SAMEDI. Après deux heures de sommeil, un reportage matinal, je poursuis la journée Jack Bauer, le cœur léger, le bagage mince comme dirait Aznavour en rejoignant deux amies. Moi c’était plutôt des valises sous les yeux. Nous attendons à la sortie du métro, la troisième larronne qui se fait désirer. Elle arrive et nous dit “Je viens de prendre le métro avec Lio. Regardez discrètement”.

On a un peu raté le discrètement. Perfides on se dévisse la tête pour voir de plus près cette “célébrité” cathodique évadée des années 80. Non, non nous ne sommes pas des groupies. Nous souhaitons juste vérifier si le maquillage qu’elle arbore à la télé est made in “Harry Potter” et fait des miracles. En gros d’après mon amie, elle est très jolie. On se doit de la croire sur parole car avec ses lunettes de soleil qui lui mangent la moitié du visage, on ne peut déterminer si Lio me fait concurrence sur les cernes.

Comme on ne me la fait pas à moi je fais partie de la confrérie des filles, et je partage l’un des secrets les mieux gardés au monde, comme la composition du Coca-cola ou le véritable casier judiciaire de Charles Pasqua. Mieux, c’est l’une des arnaques féminines les plus ingénieuses, au même titre que le soutien-gorge rembourré, j’ai nommé le maquillage nude. Un art pictural subtil, difficile à maîtriser. Le concept c’est du maquillage appliqué à la truelle. La totale, aucun cm² de peau ne devant échapper au rouleau compresseur du fond de teint et autres poudres. Cet emplâtrage doit être appliqué de manière à faire croire qu’il n’y a rien.

Par exemple Zahia, la Marie-Madeleine des footeux, n’est pas adepte de la secte nude. Les Grecs, eux aussi ont tenté la technique du nude pour maquiller leurs comptes. Avec le succès qu’on connaît.

DIMANCHE. Avant de sortir je regarde un morceau de “Vivement dimanche”. Que voulez-vous Michel Drucker me permet de croire un peu en l’humanité. Depuis quarante ans, il vit sous perfusion de Prozac, ce qui lui fait aimer tout le monde. Ainsi lorsqu’il reçoit Raymond Domenech, le sélectionneur adoré, il n’a même pas mis de piques sur le canapé rouge. Pour l’égo de l’invité cette émission est parfaite. Elle arriverait à nous faire passer Jean-Marie Le Pen pour un gentil papy un peu gâteux et à trouver du charisme à Bruno Gollnisch.

Je me demande comment Michel Drucker a réussi à attirer des gens pour tresser des lauriers à l’invité du jour tout de même. Une gageure mais le gentil Michel a relevé le défi. Le vétéran Claude Makélélé, qui évolue au PSG, preuve irréfutable du bon sens qui l’habite, a fait le déplacement. Emmanuel Petit, celui à qui Zidane a fait de l’ombre lors de la finale de la Coupe du Monde, est de la partie aussi. L’honneur est sauf. En revanche Franck Ribéry et Karim Benzema n’ont pas fait le déplacement. Ils traversent une mauvaise passe.

LUNDI. La polygamie est cœur de l’agitation médiatico-politique. Grâce au sketch des Inconnus “Tournez ménage” on sait que la polygamie n’est pas la Polynésie. Pourtant cela fait rêver certains hommes. Franchement faut être tordu pour s’infliger plusieurs conjoints. Les relations à deux c’est déjà compliqué. C’est comme aux cartes, jouer à la bataille à plus de deux ça vire à la foire d’empoigne.

Comme pour la guerre, il vaut mieux être deux (même si les Russes ils aiment souvent être là en renfort). Moi je joue plutôt au solitaire mais ça c’est un autre débat. Ce fameux Liès Hebbaj, a réalisé le fantasme d’une flopée de mâles. J’imagine que Franck Ribéry doit pâlir d’envie, parce qu’en autorisant la polygamie, on le sortirait de son guêpier.

La polygamie ou la polyandrie instituée à mon avis ce serait une très grave erreur. Cela porterait un coup fatal à l’industrie cinématographique, littéraire et même pipolitique. Fini les triangles amoureux sans fin et les pièces de Feydeau. Cécilia, Nicolas et Richard ou Carla Bruni et les Enthoven père et fils auraient pu vivre en bonne intelligence. Adieu “Casablanca” ou “Le Rouge et le Noir” de Stendhal. “La Princesse de Clêves” n’aurait pas existé non plus, à la grande joie de Nicolas S. qui a beaucoup souffert sur elle.

Même sort pour Victor Newman des “Feux de l’amour” qui lui se bat dans un hexagone amoureux ( exemple soufflé par Joanna qui est fan mais reste mon amie malgré ce défaut). Moi j’étais nullissime en maths alors ces histoires géométriques de triangles et autres parallélépipèdes me passent par-dessus la tête. L’homme est vraiment un être dont je ne comprends pas le langage mathématique ni informatique. Sony vient d’annoncer la fin de la production de disquettes, certains mâles adeptes des disquettes délivrées aux jeunes demoiselles naïves vont être déçus. De toute façon, c’est fini les hommes, moi je ne les calcule plus.

MARDI. Je vais devoir bientôt m’acquitter de droits d’auteur à Molière pour “le Misanthrope”. L’ours qui sommeille en moi a dû quitter sa caverne pour aller se sociabiliser à la rédaction. Comme je n’ai toujours pas de tapis-volant ni voiture de fonction le métro se charge de m’escorter. Métro bondé égale contorsions. Comme je ne suis pas une gymnaste chinoise du Cirque de Pékin la position est quelque peu inconfortable. La notion d’espace vital dans le métro c’est comme la notion de Droits de l’Homme en Chine, une chimère.

Alors que la délivrance approche, dans tout ce barnum une fillette arrive avec sa maman, alors que le wagon s’est quelque peu vidé. Le problème c’est qu’elle n’est pas venue seule mais avec un énorme ballon gonflable à l’effigie d’Hello Kitty d’au moins 60 centimètres. Non seulement je reçois des coups de ballon, mais en plus cette scène réveille en moi un traumatisme d’enfance. Une frustration même. C’est le quart d’heure Mireille Dumas… Quand j’étais petite moi aussi j’en voulais des ballons. J’ai toujours rêvé de le lâcher comme dans les films. A chaque fois qu’il y’a un mort dans un film, l’enfant lâche toujours le ballon pour qu’il rejoigne le défunt au ciel. Poétique non? Ma mère, pragmatique devant l’Eternel, n’a jamais voulu m’accorder ce plaisir. Ni même ne m’acheter l’objet de ma convoitise. Sa justification, comme de nombreux parents? “Ton père c’est pas Rotschild”.

Dans un sens, il vaut mieux que nos mamans aient démenti la paternité rotschildienne parce que dans le cas contraire, cela signifierait qu’il serait un polygame floqué de centaines d’enfants…

MERCREDI. L’alerte enlèvement sur le soleil est enfin levée, il a été libéré par ses geôliers. Qui dit soleil dit terrasse. Sur le papier c’est une scène printanière agréable, le soleil sur la peau, la joie d’être au grand air. Bon d’accord à Paris l’air est plus pollué qu’autre chose mais j’ai envie de croire que l’air que je respire ne me conduira pas vers la tombe. Image d’Epinal quand tu nous tiens.

Alors qu’avec une copine nous nous installons sur une terrasse pour une séance de lâcher de potins et de psychothérapie surtout (Mireille Dumas sort de ce corps), nous patientons dix minutes avant qu’une serveuse daigne nous jeter un regard. Je me demande si certains serveurs n’ont pas un passé de gardien de prison vu leur amabilité. C’est presque un critère de sélection dans le recrutement. Bonjour la fidélisation du client…

La serveuse nous toise, alors qu’on ose se rappeler à son bon souvenir. Elle lâche imperturbable “ Mon service commence dans cinq minutes”. Inutile d’espérer être servi même si on a soif… Aux urgences, ils devraient utiliser ce stratagème. “Oh vous vous videz de votre sang, désolé je ne suis pas en service”. Quand on a pas de chance, ça continue, car les pigeons, ces rats volants pleins de germes, ont décidés de s’inviter clandestinement à la table. Un mauvais remake des Oiseaux d’Hitchcock.

JEUDI. Je révise mon jugement sur la polygamie. En fait c’est un bon concept. Le problème pour les Bridget Jones dans mon genre ce sont les erreurs de casting. Je suis un aimant à cas sociaux et je gobe à peu près tous les beaux discours que les crapauds me servent. A force je vais pouvoir devenir éleveuse de politiciens-machines à balivernes. Je réalise tout simplement c’est parce que je me pointe toujours trop tard. C’est comme au marché lorsqu’on arrive à la fin il ne reste que les carottes flétries, les pommes de terre germées et les fraises moisies. Alors qu’au début de la matinée, les légumes dignes de figurer dans la pub “Mangez cinq fruits ou légumes par jour” sont rois.

Les hommes c’est pareil. Ce soir j’ai rendez-vous avec un couple d’amis. Rassurez-vous, ils sont en couple (nul n’est parfait) mais n’ont pas un cerveau pour deux. Ils ont aussi le bon goût de ne pas se donner de petits surnoms qui donnent la nausée et qui appellent la corde. Lui il fait partie du très rare et estimé gang des “mecs biens”. Un club très select. On s’est donc dit que la polygamie serait une bonne option. Carla Bruni herself, avait déclaré au Figaro Magazine jadis “Je suis monogame de temps en temps mais je préfère la polygamie et la polyandrie”. Si Carla l’a dit…

Ainsi nous serions deux à bénéficier des bienfaits de ce mec bien, une espèce à protéger. Une blonde, une brune même pas besoin de choisir. Réflexion faite je ne suis pas tout à fait sûre que ce soit vivable au quotidien. Gérer deux filles au caractère affirmé dirons-nous ce n’est pas de tout repos. A moins de s’appeler le Dalaï Lama et d’avoir les nerfs solides.

VENDREDI. Nicolas Sarkozy est allé conquérir la bravitude en Chine. Il a évité de glorifier la justice chinoise comme une certaine Ségolène R. l’a fait tout de blanc vêtue. Fallait pas tenter le diable. Le blanc en Chine c’est la couleur du deuil, un présage malheureux car depuis cet impair, sa carrière politique est presque au point mort.

Il est vrai qu’en Chine l’inénarrable Charles Pasqua n’aurait pas écopé seulement d’un an de prison avec sursis pour des affaires de malversations. Le voyage présidentiel se termine aujourd’hui. Notre président va pouvoir se reposer. Il a dû attraper un lumbago à force de faire des courbettes. Et des rides d’expression, overdose de sourires diplomatiques oblige.

C’est confirmé, les Chinois pratiquent la torture. Auditive au moins. Le couple présidentiel a été accueilli à son arrivée par une fanfare reprenant deux chansons de Carla Bruni. Aujourd’hui d’ailleurs, les Etats-Unis ont critiqué la Chine, pour son laxisme en matière de contrefaçon. Et si le voyage présidentiel n’était qu’un prétexte ? Nicolas Sarkozy est venu chercher dans l’Empire du milieu une seconde Carla. Une imitation made in China. En fait, le président lui aussi meurt d’envie d’être polygame.

Faïza Zerouala

Faïza Zerouala

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