Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don



Un dimanche à Bondy, c’est sacré. Certains vont à l’Eglise. D’autres se sont trouvés une passion à laquelle ils ne renonceraient pour rien au monde : j’ai nommé la RN3, les Champs-Elysées locaux où tous les magasins sont ouverts ce jour-là. Cette artère qui fait office de ligne de démarcation entre deux mondes, Bondy Nord et Bondy Sud, est devenue le rendez-vous incontournable des fashionistas de Bondy, les daronnes (nos mamans, si vous préférez). Celles-là mêmes que l’on peut apercevoir au marché la veille.

Tati, Gémo, Halles aux vêtements, Halles aux chaussures, sans oublier les indispensables Conforama, Darty, Fly… J’en passe. Je suis donc allée un de ces dimanches sur les « Champs » de Bondy. Si vous êtes accompagné d’une maman, autrement dit une addict, prévoyez la journée, car elle sera longue. « Tu ne laisserais quand même pas ta mère aller là-bas toute seule ? » Ah ! Toujours ce chantage affectif et chez moi, les remords. Ça prend à chaque fois. Le fait est que votre mère aurait très bien pu y aller toute seule, sur cette RNA dominicale, car elle y connaît tout le monde, jusqu’à la caissière du Tati. Arrivée sur place, c’est à peine si elle a conscience de votre existence.

Ces commerces en sont une distraction et un moment de détente entre copine d’une cinquantaine d’années. L’un de leurs points de rendez-vous favoris est le stand t-shirts de Tati. « Alors, Malika je ne t’ai pas vue au marché de Bondy hier… – Oui, c’est vrai, j’étais un peu fatiguée, c’est pour ça… » Ambiance très club, au fond : si on ne t’a pas vu au marché de Bondy le samedi et qu’en plus, on ne te voit pas à Tati le lendemain, c’est que t’es « has been ». Et tu risques d’être rayée de la liste des fashionistas de Bondy. Viens avec ta fille si tu veux, mais viens !

Ces femmes peuvent parler de tout et de rien pendant des heures et ressortir du magasin, bredouilles. C’est ça, les emplettes, à Bondy-Sunday ! Je n’y accompagnerais pas ma mère tous les dimanches, mais une fois de temps à autre, de façon très espacé, j’avoue que ça m’amuse.

Avenue mythique, la RN3 brasse le dimanche un monde considérable, venu de tout le 93. « Il y a tout ce que vous voulez aux Champs-Elysées », dit la chanson. Ici, c’est presque pareil : « Y’a tout ce que tu veux », si j’en crois les squateuses du stand Tati.

Zineb Mirad

Zineb Mirad –

Articles liés

  • Étudiants ultramarins : une rentrée à des milliers de kilomètres de chez eux

    Étudier dans l’Hexagone implique, pour de nombreux jeunes ultramarins, de partir à des milliers de kilomètres de chez eux. En 2023, 39 700 étudiants ayant obtenu leur baccalauréat dans une académie ultramarine poursuivaient leurs études dans l’Hexagone. Entre offre de formation limitée, éloignement familial et découverte d’un nouveau quotidien, cette mobilité impose une double adaptation.

    Par Iris Pastel
    Le 25/09/2026
  • Affaire Emmodem : l’Algérienne qu’on croyait connaître

    Une mère voilée, un père sous OQTF, du « sang DZ » et de l’islamophobie : il n’en fallait pas beaucoup pour donner vie à l’alter ego algérien inventé par la streameuse Emmodem. Une affaire qui en dit peut-être autant sur son autrice que sur les clichés qui ont permis d’y croire.

    Par Sofiane Zerouala
    Le 28/08/2026
  • Racisme au travail : ces violences qui abîment la santé mentale

    Au printemps, l'Institut d'études et d'actions citoyennes (IEAC) organisait un colloque consacré aux discriminations raciales au travail et à leurs conséquences sur la santé mentale. Professionnel·les de santé mentale, juristes, représentant·es syndicaux et salarié·es se sont retrouvés pour mieux reconnaître et combattre ces violences.

    Par Farah Rhimi
    Le 06/08/2026