Malgré l’interdiction de la manifestation de soutien au peuple palestinien par la préfecture de police de Paris samedi 19 juillet, les organisateurs ont maintenu le rassemblement à Barbès. Plus d’un millier de personnes ont répondu présent.

Depuis la ligne 5 du métro en direction de Gare du Nord, plusieurs manifestants décident de se rendre à Barbès à pieds. Sauf qu’a leur arrivée, un comité d’accueil de policiers est déjà présent. Leur consigne est de ne laisser aucun manifestant se rendre à Barbès. Les forces de police ont vite fait d’encercler les manifestants très rapidement. Ce qui ne décourage pas les manifestants pour autant, qui expriment leur mécontentent en brandissant le drapeau français et en chantant la Marseillaise.

IMG_20140719_155022IMG_20140719_155022Du côté de la Gare du Nord, la place se remplit rapidement. Au moins 1 000 personnes sont présentes,  des femmes, des enfants, des personnes âgées, de toutes confessions, qui ne comprennent pas cette interdiction injuste de manifester, à l’instar de cette jeune femme :  » Je suis là aujourd’hui car il y a un territoire, la Palestine, qui se fait coloniser et massacrer. Nous sommes dans un pays démocratique et nous avons donc le droit de manifester. Aujourd’hui, nous sommes en 2014 et personne n’a le droit de nous interdire de manifester. J’étais à la manifestation de dimanche dernier à Barbès, le rassemblement était pacifique de A à Z. Mais, seulement, à la fin, des militants de la LDJ (Ligue de Défense Juive, ndlr) sont venus provoquer les manifestants. Une vidéo le prouvant circule sur les réseaux sociaux et montre bien le comportement violent des membres de la LDJ. Et, je regrette vivement que les médias ne l’aient pas diffusée... »

photo (1)Même son de cloche chez Florent, kippa vissée sur la tête, tenant une pancarte sur laquelle est inscrit en arabe et en hébreu « Salam. Shalom », qui se dit juif soutenant le peuple palestinien. « C’est le minimum de venir quand des frères humains se font assassiner. Je suis contre la colonisation et je ne vois pas pourquoi on ferait chier des gens où ils habitent.« 

Il fait chaud, les manifestants transpirent, et parmi eux, beaucoup font le ramadan. Mais, cela ne les décourage pas pour autant. Ils veulent faire entendre la voix des Palestiniens. Certains manifestants brandissent des écritos sur lesquels on peut par exemple lire  » 300 morts palestiniens contre 1 mort israélien, ce n’est pas une offensive mais c’est une boucherie » ou encore « Humanistes pas antisémites ». De la bouche des manifestants résonnent des slogans comme  « Enfants de Gaza, enfants de Palestine, c’est l’humanité qu’on assassine« , ou  « Israël assassin, Hollande complice.« 

IMG_20140719_154456Devant l’entrée principale de la Gare du Nord, un sit-in est improvisé. Sous la chaleur, une minute de silence se tient, en hommage aux morts palestiniens des jours derniers. Beaucoup de policiers, habillés en civil, se fondent dans la masse. Une flopée de fourgons sont stationnés. Les policiers en uniforme, casqués et armés de bombes lacrymogènes, de matraques, de boucliers n’hésitent pas à se servir de leurs moyens lors d’une première altercation avec les manifestants qui ont tenté de passer. Certains manifestants se réfugient dans un fast-food à proximité, d’autres sont aspergés de gaz lacrymogène. L’une des employés du restaurant, visiblement touchée, sort du restaurant en larmes et demande des explications aux policiers, déjà occupés à d’autres matraquages.

IMG_20140719_172525Vers 16h15, certains manifestants commencent à se diriger derrière la Gare du Nord pour emprunter une rue à côté de l’hôpital Lariboisière. A l’arrivée d’un carrefour,  les forces de police bloquent déjà les rues. Aucune autre issue, malgré plusieurs tentatives pour rejoindre à pieds point de rendez-vous à Barbès. Certains parviennent néanmoins à atteindre Barbès, sans toutefois réussir à atteindre le cortège principal. Dans un croisement de Barbès, différents rassemblements se forment en même temps que différents barrages policiers, provoquant des échauffourées. Dans les rangs de manifestants, frustration et incompréhension se lisent sur les visages.

Un autre groupe de manifestants se trouvent rue de Clignancourt. Tous les rideaux de fer des magasins sont baissés, les riverains courent pour rentrer chez eux rapidement. Une ambiance de mai 68 règne presque. Du haut du quatrième étage d’un immeuble, un habitant jète des œufs sur les manifestants. A ce moment, des CRS débarquent en masse et chargent avec force. Coups de matraques sur les personnes qui leur tombent sous la main. Certains policiers  ne font pas de différence entre les hommes et les femmes. Très vite, la peur et la violence montent d’un cran. Une manifestante, aspergée en plein visage, fait un malaise. Des cris retentissent,  les visages sont terrifiés. Au loin, la sirène des pompiers retentit. Certains manifestants tentent autant que possible de protéger les femmes et les enfants contre l’assaut des policiers.

IMG_20140719_190416Il est 18h30 quand certaines personnes décident de quitter le rassemblement. Mais la police ne laisse personne sortir. Les manifestants restent encerclés car les rues et les bouches de métro sont toujours fermées. C’est seulement aux environs de 19h que certains fourgons de police commencent à quitter Barbès, hués par la foule, qui a tôt fait de se disperser, laissant derrière elle un spectacle de rue digne d’une scène de guerre. Au cours de cette manifestation proscrite par les autorités, 38 personnes ont été interpellées.

IMG_20140719_191309Hana Ferroudj

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