SAMEDI. Comme mon carnet mondain est aussi rempli que le compte en banque de ceux qui ont confié leurs économies à Bernard Madoff, je décide d’aller au cinéma toute seule ce samedi soir. Je sais, ça fait pitié. C’était ça ou regarder le match France-Iles Féroé. Seule d’accord, mais pas suffisamment masochiste pour m’infliger un match de foot. Pour continuer dans le cliché « je suis une fille et j’aime pas le foot », je suis allée voir « 500 jours ensemble ». Une bluette romantico-niaiseuse comme tout le monde les aime. On sait comment ça commence. Et surtout comment ça se termine.

Le tout c’est de savoir par quelles (grosses) ficelles scénaristiques la fille, super jolie, célibataire endurcie, déçue par la gente masculine, et le garçon, beau-gosse, arrogant en façade mais au fond si romantique, vont finir par se mettre ensemble. Eh bien, arnaque suprême, ça ne s’est même pas fini comme ça. Je n’ai pas eu ma dose de mièvrerie. C’était bien quand même, mais il y a eu tromperie sur la marchandise. Et le pire c’est que ce film entretient ma paranoïa « Nicolas Sarkozy and Co sont partout même où on ne les attend pas ». Dans une scène du film, les héros sont en voiture. Des notes de guitare s’échappent de la radio. Et un filet de voix bien reconnaissable. Dans la bande-originale, ils ont osé coller du Carla Bruni et son « Quelqu’un m’a dit ». Comme les gens sont des rebelles, dans mon cinéma, ils ont tous crié « Oh non pas elle ! ». Je suis sûre que je ne suis pas la seule à croire en la théorie du complot.

DIMANCHE. Y en a une autre qui doit y croire à la théorie du complot. C’est Ségolène Royal. Hier, la ville de Poitiers a été le théâtre d’émeutes. 250 personnes, membre d’un collectif anti-carcéral, réunies lors d’un festival culturel, ont saccagé des magasins, des abribus. Dix-huit personnes ont été arrêtées. Elles voulaient protester contre un transfèrement de prisonniers.

Et si tout ça n’était qu’une stratégie de déstabilisation lancée par sa rivale Martine Aubry ? J’imagine bien la première secrétaire du PS, planquée derrière son ordinateur, appelant à l’émeute sur des forums anarchistes. Juste pour embêter Ségolène Royal, présidente de la région. En tout cas, Brice Hortefeux a bien joué son rôle. Le ministre de l’intérieur s’est rendu sur place et a promis de dissoudre les groupuscules d’ultragauche pour que ça ne se reproduise pas. En tout cas, il a dû apprécier ce petit pèlerinage à Poitiers. Là où ses ancêtres ont arrêté la progression des « Auvergnats » en 732…

LUNDI. Les polémiques c’est comme la drogue, on devient vite accro. Aujourd’hui, le mot à placer subrepticement pour briller en société n’est plus « tourisme sexuel » mais « Epad ». Habituellement, le quartier de La Défense, tout le monde s’en fiche. Le Manhattan du pauvre est maintenant au cœur du scandale. A moins de vivre sur Mars, nul n’ignore que Jean Sarkozy, 23 ans, est pressenti pour prendre la tête de l’Epad, l’Etablissement public pour l’aménagement du quartier de La Défense. L’opposition se déchaîne et accuse le président de népotisme. Certains hommes politiques ont même eu des vannes marrantes. Avec une mention spéciale pour Laurent Fabius.

Quelqu’un de naïf pourrait même trouver ça drôle comme coïncidence. C’est le fils du président et il postule à un travail pour lequel il n’a aucune qualification ni expérience. Je ne voudrais pas avoir l’air de me moquer, mais moi, à 23 ans, j’étais en Master 2 d’histoire. Lui, il redouble sa deuxième année de droit après avoir péniblement validé la première. Peut-être qu’à force de redoubler, il a vraiment bien assimilé le programme. Ou peut-être que comme de nombreux étudiants, il n’arrive pas à joindre les deux bouts et a vraiment besoin d’un petit job à côté de ses études.

Conseil à Junior. Je n’y connais pas grand-chose en psychologie, mais je crois qu’à un moment, faut tuer le père. Pas littéralement comme Brutus l’a fait avec Jules César, hein.

MARDI. Rien à voir mais j’apprends que l’élection d’Ali Bongo a été validée par la Cour constitutionnelle du Gabon. Il succède ainsi à son père, Omar Bongo qui est resté à la tête de la dictature, pardon du pays, pendant un mandat ridiculement court de quarante-deux ans. Faudrait garder leur numéro, aux autorités gabonaises, elles pourraient venir valider une élection à la tête de l’Epad par exemple.

MERCREDI. Epad, suite. La polémique n’en finit plus. Le chevalier blanc, Luc Châtel, ministre de l’Education nationale, vient à la rescousse de Junior. Et le soutient à mort. Comme c’est meilleur en V.O je cite : « On a vraiment le sentiment d’une chasse à l’homme. Tous ceux qui interviennent sur cette question, que veulent-ils ? Ils veulent interdire l’élection à un candidat de par son origine sociale, son nom, son faciès ? C’est ça la République ? Après son nom, son origine, sa jeunesse, je ne sais pas ce qu’on trouvera la prochaine fois, peut-être la race ou autre chose? Où va-t-on? »

Message à la rédaction, après « Nous sommes tous des Mustapha Kessous », on pourrait lancer une série « Nous sommes tous des Jean Sarkozy ».

La vraie vie continue. Je profite de cette tribune pour faire une réflexion. Les filles qui portent des talons et une robe ne le font pas pour attirer le mâle en manque. Aujourd’hui, j’ai décidé de braver le froid et de mettre une robe et des bottines. Mal m’en a pris. A peine sortie de chez moi, une réflexion : « Oh la démarche de mannequin, y a rien à dire. T’as un numéro ? » Le jeune homme ferait mieux de soigner sa vue au lieu de tenir les murs. Je n’ai rien d’un mannequin russe anorexique de quinze ans. Notons tout de même l’effort d’originalité dans le compliment. Passons.

Comme je l’ai appris dans le manuel à l’usage de la fille qui vit à Paris et qui veut survivre, je ne réponds rien et trace ma route. Deux, trois mecs lourds se sont donné le mot et me matent comme Coyote regarde Bip-Bip. Un peu pénible d’être prise pour un bout de viande. Je dois quand même confesser qu’être une fille, je m’en sers quand ça m’arrange. J’ai dû me rendre, contrainte et forcée, pour trouver un cadeau pour l’anniversaire de mon neveu, à la boutique PSG. Eh bien miracle, à peine ai-je franchi le seuil de la boutique que deux vendeurs se précipitent sur moi. Je fais la fille et demande l’article voulu. Mon inculture footballistique les amuse. Ben quoi, je suis censée deviner que l’Inter c’est pareil que l’Inter de Milan ? Ni une, ni deux je me retrouve le tee-shirt en main, emballé dans une pochette cadeau estampillée PSG. Plus loin, d’autres clients sont traités avec moins d’égards. J’ai bien fait des les mettre, ces talons, finalement.

JEUDI. Mais elle est où l’épidémie de grippe A ? On s’attendait à un remake de la grippe espagnole version 1918 couplée à la Peste d’Albert Camus et on se retrouve avec une grippette. Un peu hypocondriaque, je dois dire que je suis quand même inquiète. Je tousse. J’essaie de me raisonner en me disant que je n’ai pas de courbatures et que si j’étais atteinte de la grippe A, je ne pourrais même pas écrire ces lignes. En plus, j’ai même vu un reportage où ils expliquaient que finalement la grippe A, c’est un peu une tempête dans un verre d’eau. Les médias se sont un peu emballés. Je crois plutôt juste avoir attrapé froid. Enfin j’espère.

VENDREDI. Je ne sais pas ce qu’il leur a pris à Libération.fr aujourd’hui. Ils ont dû fumer de l’herbe frelatée, vendu par les Miss France. Le tchat du jour, en toute simplicité : « Quelles solutions pour la faim dans le monde ? » Je sais, c’est la Journée mondiale contre la faim, mais quand même, l’intitulé est un poil ambitieux. La semaine prochaine, tchat spécial « La guerre c’est mal, comment arrêter les combats ? ». Non vraiment, n’en déplaise à Daniel Vaillant, c’est visiblement pas une bonne idée de légaliser la vente de cannabis.

Faïza Zerouala

Faïza Zerouala

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