SAMEDI. Dans le métro, on devrait avoir des pancartes proclamant « ceci est mon espace » pour éviter les indésirables. Aujourd’hui, j’ai dû rompre avec un homme. Ce n’est jamais facile de briser le cœur à quelqu’un, mais parfois le cœur et la raison sont d’accord. Ce jeune homme, je ne le connaissais pas avant de m’installer près de lui dans la rame. Il me déclare qu’il m’a remarquée et qu’il voudrait qu’on garde contact. Je réponds poliment que cela ne va pas être possible.

Et puis Contact il a déjà une baby-sitter, pas besoin de le garder. D’habitude les Don Juan du pauvre, blessés dans leur orgueil, se découvrent après un revers public une passion soudaine pour le sol. Et se taisent. Là je suis tombée sur un spécimen morpion. Qui insiste, « Je vais t’appeler et on ira prendre un verre ». Je rétorque un peu exaspérée que je n’ai pas envie. Monsieur Sangsue décrète que ce n’est pas une raison et réclame des explications détaillées à mon refus. 1. Je ne veux pas. 2. Je n’ai ni l’envie ni le temps de prendre un verre avec toi. 3. Je ne te connais pas. C’est assez détaillé, là ? Avec cette dernière remarque le relou en chef a trouvé une parade. « Justement tu vas me connaître si on prend un verre. » Au secours !

Monsieur qui ne me connaît pas décrète que je dois me justifier encore. Je m’attends presque à ce qu’il éclate en sanglots et me dise « Mais pourquoi tu fais ça ? Tu gâches une si belle histoire, après tout ce qu’on a vécu ensemble ». Je regrette juste de ne pas lui avoir dit que Cupidon a loupé sa cible. Cet incapable de Cupidon, il occupe un emploi fictif, parce que s’il était compétent, il y a belle lurette que je m’appellerais Madame Clooney.

DIMANCHE. Le dimanche est une parenthèse étrange dans la semaine. Une quatrième dimension, que je n’aime pas, durant laquelle il ne se passe jamais rien. Mais pour le deuxième dimanche consécutif, nous avons un rendez-vous galant avec la démocratie. Bien sûr celle-ci est polygame puisque nous sommes 43 350 204 prétendants. Près de la moitié vont renoncer à honorer Madame Démocratie.

Sans suspense, la gauche, enfin le Parti socialiste, remporte les élections régionales. Les journalistes à la télé sont contents de seriner que « seule l’Alsace reste à droite ». Merci beaucoup, grâce à eux on se sent moins idiots. Ben oui, quiconque a déjà vu une carte de France et n’a pas trop de problèmes de latéralité a pu remarquer que l’Alsace est bel et bien à droite géographiquement parlant.

LUNDI. Je suis en proie à une addiction sévère. J’ai décidé de braver Hadopi et risquer un passage par la case prison sans toucher les 20 000 euros. Je suis intoxiquée à Desperate Housewives. La série avec son cortège de coucheries, de meurtres et de mystères  me scotche chez moi, j’enchaîne les épisodes sans même décrocher mon téléphone. Le monde peut s’écrouler tant que j’ai ma dose de soap, in english of course. Certes, il y a quelques facilités scénaristiques mais je plonge malgré tout. Je remarque juste que le prix de l’immobilier doit être très bas au prorata du taux de criminalité et du taux de divorce. L’avocat à Wisteria Lane c’est le roi du pétrole.

Prise d’un sursaut de conscience, j’ai repris contact avec la réalité et la politique. Il y a eu du changement au générique de la série phare depuis 2007, « Elysée et moi ». Le producteur Nicolas Sarkozy, assisté de son co-producteur François Fillon, a dû en remanier le casting, se basant sur un sondage dans lequel Xavier Darcos, dans le rôle du ministre du travail sans travail, a été démoli. Les téléspectateurs n’ont pas aimé sa prestation dans la série. Il est vrai que certains acteurs comme Fadela Amara ne jouent pas très bien. Rachida Dati, en son temps, n’a pas eu son contrat renouvelé car elle faisait exploser le budget costume. Martin Hirsch, lui, n’avait jamais vraiment réussi à adopter la philosophie de la série.

Des nouveaux personnages intègrent « Elysée et moi ». Ils viennent d’une série concurrente. La cohabitation avec le reste du casting risque d’être difficile. François Baroin, faux beau-gosse et faux jeune, s’est fait connaître dans une série à la longévité incompréhensible, douze ans, « Chirac à l’Elysée ». Ces changements n’appellent rien de révolutionnaire. L’équipe des scénaristes, emmenée par Henri Guaino, ne bougeant pas d’un iota. D’après les rumeurs, au vu de l’érosion de l’audience et de la lassitude ressentie par les téléspectateurs, la série n’est pas sûre d’être reconduite pour une sixième saison en 2012.

MARDI. Un comique avait un jour raconté que « désormais en France lorsqu’il y a une grève personne ne s’en aperçoit ». Personne, personne, je n’y mettrais pas ma main à couper. En plus écrire cette chronique sans main ça risque d’être compliqué… Moi, aujourd’hui, comme tous les mardis, j’étais motivée pour aller à Bondy pour la conférence de rédaction. Mais le RER en a décidé autrement. Je dois confesser qu’arrivée sur le quai j’ai eu un choc. Tout le monde semble s’être donné le mot et souhaite emprunter le même train que moi. Peu séduite par la perspective de jouer à Tetris et d’être en apnée pendant tout le trajet, j’ai rebroussé chemin. Un mal pour un bien puisque j’ai eu le temps de faire du shopping dans un Forum des Halles vide ou presque. Les grèves ça a du bon. La prochaine fois, pendant les soldes, j’espère que la CGT décidera de me faciliter la tâche.

MERCREDI. Dans mon entourage, on a tous des bac+32. On se targue d’être tous très beaux et très intelligents. Parfois la réalité s’amuse à taquiner nos certitudes. Cendrillon m’a tuer. Je m’explique. Dans une autre vie, j’ai été une collègue de Mary Poppins. Même si les enfants souvent je les préfère au congélateur… Exceptionnellement aujourd’hui je m’occupe d’une enfant de cinq ans. Elle est mignonne comme tout, réhabilitant presque cette engeance diabolique. Le drame s’est produit lorsque nous faisions un puzzle.

Finger in the nose, rapport à ma supposée intelligence. Que nenni, reconstituer une scène issue de Cendrillon, ça été aussi facile pour moi que de déchiffrer un livre de Kant traduit en finnois. J’ai hésité à jeter l’éponge. Mais la gamine comptait sur moi. Tant bien que mal nous avons résisté à la tentation de faire de ce puzzle une œuvre d’art abstrait en ne reconstituant pas l’image originale. J’ai hésité ensuite à écrire au fabricant du puzzle pour l’accuser de publicité mensongère « Pour les + de 5ans ». Ils avaient juste oublié la mention « surdoués ». Je suis déçue parce que le fait que je ne possède pas « d’intelligence collective » me disqualifie pour participer au nouveau mouvement politique lancé par un homme très distingué, classe et au bon goût incontestable, j’ai nommé Patrick Sébastien.

JEUDI. Le secteur de la série télévisée est concurrentiel. Un certain Dominique de Villepin se lance à son tour dans l’aventure de la production. Comme un peu d’auto-glorification ne nuit pas, le coureur de la Baule n’a pas décidé de faire un remake d’Alerte à Malibu mais de lancer une série dont il serait le héros. Il a même préparé une jolie conférence de presse avec un beau discours. Et a évité de débiner la concurrence. Il a résisté au lapsus révélateur : « La politique du rabot n’est jamais, en ce qui concerne l’Etat, une bonne politique ». Du rabot au nabot, sa langue aurait pu fourcher. Pour le titre de la série, il est tout trouvé, ça pourrait être celui de la date officielle de lancement du show. « L’homme du 19 juin » voilà un titre prometteur. Toute ressemblance avec un personnage réel est fortuite.

VENDREDI. Le droit d’être une « desperate minister » a été dénié à la vilaine Chantal Jouanno, verte de rage, qui ne décolère pas depuis que le scénario conçu à Copenhague autour de la taxe carbone a été abandonné. Si elle continue à se comporter comme une diva sur le plateau, elle ne va pas tarder à être éjectée. Il va vraiment falloir songer à débrancher ma télé, ça me monte au cerveau. Trop de télé nuit à l’intelligence et à la réalisation de puzzle.

Visiblement, c’est réellement dangereux. Deux anciens ministres ont porté plainte contre France Télévisions qui « légitimerait la torture ». On va enfin être débarrassé d’Eric Zemmour, ça soulage. Fausse alerte, ce n’est pas de lui qu’il s’agit. Bon ben c’est décidé, demain j’arrête le petit écran et je m’exile au vert, chez les Amish, pour faire la course dans les herbes folles avec Laura Ingalls.

Faïza Zerouala

Faïza Zerouala

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