« Il y a à la fois de la tristesse, mais aussi de la colère de ne pas être entendus », exprime le président de la section football de l’AS Fontenay-aux-Roses, Mehdi Cheikh. Des sentiments partagés par les licenciés du club, les parents et les éducateurs. Ce désarroi a été provoqué par une décision du conseil municipal qui a validé un projet de géothermie sur le terrain du club de foot.
Adoptée en mars dernier, cette décision doit permettre à la société publique locale, GeoSud 92, de commencer un forage sur le terrain synthétique du stade du Panorama. Mais le terrain synthétique du stade est le seul de la ville, praticable et homologué, pour la section foot du club fontenaisien.
« Le dialogue est quasiment au point mort. Lors de notre dernière réunion, le maire m’a fait comprendre qu’on allait travailler ensemble pour un terrain en pelouse avec 12 heures d’autonomie », assure le président du club. Un nombre d’heures bien en deçà des besoins du club, déplore Mehdi Cheikh qui précise que le club compte aujourd’hui plus de 500 adhérents à travers plusieurs sections.
Ils sont en train de casser une dynamique
En un week-end, c’est déjà plus de 10 heures de terrain utilisé, ce qui devrait user rapidement le terrain. Une décision incompréhensible pour eux, considérant l’évolution du club. En effet, l’AS Fontenay-aux-Roses revient de loin. Il y a quelques années, les catégories de foot à 11 ont été supprimées avant d’être rétablies en 2020.
En 5 ans environ, les acteurs du club ont œuvré pour que leurs sections retrouvent une place dans le giron sportif des Hauts-de-Seine. « Il y a de l’engouement, donc du monde vient voir les matchs au stade. Là, ils sont en train de casser une dynamique, sportivement, même au niveau de ce que ça a créé au sein de la ville, ils sont en train de tout gâter », regrette un adhérant du club qui souhaite rester anonyme.
Une mobilisation de la communauté du ballon rond
Pour se mobiliser, l’AS Fontenay-aux-Roses a lancé une pétition qui a réuni plus de 1 200 signatures en quelques semaines. Le club bénéficie du soutien du club de Sceaux, mais aussi d’Adama Soumaoro, joueur franco-malien passé par Lille, l’ancien international marocain, Aatif Chahechouhe, et Sambou Sissoko qui joue actuellement à Valenciennes.
La situation du club a par ailleurs été relayée par Instant Foot, sponsor de l’équipe 1 des séniors et un des comptes les plus suivis sur les réseaux sociaux concernant l’actualité du football. L’AS F.A.R, en plus de la pétition, a publié le 16 avril dernier une lettre ouverte intitulée « La géothermie sans solution pour le football à Fontenay-aux-Roses : ils creusent pour chauffer la ville mais ils enterrent le club ».
Une lettre dont la première adjointe du maire Laurent Vastel, Gabriela Reigada, avait répondu publiquement trois jours plus tard sur Instagram. « Aucun travaux de géothermie ne démarrera tant qu’une solution viable pour la pratique du foot n’est pas créée […] En attendant vous aurez toujours accès au terrain actuel. Il n’y aura donc pas d’arrêt d’entraînement ou de mise en péril quelconque de la section foot », soutient l’élue. Contactée par le Bondy blog, la mairie n’a pas répondu à nos sollicitations.
Des plans B qui ne convainquent pas
Parmi les solutions viables, il y aurait alors la rénovation du terrain en pelouse naturelle laissé en friche qui jouxte celui en synthétique, et l’utilisation d’un autre terrain synthétique dans la ville mais qui ne serait pas aux normes pour pratiquer du football à 11. L’emprunt de deux terrains synthétiques à Bourg-la-Reine, la ville voisine, est aussi envisagé. Le terrain en pelouse naturelle, dont la visite nous a été faite par Inès, community manager du club, révèle en effet des bosses et des dénivelés.
« Avant, c’était une ancienne déchetterie automobile. Dans le sol, il y a plein de carcasses de voitures très profondes. Plus le temps passe, plus elles rouillent, c’est pour cela que le sol s’affaisse de plus en plus. Une rénovation superficielle ne suffira pas sinon le sol est toujours voué à s’enfoncer », explique-t-elle. À ce jour, seule une rénovation partielle de la piste d’athlétisme autour de la pelouse a été faite, une deuxième phase devrait suivre durant l’année.
Dans l’extrait d’un courrier adressé par le maire, Laurent Vastel, à GeoSud 92, le 4 mars dernier, l’élu assure qu’il apparaît « nécessaire d’envisager une concertation entre GeoSud 92, Vallée Sud Aménagement qui porte le projet de réaménagement du stade, VSGP (Vallée Sud Grand Paris) qui gère les installations et la Ville afin de prévoir l’utilisation du terrain de football et de maintenir une activité jusqu’à la rénovation du stade et au-delà. »
Un futur flou
Un projet de rénovation de nouveau réitéré par le maire lors d’une réunion publique le 26 mars, où cette fois il est question de deux terrains synthétiques pour l’horizon 2026-2027, toutefois sans document officiel et connu du public concernant ledit projet.
Deux articles sur le site de Vallée Sud Aménagement évoquent, eux, en effet l’aménagement de la piste d’athlétisme, le parc sportif, le gymnase, locaux sportifs et un restaurant. Cela dit, aucune date, ni de planning n’est communiqué sur les travaux, et aucun des articles ne mentionne l’aménagement des terrains de football.
J’ai un enfant dont la catégorie risque de sauter. La mairie propose de jouer dans une autre ville, mais les déplacements est-ce qu’ils y pensent ?
Dans sa réponse à la première adjointe Gabriela Reigada, le club avance que, à ce jour, « aucun accord n’a été trouvé, et pourtant, les forages commencent au plus tard le 1er septembre 2025 d’après le calendrier ». Face à ce marasme, l’inquiétude grandit au point de toucher des personnes au-delà de l’AS Fontenay-aux-Roses, comme l’atteste ce parent qui a également souhaité conserver l’anonymat et dont ses deux enfants sont licenciés au club.
« On est stupéfaits. J’ai un enfant dont la catégorie risque de sauter. Il se pose des questions et pense carrément à changer de sport. La mairie propose de jouer dans une autre ville, mais les déplacements est-ce qu’ils y pensent ? C’est toute une organisation, ce n’est pas vivable », abonde-t-il.
« C’est un peu une lutte des classes »
À quelques mois de la probable réquisition du terrain, ce sont aussi les joueurs qui se posent des questions sur leur avenir au club, comme Jalil qui craint la date fatidique. « Ça fait presque 4 ans que je suis au club, et moi je ne viens pas de la ville de base, j’ai grandi à Vanves. Il y a des liens qui se sont créés, mais on prend conscience de ce qui arrive, surtout pour les jeunes. Je ne me vois pas aller dans un autre club l’année prochaine. C’est inacceptable, on est dégoûtés car on a le sentiment qu’ils font ça en catimini », peste-t-il.
Christophe, l’ancien capitaine de l’équipe B des vétérans, tient à défendre l’installation du club. « On a créé deux équipes, tout peut bien se passer. C’est un très beau stade. Il doit y avoir de la place autre part. Ils ont mis ce terrain il y a une dizaine d’années, si c’est pour l’abandonner ce serait incroyable », ajoute le joueur. Fernand, lui, est plus catégorique, d’autant plus qu’il a un fils qui joue à l’AS Fontenay-aux-Roses.
S’ils font leur projet, c’est simple, le club est mort
« Je comprends le progrès de la ville, mais s’ils font leur projet, c’est simple, le club est mort. Mon fils m’a déjà demandé où est-ce qu’il jouera l’année prochaine. Des jeunes risquent de rentrer tard en transports après les entraînements ou les matchs. Qu’est-ce qu’il peut se passer ? Pour l’instant on ne se concentre que sur la fin de saison, mais dans le groupe on s’interroge déjà sur ce qu’on fera la saison prochaine. »
En attendant un rebondissement dans cette mobilisation, la section U16 est allée chercher une large victoire (14-2) contre Antony pour valider sa montée en D4. Les séniors ont quant à eux fait le nécessaire en battant Asnières-sur-Seine (2-1) pour confirmer aussi une montée symbolique en D2.
Deux victoires importantes sur le plan sportif mais l’AS Fontenay-aux-Roses continue de jouer son plus grand match : celui de défendre son terrain synthétique pour d’autres saisons à venir, en attendant une solution durable et concrète de la Ville. « C’est un peu une lutte des classes. Mais nous, on n’a pas le soutien des dirigeants, pas pour le moment en tout cas, parce qu’ils ne sont pas avec nous », soupire le président Mehdi Cheikh.
Abdoulaye Diop