En entendant les récents propos de Gérard Longuet sur « le corps traditionnel français », je me suis souvenu que ce dernier était un représentant lorrain, plus exactement de la Meuse. Ce qui avait forcément une dimension particulière pour le Lorrain de naissance que je suis. Il faut tout d’abord que je vous avoue que lorsqu’on grandit dans une modeste ville des Vosges, comme ce fut mon cas, on remercie le ciel d’une chose : c’est de ne pas grandir en Haute-Saône ou dans la Meuse… Parce que nous au moins, nous avons les montagnes ! (Les Haut-Saônois et les Meusiens sauront me pardonner cet affront.)

Pour que le lecteur situe mon propos, la Meuse c’est à peine plus de 30 habitants au kilomètre carré. Sa préfecture, Bar-le-Duc, ne fait pas plus de 16 000 habitants. Généralement l’autobus est l’élément indispensable pour se rendre au collège ou au lycée. Ce dernier ne manque pas d’avoir un internat pour ceux qui habitent vraiment trop loin. Il ne faut d’ailleurs pas espérer trouver un cinéma à proximité de chez soi et lorsque vous êtes adolescent, la bicyclette est souvent votre meilleure alliée pour aller voir vos potes qui habitent à 10 kilomètres.

Dans ces circonstances, le luxe ultime c’est la mobylette voire le scooter pour les plus modernes et les moins sportifs. Bref, si vous pensiez que Marly-Gomont, le pays de Kamini, c’était de la mise en scène ou même une anomalie dans le paysage français, je tiens à affirmer au lecteur qu’il ne pourrait être davantage dans l’erreur.

Cependant la Meuse est surtout connue pour Verdun, et les 300 000 soldats morts lors d’une des plus grandes batailles de la Première Guerre mondiale. Le sang de Français de tout l’Hexagone y a été versé durant cette véritable boucherie qui avait dans le but de défendre le pays contre l’envahisseur teuton. C’est d’ailleurs cette bataille qui permit à Pétain d’établir cette renommée exceptionnelle dont il tirera partie jusqu’aux heures sombres de l’occupation.

Enfin la Meuse, c’est aussi un département de la Lorraine. Une région qui a vécu au rythme de la croissance et du déclin de la sidérurgie française. Pendant plus d’un siècle, l’économie du charbon et de l’acier sera le poumon de la région. Ce dynamisme économique provoquera l’arrivée de nombreux migrants, en particulier italiens. Et comme un symbole des années 80, alors que la région est frappée de plein fouet par la crise de la sidérurgie, l’orgueil de régional sera porté par un enfant du pays, descendant d’immigré, un certain Michel Platini.

Alors en repensant à mes années de jeunesse, je me dis que chacun d’entre nous regarde le monde avec une part de subjectivité liée à ses racines et son terroir. Il nous appartient de nous en souvenir si nous voulons comprendre et accepter l’autre.

Cédric Roussel

Cédric Roussel

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