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Troisième étage. C’est la chambre d’une enfant. Le papier peint rose a jauni, les murs s’effritent. Quatrième étage. Les traces d’un feu ravageur. La fumée noire qui se dessine encore sur les murs. Septième étage. Un signe tribal tagué à la bombe sur un balcon ;  comme ancré. Les yeux sont rivés, scrutent les moindres souvenirs. Les habitants saisissent une dernière photo, une dernière image, qu’ils emporteront.

Il est 11 heures. Ils avaient dit qu’à 11 heures le « grignotage de la barre Balzac » allait commencer. En douceur. « C’est une mauvaise idée. J’aurais préféré voir Balzac imploser. Comme ça, on n’en parle plus. Là, chaque jour quand on passera devant, on va y penser » regrette une dame. « J’y ai vécu 37 ans » poursuit-elle. 37 ans, la moitié d’une vie, dans un appartement de cette barre grisâtre. 37 ans, grignotés par un mastodonte destructeur.

« C’est ici que le petit a dit qu’il allait tout nettoyer au Kärcher, ne l’oublions pas » clame une autre dame. Le petit, c’est Sarkozy. Elle ne dit pas son nom. En 2005, le ministre de l’Intérieur était venu, avec une troupe de journalistes. Il a dit ces mots qui sont restés, cette promesse que personne n’a oubliée. « Mais il faut pas lui mettre tout dessus » le défend une autre.

11 heures et quelques gravats de minutes. Sous une tente blanche plantée dans le béton, la cérémonie s’élance. Le Maire rouge, Gilles Poux, fait l’accolade au député rose, Daniel Golberg. Stéphane Troussel prend le micro. Une famille regarde le spectacle qui se joue sous ses yeux, n’écoute pas vraiment. « On avait un 120 m2 ici, avant … On nous a relogé, on nous avait dit que ce serait au même prix. Mais les loyers ont doublé » explique calmement la femme. Et l’homme de reprendre : « Il fallait bien que cette destruction arrive ». Il a la gorge nouée.

La grignoteuse se déploie dangereusement jusqu’à un appartement, tout en haut. Elle va bientôt donner son premier coup. « Bon débarras ! » se félicite trois mères de familles. « Pour nos enfants, c’est très bien. Il y aura moins de dealers et moins de problèmes. C’était plus possible, c’était la tour infernale ». Balzac, gigantesque, se voit plantée d’un coup de grue. Le premier. La mythique n’est plus. « C’est trop triste, fallait pas la détruire » regrette un enfant du coin. Il est né et a grandi ici.

D’un coup, un collectif de sans-abris, squatteurs de l’immeuble Balzac, expulsés il y a un an sans être relogés, se pose derrière le Maire. Quelques feuilles imprimées face aux caméras. La police intervient avec force. Des coups. Des cris. La cérémonie de démolition vire au chahut général. Les bébés ne pleurent étrangement pas. Les expulsés, qui dorment dans des tentes depuis un an, hurlent leur désespoir. Les policiers frappent, ils répondent, ça bastonne. « Je voudrais préciser que tous ceux qui avaient un bail ont été relogés » s’indigne Gilles Poux.

Mais le Maire, pris à parti, persiste à garder son sourire narquois. Puis s’en va. Dans la cohue, une femme est dans les vapes, on lui donne des baffes. Et pendant ce temps là, la grignoteuse a bouffé un appartement. Les débris tombent du ciel. Et explosent à nos pieds. On nous raconte que « l’école est collée au bâtiment. Les enfants, depuis la cour, voient Balzac. Et les dernières semaines, ils regardaient les ouvriers qui jetaient les derniers objets abandonnés par dessus les fenêtres. Canapés, bibelots, ça formait un gros tas au pied de la tour ».

Peu à peu, Balzac va s’évanouir. Y parait qu’en septembre, elle sera totalement grignotée. « Bon, bah je crois qu’il n’y a plus rien à voir » croit savoir une dame du quartier. Elle s’en va.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah.

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