MUNICIPALES 2014. Mobilisation de l’électorat « musulman » par la droite autour du thème polémique du mariage pour tous, campagne dominée par l’intérêt individuel au niveau local, ras-le-bol du bipartisme et tentation vers l’extrême. Ou comment la carte de France des municipalités est devenue bleue. Billet d’humeur.

Ma mère, comme la tienne sûrement, m’a toujours dit de me méfier des inconnus qui me proposeraient des bonbons à la sortie de l’école. Plus tard, en période d’élections, tu apprends par toi-même à te méfier des candidats, à la sortie du marché. Ton petit bulletin dans l’urne pour un logement, une place en crèche, un emploi ou un rendez-vous à la mairie « pour voir ce qu’on peut faire ». Et ainsi, les petites préoccupations servent les grandes ambitions. Pour une campagne municipale, ça, s’est presque normal, c’est de la petite politique de proximité. Du clientélisme ? Tout de suite les grands mots, non, juste du donnant-donnant. Du classique, du réchauffé.

Il ne s’agit là que de la petite artillerie, sorte « d’arguments-fantassins ». Certains candidats ont sorti l’arme atomique et parfois, sans aucune vergogne. Hiroshima de l’argumentaire pour tous ces candidats de droite, mouvance politique connue pour s’arc-bouter sur une vision de la laïcité consistant à faire aimer le jambon aux musulmans et les cheveux au vent aux musulmanes, qui ont joué la carte du « mariage pour tous ». Dans certaines villes avec une communauté musulmane importante, certains candidats UMP ont sans malaise, utilisé le Coran comme allié. Voter PS, c’est voter mariage pour tous, or, la religion l’interdit donc si tu votes socialiste, tu vas aller en enfer, et peut-être même que ta ville sera promise au même destin que Sodome et Gomorrhe. A ce moment-là, la religion ne dérange plus personne au sein de la République.

Faut dire que pendant ce temps, les socialistes avaient autre chose à faire, ils jouaient à « fusionne ou fusionne pas ? Ouais, mais en même temps si je fusionne, je suis plus tête de liste, donc je vais pas fusionner car les pauvres vont forcément voter pour moi et je vais gagner et c’est moi qui sera au bout de la table du conseil municipal et ça les fera bien chier ça les autres ». Ou au plus simple, « rien à foutre, je me retire pas, je vais rester là, y a moyen que je gratte un siège ». Si les élus UMP ont su s’ouvrir à un nouvel électorat, à gauche, certains ont l’air d’avoir fait campagne dans un bunker, loin, très loin de la vraie vie des gens mais avec leur égo en bandoulière. Et dans certaines villes, patatra, comme à Mantes-la-Ville, des candidats de gauche ont tellement été obnubilés par leurs petites batailles que le candidat FN en a profité pour passer devant.

L’électorat évolue et le Parti socialiste, dans ces élections, est resté sur le bas côté, le dos tourné aux événements. Le dos tourné aux classes les plus modestes, aux minorités, son électorat de base. Mais la politique c’est comme l’amour, si rien ne change ni n’évolue au bout d’un certain temps c’est lassant. Et la banlieue semble dire à la gauche « tu me regardes plus, ou alors comme il y a 20 ans ». Aujourd’hui, une partie des électeurs du Parti socialiste semble crier, réclame un changement, une prise de conscience. Cet électorat-là en a marre de la maison de quartier et voudrait voir à quoi ressemble Solférino sans que cela ressemble à « nos petits banlieusards du 93 découvrent la civilisation ».

Mais les gens ont l’impression qu’on ne les entend plus, alors ils n’y croient plus. Preuve en est la phrase que j’ai sûrement entendu mille fois durant cette campagne, à Paris, en banlieue ou en province, « vous croyez vraiment que ça va changer quelque chose ? » avec dans l’œil autant d’espoir et de vivacité que dans celui d’un merlan pêché depuis deux mois. Pour beaucoup, rien ne va changer, alors autant mettre un peu de piquant là-dedans en votant FN et voir ce que ça donne après tout. Le FN, c’est le Mentos que tu balances dans la bouteille de Coca de la vie politique pour voir comment ça va péter, comment il va y en avoir partout.

Et effectivement, il n’y a qu’à jeter un coup d’œil au traitement médiatique de ces élections, le FN est partout, parce qu’il remporte une dizaine de communes… sur 36 681. Marine le Pen crie victoire comme si elle avait mis tous les Algériens de Marseille sur un même bateau.

Sans compter l’information principale basée sur une absence d’informations de ce lendemain de scrutin : le remaniement, ce « je vous ai compris » remasterisé qui ne fait frétiller que les commentateurs politiques. « Manuel Valls a passé une heure à l’Elysée », « Hollande et Ayrault se sont entretenus » puis les spéculations déferlent. On redistribue les postes au sommet de l’Etat, certains se retrouveront peut-être au chômage et pointeront au Pôle emploi, avec leur électeurs d’hier, qui sait ? Peut-être cela leur permettra-t-il de revenir à la vraie vie et de réaliser que finalement, la nourriture servie à l’Elysée, elle est drôlement bonne.

Latifa Oulkhouir

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