maison Pour Tous, qu’elle fait office de bouffée d’oxygène pour nombre d’habitants et pour tous les jeunes qui peuvent s’y investir. Un phare donc, ou encore un point de rencontre pour des parents en recherche de soutien, des cours d’alphabétisation pour les primo-arrivants, des ateliers d’anglais ou d’informatique pour tous, et un endroit où les jeunes ados peuvent se construire autour de projets éducatifs comme ce théâtre-Forum où seront abordés les thèmes des médias, du respect et de la toxicomanie justement. Car comme le souligne Régnia, « la MPT est avant tout un lieu de vie pour tous les âges et elle occupe un rôle central pour les habitants du quartier ».

Sandrine Dionys.

Carte postale video de Fontbarlettes


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