SAMEDI. Un cerveau humain privé de sommeil divague assez facilement. Je l’ai expérimenté aujourd’hui. Ce samedi, soirée filles prévue avec ma sœur. Son meilleur ami se greffe à la soirée psychothérapie. Au début de la nuit, vers 1 heure du matin, l’introspection générale se déroule bien, on dit plein de choses sensées.

Mais à 4 heures, on avoue nos plus sombres secrets sans même avoir une ampoule de 100 watts braquée sur le visage : « Oui je suis le Colonel Moutarde, j’ai tué Kennedy avec le chandelier d’une balle dans la tête comme dans « Le Parrain » et j’ai même volé l’orange du marchand. » C’était à peu près ça. Moi je suis championne pour noyer le poisson et soutirer tout de même des informations. Dans la mafia je ferais des merveilles. La famille Corleone, si vous me lisez…

Sur ce, le niveau de la discussion flanche un chouïa. A 5 heures, ma sœur a eu une brillante idée qu‘elle nous a exposée, presque sérieuse. Elle voudrait créer un zoo respectant l’écosystème. Voilà une bien belle reconversion. J’imagine la tête de la mère supérieure quand on lui annoncera qu’on plaque tout pour ouvrir un zoo. Aucune substance psychotrope n’a été consommée durant cette soirée, à part du Coca, je le jure.

Attention, c’est conceptuel. L’urgence, d’après ma sœur, c’est de distraire les lions, et surtout raviver leur instinct de prédateur en lâchant une fois par mois dans leurs enclos deux antilopes (car « on s’en fout des antilopes, elles ne servent à rien »). L’une d’elle survivrait et l’autre serait mangée par les lions. Bien entendu la survivante sera ravie car « cela aura réveillé son instinct de survie ». Les ours blancs devront quant à eux chasser des poissons vivants. Les pingouins, eux, ne seront là que pour la décoration. Nous devrons aussi recréer la banquise pour que ces animaux du froid se rappellent leur enfance. Moi, les pingouins, je les préfère sur un pyjama en pilou…

Les victimes collatérales de ce beau projet sont les flamants roses. Après avoir découvert qu’ils tenaient leur couleur rose de leur alimentation à base de crevettes, ma chère sœur a décrété qu’il fallait préserver ces petites bestioles car c’est bon et se débarrasser des flamants roses qui eux aussi ne servent à rien. Les flamants roses aux lions, donc. Je voudrais pas dire, mais ça fait un peu totalitaire cette histoire-là. Mon concept à moi, ce serait de créer un zoo avec seulement des bébés animaux. C’est trop mignon, non ? D’après ma sœur la rabat-joie, ce ne serait pas très naturel de modifier génétiquement des animaux pour qu’ils restent tout petits. Parce que faire manger des flamands roses à des lions, c’est naturel peut-être…

DIMANCHE. Je suis un zombie. Je pensais être encore jeune mais je me dirige inexorablement vers la tombe. A 26 ans, on ne récupère pas aussi bien qu’à 25 piges d’une nuit blanche entrecoupée de quelques heures de sommeil. Je suis en pilote automatique et fais comme si je n‘avais pas le cerveau débranché. La preuve de ma déchéance c’est que je rigole difficilement aux blagues d’Idir (allez, allez, vous savez de qui je parle, à force). Et ça c’est le signe d’une fatigue intense ou d’une tumeur au cerveau. Je préfère la première option tout de même. La tumeur c’est trop de soucis et de souffrance même si ça réglerait certains de mes problèmes. Et m’offrirait une excuse imparable auprès des gens.

J’ai tout même ri lorsque mon camarade et moi avons fait un comparatif des attitudes de nos chères mamans. Nous nous sommes rendu compte qu’elles avaient été coulées dans le même moule. J’avais presque l’impression qu’elles avaient été séparées à la naissance. Je me plains souvent du côté mère-poule de la mienne. Pourtant, cela fait une semaine qu’elle est en vacances, officiellement chez mes grands-parents en Algérie. Pas de nouvelles pourtant. Si ça se trouve, elle est en train de claquer mon héritage à Las Vegas. Ou elle s’amuse peut-être à Dubaï avec un milliardaire. Ça tomberait bien, ça, on cherche toujours un investisseur pour notre zoo.

LUNDI. Mary Poppins, le retour. Je me propose, avec le couteau sous la gorge, de m’occuper de mon dorénavant célèbre neveu durant ses vacances scolaires. Il rechigne, traumatisé par les dictées et autres exercices de maths en perspective. J’ai découvert sa face sombre. Il rêve d’être un gangster et de vivre dans le ghetto. Pas de chance, il est en 6e, et a passé sa matinée à faire des exercices de français. No pasaran le langage SMS. Niveau street credibility, on a vu mieux que lui.

Alors que nous nous promenons, un adolescent plus âgé le salue. Je m’étonne et l’interroge. Sa réponse : « Ben ouais tu crois quoi, dans la cité on se connaît tous. » Cité donc. Je suis ravie d’apprendre qu’il vit dans une cité. J’ai beau scruter l’horizon, je ne vois aucune barre d’immeuble. Encore un peu et il va relooker le chien de race (un cavalier king charles, Google est ton ami cher lecteur) en pitbull pour asseoir sa réputation de caillera du 92. Oui, oui, pas d’erreur de frappe, il vit bel et bien dans le département le plus sinistré de France, les Hauts-de-Seine.

Le pompon c’est lorsque l’on a croisé ses amis. L’adolescent c’est comme les sardines, ça ne se déplace qu’en bancs. Sept gamins en liberté, voilà de quoi affoler les mamies. Vite, appliquer la législation anti-bandes ! Ils seraient effrayants s’ils dépassaient 1, 20 m. Après la shake de rigueur – « c’est les bouffons qui disent bonjour » –, je me suis retenue de rire. J’avais pour consigne de ne pas l’afficher. Mais personnellement, je trouve que se balader avec sa tante, ça ne fait pas très caillera. J’aurais dû me déguiser et sortir ma panoplie du ghetto. Casquettes, jogging et Air Max pour entrer dans le personnage.

MARDI. Je continue mon exploration des mœurs adolescentes et je ne dirai qu’une chose : je suis heureuse d’en être sortie. Dans l’ascenseur nous croisons un individu avec le même sac à main que moi. Un sac à main de dame que je vois au bras d’une ado qui a encore des bagues aux dents, ça fait un choc. Nous allons voir « Tout ce qui brille », un titre bien bling-bling pour mon neveu émule de P. Didddy. Des adolescentes de la pire engeance qui soit ont envahi la salle. Ç m’apprendra, si j’avais choisi un film coréen sous-titré en finnois, j’aurais évité ces soucis. Le troisième âge, quoique sourd, est plus silencieux.

Et vas-y que ça glousse, que ça joue aux chaises musicales, chacune voulant être à côté de sa BFF (best friend forever). Pendant les publicités et les bandes-annonces, elles parlent. Et rigolent fort. Le vigile décide de siffler la fin de la récréation et les réprimande. Et moi, je jubile sur mon siège. Faïza 1 : Les ados 0.

MERCREDI. Depuis des jours, le monde footballistique est victime du « petit clapotis » de la rumeur. Une histoire de jambes en l’air. C’est toujours comme ça, la France copie les Etats-Unis avec un temps de retard. Nous aussi, maintenant, avons nos célébrités infidèles.

Bill Clinton, Tiger Woods, David Beckham sortez du corps de nos footballeurs ! Les vilains auraient fricoté avec une fille de joie mineure. Déjà, on peut remarquer que la jeune prostituée est très crédule. Rien que dans le choix de son chirurgien esthétique. Le docteur Frankenstein a créé un monstre tout de bistouri et de silicone. Elle était prédisposée à la filière du foot vu les ballons qu’il lui a insérés dans la poitrine. En même temps, de l’entraîneur à l’entraîneuse, pour les footeux, il n’y a qu’une passe à faire, et là, la main n’est pas proscrite.

Je suis contente aussi de savoir enfin pourquoi Karim Benzema a vanté les mérites du crédit dans un spot publicitaire, avec un jeu d’acteur remarquable, pour LCL. Dans cette affaire, je retiens la réaction indignée de mon amie Joanna. Je cite: « (Elle) C’est grave, cette histoire. (Moi) Oui, elle est mineure, quand même. (Elle) Non mais attends qu’elle parle à la police, c’est une faute professionnelle, elle est tenue au secret, ça fait partie du job. Oui, oui et elle mérite d’être licenciée pour faute grave… »

Ce qui me déçoit, c’est que Franck Ribéry, c’était l’idole de toutes les personnes au physique difficile dirons-nous. Il a réussi à se caser, à avoir des enfants. Avec lui, son épouse pensait être prémunie contre les infidélités. C’était sans compter avec l’existence de « Pretty Women ». Bon, ben, ça confirme mes doutes. Le batracien n’est jamais très loin derrière le prince riche. C’est décidé, les seuls princes entre lesquels je remets mon destin seront fabriqués par LU.

JEUDI. Jeux de mains, jeux de malins. Alors que le Président était en visite à Chambéry, un ado qui a si bien intégré la prévention antigrippe A s’est essuyé les mains après avoir serré celle de Nicolas Sarkozy. Moi, je dis que Sarkozy, il devrait vraiment aller faire un stage de serrage de mains chez Jacques Chirac. Il doit avoir un poulpe mort dans la main, c’est pas possible que tous les badauds aient envie de s’essuyer la main après un contact manuel avec lui.

Rachida Dati m’a confié que la prochaine étape était la greffe d’un crochet de pirate sur la main droite pour éviter ces déconvenues. En attendant, le Président peaufine sa légende et étoffe son manuel de citations très spirituelles. Bientôt on pourra en faire une comptine : « Casse-toi pauv’ con », « Fais pas l’malin », « Mourir c’est pas facile », « Avec Carla c’est du sérieux ». Le général De Gaulle doit faire des sauts périlleux dans son mausolée.

VENDREDI. Ce matin, j’aurais aimé être réveillée par la caresse du soleil sur ma peau où même le chant des oiseaux comme le veut l‘écosystème. Eh bien non, ça a été par le doux bruit du marteau-piqueur. J’ai l’impression de vivre à Bagdad (version Irak 2003 vue à la télé) avec ce bruit continu. Entre ça et les braillards de la crèche d’à côté, mon environnement sonore est bien pollué. Je me dis que ça ne va pas durer toute la journée. J’ai été bien optimiste, voyez-vous. Cette mélodie est dérangeante et me perturbe. Je ne m’entends pas penser.

Je me demande bien ce que les ouvriers peuvent trafiquer. J’imagine qu’ils creusent des tombes, genre cimetière privatif. Ou bien, le maire s’est inspiré de Gainsbourg et décide de faire « des petits trous, toujours des petits trous ». Ce serait vaguement poétique. Mais pas réaliste. Troisième option : un parcours de golf. Dans ce cas, Tiger Woods et son gang d’infidèles ne tarderont à débarquer dans le 19e arrondissement. Qu’apprends-je ? Ils sont déjà là ?

Faïza Zerouala

Faïza Zerouala

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