SAMEDI. Ce soir, je suis invitée à un anniversaire chez une copine avec sa famille ch’ti. La proposition est alléchante et je me délecte d’avance du remake de confessions intimes que sera la soirée. J’avais oublié que j’étais malade en voiture. C’est la roulette russe, cela dépend du conducteur et de la voiture. En route malgré tout pour un bled paumé du Val-d’Oise. Le cœur au bord des lèvres nous traversons une forêt. A croire que Walt Disney s’en est inspiré pour le décor de Blanche-Neige. Les arbres ont l’air de s’animer et de nous menacer avec leurs yeux jaunes.

Après quelques frayeurs, nous arrivons à bon port. Je continue mon escapade dans le monde merveilleux de Disney et j’atterris dans le donjon de la Belle au Bois Dormant. Aucune évasion n’est possible. J’ai une pensée émue pour notre hôte et son désarroi quand ses parents lui refusaient d’aller à la boum du siècle. Impossible pour elle de faire le mur. Et dans la vraie vie, on ne peut pas faire comme dans Peter Pan et sortir par la fenêtre en volant.

DIMANCHE. « Mes nuits sont plus belles que vos jours », clamait une mythomane dont je ne retrouve plus le nom. Tout ça pour dire que je perds la guerre contre les insomnies. Un vrai Vietnam. Certes, ce soir, j’ai mangé trois parts de trois gâteaux différents à l’anniversaire. J’alimentais juste mon addiction au sucre. Bizarrement, je n’arrive pas à m’endormir, le ventre alourdi. Après m’être retournée dans tous les sens, avoir essayé de faire le vide dans ma tête, compté tous les animaux possibles et inimaginables, ceux des bois, des steppes, de la savane, de la pampa ou de la garrigue, rien n’y fait, je garde les yeux ouverts comme si je m’étais shootée à la caféine ou au Red Bull.

J’essaie de lire un peu mais à 4 heures du matin j’ai un peu de mal à saisir les subtilités du roman que j’ai entre les mains. La seule solution, c’est la télé, il y a toujours des rediffusions autres que « Très Chasse très pêche. » Concert privé sur la 6. Pas de chance, j’ai déjà tout vu. Et quand on en vient à regarder celui de Calogero à trois reprises c’est qu’on est vraiment masochiste. Mon choix final se porte sur la rediffusion de « Panique dans l’oreillette » avec Lara Fabian. Mon désespoir est tel que je n’ai même pas éteint la télé lorsqu’elle a commencé à chanter. Je suis bonne pour des valises sous les yeux et des tympans crevés.

LUNDI. Un million de demandeurs d’emploi arrivent en fin de droit en 2010 selon les prévisions de Pôle Emploi. J’en connais qui vont jouer à Koh-Lanta ou comment survivre avec une poignée de riz pendant quarante jours. On n’est pas prêt de résorber le problème du chômage si certains continuent à occuper deux emplois et à percevoir deux salaires. Henri Proglio en sait quelque chose. Etre PDG d’EDF et président du conseil d’administration de Veolia Environnement, ça rapporte la bagatelle de 2 millions d’euros. S’il a envie de me sponsoriser, il peut toujours écrire à la rédaction, qui transmettra.

MARDI. Ce mardi soir, après l’interview de Dominique de Villepin, je rejoins des amis. Nous cherchons à nous occuper. Nous sortons l’arme ultime, le jeu de société. Et pas n’importe lequel. Un Trivial Pursuit junior millésimé 1984. A nous les questions tordues sur l’URSS ou sur feu Stéphane Collaro (ah non, on me signale qu’il n’est pas mort, juste dans un long tunnel de chômage). On écope aussi de questions sur des chefs-d’œuvres musicaux comme : « Qui interprète la chanson « Chacun fait fait fait, c’qu’i lui plaît, plaît, plaît » ? », 1984 oblige.

Nous sommes huit, donc quatre équipes de deux, tirées au sort, sans contrôle d’huissier. Parmi elles, nous avons le binôme de malchanceux qui hérite des questions les plus compliquées qui soient. Ils ont trébuché sur le nom de l’émission religieuse juive sur TF1. Non, Fanny, elle ne s’appelle pas « Mazeltov Kippa » mais « A Bible ouverte ». Ils ne savaient pas non plus que l’animal à l’odorat le plus développé est la mite. Le rédacteur des questions est vicieux et doit vouloir prendre une vraie revanche sur la vie. Il devait être la tête de Turc à l’école. En tout cas ils avaient vraiment la poisse, si on avait su on n’aurait pas mis les deux blonds ensemble.

Nous avions aussi la concurrente qui sait tout sur tout. Si Einstein et Julien Lepers avaient eu un enfant, ça aurait été elle. On l’a tous détestée, se délectant de la moindre de ses faiblesses. Même quand elle répond au hasard, elle vise juste. Alors qu’on pensait la coincer avec la question : « Quel aventurier croise Moira Banshee la révolutionnaire irlandaise ? », elle répond tout naturellement « Corto Maltese ». Heureusement que la particularité du timbre allemand de 1 mark sorti en 1923 lui a échappé.

Pour ma part, alors que je déteste les animaux, avec ma coéquipière nous avons eu droit à toutes les questions animalières. Même en littérature, mon domaine de prédilection, nous sommes tombées sur une question avec un animal dedans : « Comment s’appelle le canard crée par Benjamin Rabier ? » On a perdu, avec la mauvaise foi qui m’habite, je me dis qu’ils ont tous triché. On ne peut pas recompter les points comme en Floride pour l’élection de George Bush ?

MERCREDI. Après cette partie de jeu mouvementée, on l’a joué foyer Sonacotra, on a presque tous dormi sur place. Comme on est tous plus ou moins étudiants/chômeurs/ déscolarisés/en vacances on n’a pas grand-chose à faire, alors on se réveille bien tard. Après le café, on se transforme tous en supers geeks et le salon devient un cyber café. Si on n’a pas son ordinateur sur place, comme moi, on regarde nos mails et nos Facebook sur nos téléphones.

Et là la nouvelle tombe : « Adieu Super Nanny. » On a beau avoir 25 ans et des poussières, eh bien on est triste. Pourtant, on n’est pas atteint du syndrome Gilles de la Tourette et on n’insulte pas nos parents de manière compulsive. Mieux, on sait à peu près se tenir à table et on ne transforme pas la cuillère en catapulte avec la purée comme projectile. Mine de rien, Cathy, c’était un recours précieux pour remettre dans le droit chemin les Shirley, Dylan et autres Maëlys.

Y’en a un qui doit vraiment pleurer la perte de la dresseuse de fortes têtes, c’est Brice Hortefeux. Il va en avoir du travail pour mater toutes ces graines de délinquants rendus orphelins par ce décès. Imaginons qu’un tout jeune papa de 23 ans, prénommé au hasard Jean, ait besoin dans quelques années des services de Super Nanny pour inculquer un peu de discipline à son jeune fils, comment fera-t-on ? « Solal, on ne joue pas avec la Rolex de Papy Nicolas », ou : « Solal, on ne hurle pas à pleins poumons quand Mamie Carla te chante une berceuse. » Si ça se trouve, l’hyperactivité c’est génétique et si c’est le cas, les parents vont en voir de toutes les couleurs. Si le gamin déraille sévèrement, se met à parler verlan ou à porter une casquette à l’envers, Jean S. pourra toujours s’adresser à Pascal le grand frère.

JEUDI. La vie professionnelle c’est la jungle. Un parcours du combattant qui va être amené à durer plus longtemps avec la future réforme des retraites. Moi, c’est aujourd’hui que j’ai été confrontée aux affres du grand âge et à l’ambition des petits jeunes. Le Bondy Blog c’est un peu le monde des Bisounours, personne ne se tire dans les pattes. C’était la règle d’or jusqu’à ce que deux jeunots décident de provoquer les vieux (à savoir moi) en duel sur le terrain journalistique. Par crainte des représailles, je préfère préserver l’anonymat de ce duo de blogueurs âgés de 17 ans dont les prénoms commencent respectivement par M. et B.

Alors que je discute avec nos jeunes prodiges de leurs prochains portraits, ils m’annoncent qu’ils doivent faire celui d’une jeune actrice. Je leur rétorque que nous avons eu la même idée. Ces effrontés m’annoncent que je peux me brosser pour faire ce portrait, qu’ils ont rendez-vous sous peu avec elle. Déçue, je n’ai pas envie d’abandonner la partie. Avant de sortir le bazooka, j’use de diplomatie et leur recommande de jeter l’éponge. Comme le respect des anciens, c’est de la science-fiction chez nos djeunes, ils me lancent un défi. Le premier qui décroche l’interview la fait.

Sans pitié nous nous affrontons à coup de « Je lui ai envoyé un texto, on va la rencontrer demain ». Moi : « Vous vous bercez d’illusions, jeunes naïfs, vous ne la rencontrerez jamais si vite. » Comme nous sommes civilisés, nous sommes rentrés ensemble en RER dans la joie et l’allégresse. J’ai songé à les pousser sur les rails, mais ça aurait été un peu suspect. Si Iago et Judas étaient passés entre les mains de Super Nanny, ils auraient été plus respectueux de leurs aînés…

VENDREDI. Pleins de légendes urbaines circulent sur le Coca. Ils ne seraient que trois dans le monde à en connaître la composition exacte. Cet après-midi, je me suis dit qu’ils se sont fait piquer la recette par des Slovènes ou des Tadjiks. Je suis accro au Coca et il me faut ma dose pendant que j’écris ces lignes. La bouteille de cet après-midi a un goût très étrange. Soit quelqu’un a essayé de m’empoisonner et a mis du liquide vaisselle dans mon verre. Soit j’ai une hallucination gustative. Le message est clair, il faut que je dorme et que j’en finisse avec mes addictions. Je devrais peut-être me mettre vraiment au sport pour me fatiguer. Et avec un peu de chance, j’apercevrais même Dominique de Villepin courir torse nu sur les berges du canal de l’Ourcq. Même s’il a dit le contraire.

Faïza Zerouala

Faïza Zerouala

Articles liés

  • La solidarité sur tous les champs à Villetaneuse

    #BestofBB À Villetaneuse, les générations se mêlent autour des potagers solidaires et du cinéma. L'association l'Autre champ et le collectif du Ver Galant organisent des distributions de fruits et légumes, des ateliers jardinages, des séances de cinéma pour faire éclore le lien social dans cette période de pandémie. Reportage.

    Par Eva Fontenelle
    Le 27/07/2021
  • Des jeunes surendettés à cause des amendes du couvre-feu dans les quartiers

    Des familles entières se retrouvent endettées à cause de salves de contraventions liées aux mesures sanitaires. Des associations dénoncent un « phénomène d’ampleur grandissante » et « une application disproportionnée et discriminatoire des mesures ». Une enquête en partenariat avec Mediapart.

    Par Anissa Rami
    Le 26/07/2021
  • La cantine des femmes battantes : solidarité féminine, ambition et cuisine

    #BestOfBB Lancée en fin 2019, l’association dionysienne La cantine des femmes battantes vise l’émancipation des femmes précaires grâce à la cuisine. Tous les weekends, Aminata, Mariame, Maïté et Fatou se réunissent pour cuisiner, vendre et livrer une cinquantaine de plats à Paris et en Seine Saint Denis. Issues de parcours compliqués, ces cuisinières ont décidé de monter l’association dont elles avaient besoin, afin d’aider, par la suite, les femmes qui leur ressemblent. Reportage.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 26/07/2021