SAMEDI. C’est officiel, je suis désespérée. Voilà que je demande à mes proches s’ils n’ont pas des amis célibataires. Normaux de préférence. Les jeunes hommes étranges, lunatiques, pas sûr de ce qu’ils veulent, idiots ou à Vespa rouge sont priés de ne pas postuler. D’après certains amis, j’aurais ma part de responsabilité dans mon célibat à durée indéterminée.

Ce samedi, lors d’une soirée réunissant quelques gens de bonne compagnie, un copain mentionne son collègue qui porte un prénom portugais alors qu’il est d’origine angolaise. Je précise que cela n’a rien d’étonnant puisque l’Angola est une ancienne colonie portugaise. Je sais, la vie ce n’est pas « Questions pour un champion », mais je ne peux m’empêcher d’avoir réponse à tout. Je l’admets, c’est insupportable. Il s’arrête et me regarde en me disant : « Euh, franchement, évite ça, si tu cherches un mec. »

Plus tard, nous parlons de l’Inde et nous nous demandons quelle est la religion majoritaire là-bas. Encore une fois je cite les pourcentages que j’ai en tête (j’ai un peu la mémoire de Rain Man). Bien sûr, je n’oublie pas de mentionner les 4000 Juifs de Cochin (aujourd’hui quasiment tous disparus), information glanée dans Courrier International. Je viens de porter l’estocade finale. Le même copain me déclare, appuyé par le reste de l’assemblée, que je n’ai vraiment aucune chance de séduire un homme si je mets en avant mon cerveau.

D’après lui, l’homme n’aime pas se sentir diminué. J’ai donc eu droit à un cours pour « faire l’idiote ». Ça paraît simple de prime abord, mais faut y penser, à rétorquer à la question « Quelle est la religion majoritaire en Inde ? », « Euh, « Devdas » et « La famille indienne », c’est mes films préférés ». Cette affirmation, pour faire mouche, doit être impérativement accompagnée d’un mouvement d’épaule charmeur et d’un petit gloussement. Si le stratagème fonctionne, le jeune homme, mis en confiance, doit étaler sa science et se sentir rassuré. Pour parfaire son œuvre de séductrice, la fille doit répondre « Waouh t’es cultivé, comment tu sais tout ça ? ». J’ai encore du boulot. Si en son temps, Christian a essayé de s’améliorer avec l’aide de Cyrano, moi c’est plutôt le contraire que je recherche…

DIMANCHE. Alors que j’ai décidé de revoir mes critères à la baisse concernant mon futur époux, à la lecture des infos je me ravise. Je ne veux pas épouser Bertrand Cantat. Autant ses chansons possèdent un certains attrait, autant leur auteur, moins. Le sort s’acharne sur lui et la mère de ses enfants met fin à ses jours. C’est tellement glauque que même un mauvais auteur de romans policier n’aurait pas pu trouver ce scénario. J’ai juste un conseil à lui donner, à Bertrand. Il devrait soigner sa narcolepsie, parce que ça fait deux fois qu’il s’endort alors que quelqu’un meurt à deux pas de lui.

LUNDI. Claude François le chantait, le lundi au soleil, on le sait, c’est de l’arnaque. Comme il fait toujours froid dehors, et que j’en ai marre que mes orteils menacent de tomber dès que je mets un pied dehors, je décide de boycotter le congélateur géant (sans bébés dedans). Je reste donc chez moi affublée de mon pyjama à motifs pingouin en pilou. So sexy. Porter un pyjama pareil c’est une arme de destruction massive de la séduction, un suicide de potentiel érotique et surtout un crime passible de la perpétuité selon le Code civil de la mode. C’est pas comme si j’étais sortie avec dans la rue.

Quoique cette perspective est séduisante. C’est tellement confortable, que je me surprends à rêver lancer la mode. Guerriers du froid, sus à l’esthétisme, plus la peine d’aller aux abris, la solution est là, trimballons-nous en pyjama et en moonboots pour vaincre cet ennemi insidieux qui s’insinue dans les moindres recoins de peau nue. Je sais, si je veux me caser, je dois faire un choix. Et brûler le pyjama pingouin. Tant pis si j’attrape une pneumonie.

MARDI. C’est le soir et je suis avec des amis. De fil en aiguille, on se retrouve à imaginer notre dîner de cons idéal. Je rétorque que je n’ai personne à proposer, car naturellement mon entourage se compose de personnes délicieuses. Nous nous creusons quand même la tête. Du dîner de cons aux bêtes de foire, il n y a qu’un pas que nous franchissons allègrement. Mon amie Emily raconte que lors de sa soirée du Nouvel An, elle a rencontré un spécimen de fille tout à fait particulier. Le genre qui n’a pas besoin d’apprendre à être idiote.

Alors que tout le monde était fatigué par la soirée et voulait cuver en paix, la jeune fille, maniaque, s’est saisie de la serpillère pour nettoyer. Une occupation comme une autre. Le pire, paraît-il, c’est sa manière de s’adresser à sa tendre moitié. « Béeeeeebéééééééé, tu me passes mon pull ? » En public. Ça fait un choc. En plus d’être éperdument amoureuse, la fille pour qui « couple » équivaut à « un cerveau pour deux », est crédule comme pas deux. La demoiselle au muscle cérébral surdéveloppé a réellement cru que si les boulangeries n’ouvraient pas le 1er janvier et qu’elles ne réalisaient pas ce jour-là un chiffre d’affaires important, elles n’auraient plus le droit d’ouvrir le reste de l’année. Craignant une pénurie, la demoiselle a pressé ses invités d’aller chercher du pain et des croissants.

Sinon, nous avons également en magasin un individu répugnant qui non content d’être doté d’un eczéma envahissant, se gratte et mange ses croûtes tout en continuant, comme si de rien n’était, à parler dans le RER à ses collègues. Last but not least, notre préféré de la soirée, le Monsieur magique belge qui a des montées de lait. Nous ne sommes pas dans l’émission « Incroyable Talent » mais dans la vraie vie. Et ça, ça fait peur. Après tout ça, je me sens incroyablement équilibrée comme fille.

MERCREDI. La conspiration de la semaine c’est dans les magasins de chaussures qu’elle se trame. Comme chacun sait, une fille normalement constituée n’a jamais suffisamment de chaussures. Et comme je suis une fille, moi-même j’aime bien acheter des chaussures. Pas les porter, non non. Elles sont tellement plus jolies à mon pied, chez moi, en pyjama. A force d’acheter des chaussures avec des talons énormes que je ne peux résolument pas porter sous peine de ressembler à une drag-queen de plus d’1m80, eh bien, je n’ai rien de vraiment portable dans le civil.

Soldes obligent, je me dis que je vais bien trouver chaussure à mon pied. Je dégote de très jolies paires mais évidemment en pointure mini-pouce. Je dois avouer que j’envie celles qui ont des petits petons façon Chinoises aux pieds bandés. Sur elles, les chaussures ça fait mignon. Sur moi, ça fait péniches ou chaussures de clown. Oui, j’ai la chance d’avoir les mêmes pieds que Javotte et Anastasie, les belles-sœurs de Cendrillon.

Les chaussures qui me plaisent sont bien évidemment trop petites. J’ai oublié de le préciser, je suis à cheval entre deux pointures, donc idéalement, il me faudrait des demies-pointures. Chose qu’on trouve difficilement, comme le Prince Charmant… Alors que je maudis le dieu de la chaussure, ma chance tourne. Je tombe sur une paire parfaite. Je les essaye et soudain c’est le drame. Elles me serrent. Je ne veux pas les laisser filer, alors tant pis, je les achète. C’est du cuir, elles vont bien se détendre, non ? Sinon je serrerai les dents. Et si elles me font trop souffrir, elles rejoindront le cimetière des chaussures. Ou Guantanamo, j’hésite.

JEUDI. Dans la vie, les gens se surestiment toujours un peu. On a tous autour de nous des gens qui disent s’y connaître en informatique et qui feraient passer Bill Gates pour un néophyte. Pareil pour les bricoleurs qui ne devraient bricoler que le dimanche et encore. Ma mère a investi dans une super cuisinière qui cuit tout avec une vitesse record, et qui, je suis sûre, permet de réussir à coup sûr les macarons. Reste un problème de taille : la brancher. Comme je n’ai pas très bien retenu les cours de techno du collège (avec la fabrication du variateur de lumière qui ne fonctionnait jamais) et que je ne tiens pas à rendre un hommage à Claude François, je préfère ne pas m’aventurer dans les méandres des circuits électriques.

De plus le circuit ressemble dangereusement à la bombe dans les films américains. La fameuse bombe que le héros arrive toujours, une seconde avant la fin du compte-à-rebours, à désamorcer en coupant le bon fil. Bref, un ami s’est proposé en jurant ses grands dieux d’avoir l’habitude de ce genre de péripéties électriques, de réaliser ce branchement. Un demi-succès puisque seule la moitié des plaques électriques fonctionnent.

Le four aussi est aux abonnés absents, ainsi que certaines prises électriques. Ma mère s’est dit que ce n’était peut-être pas normal, et éventuellement dangereux, un technicien est donc venu vérifier tout ça. L’intuition maternelle était bonne ; en effet, nous étions assis sur une bombe et avons échappé à un court-circuit. Merci les amis. Ça m’aurait embêtée de mourir.

VENDREDI. J’avoue que j’ai retardé jusqu’au bout l’instant où j’allais vous parler de ce que vous savez : le tremblement de terre en Haïti. Vous me croyez insensible, vous avez raison. Mais certaines choses bousculent ma conscience. Je suis comme tout le monde.

Faïza Zerouala

Faïza Zerouala

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