Depuis le début de la semaine, rendez-vous était donné ce samedi 19 juillet dans le quartier de Barbès pour manifester sereinement en solidarité avec le peuple palestinien. La veille, le rassemblement a été interdit par la préfecture de police de Paris, après ordre dicté par le gouvernement Valls. Edito.

L’interdiction d’une manifestation dans une démocratie est équivalente à l’incendie d’une bibliothèque dans une dictature…

Le gouvernement vient de commettre une énième erreur d’appréciation. Partout dans le monde, des citoyens expriment leur solidarité avec le peuple palestinien. Cette solidarité, qui est avant tout une demande de justice, n’est en aucun cas une manifestation d’antisémitisme larvée dans laquelle certains veulent les enfermer. En France, la puissance publique, incarnée par le ministère de l’Intérieur, se doit d’encadrer les manifestations afin d’éviter les troubles à l’ordre public. Pas l’inverse.

Pourtant, c’est avec une quasi-certitude que les observateurs avaient prédit ce qui allait se passer à Barbès aujourd’hui. Tous ou presque considéraient qu’il fallait autoriser cette manifestation et l’encadrer pour circonscrire les débordements. Il en va ainsi avec des dizaines d’événements de ce genre chaque semaine un peu partout en France, que ce soit pendant les grèves de certaines catégories professionnelles, des opérations coup de poing des syndicats, des contestations de militants politiques ou encore des regroupements de citoyens excédés par le mépris.

La rue est un instrument politique respectable dans une démocratie. La France est bien connue, parfois moquée, pour cette tradition révolutionnaire ! Si malgré toutes ces précautions, des énergumènes franchissent le rubicon pendant une manifestation, l’arsenal juridique français est à la disposition des autorités pour leur demander des comptes et pour les mettre devant leur responsabilité.

Sur ce coup, le gouvernement a manqué de maturité et de recul. Cette interdiction aboutit à l’effet inverse recherché. Elle a exacerbé le sentiment d’injustice vécu par les manifestants, redoublé par le caractère isolé de la position française. La France donne l’impression d’une position partiale dans ce conflit, avec un gouvernement sourd et déconnecté, gérant une situation à travers des communiqués de presse et un verbiage alambiqué.

Rajoutons à cela un traitement médiatique sans cesse remis en cause et contesté, par des images, relayées sur les réseaux sociaux. La vérité n’est pas toujours là où l’on pense. Plusieurs rédactions étrangères ont enquêté, suite aux altercations devant les synagogues lors de la première manifestation. Il en ressort un autre récit qui contredit, preuves à l’appui, la version diffusée en boucle dans les médias français. Tout cela alimente les suspicions et éloigne davantage les citoyens des médias de masse perçus comme des courroies de transmissions des gouvernements en place.

Parler d’importation du conflit en France résulte bien de la non-prise de conscience d’une réalité qui saute aux yeux aujourd’hui : la mondialisation des images, la rapidité des échanges, le partage des émotions collectives en temps réel. Sans oublier le déplacement du centre de gravité de la chose publique :  la fabrication de l’opinion politique existe hors des sentiers battus, loin des réseaux constitués et des salons à plafonds dorés…

Le conflit israélo palestinien n’est pas une nouveauté en France. Il est au centre des débats politiques depuis les années 1970. Certes, il est complexe, il suscite des dérapages inadmissibles, des actes criminels. Ce fut, aussi, le théâtre de quelques pages sombres de l’histoire française du 20e siècle, chargée de renoncements, de culpabilité et de non-dits. Malgré tout, il ne peut être galvaudé ou tout simplement traité sous le prisme de l’émotion ou du religieux. La France a un rôle à jouer pour accompagner les principaux protagonistes vers le chemin de la paix. Sa voix compte. L’opinion française est en droit d’exprimer un avis sur les affaires du monde. Ses dirigeants doivent créer les conditions sereines du débat démocratique, à commencer par le respect du droit constitutionnel en faveur des manifestations de rue. Tout cela ne contrevient aucunement aux valeurs de la République. Bien au contraire, il les renforce.

Nordine Nabili

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