SAMEDI. Il y a quelques semaines à peine, l’été était encore plus attendu que les allocations familiales ou que le mariage du Prince Albert. Et pourtant quand il pointe son nez, il ne fait pas les choses à moitié, le salopiaud. Du coup, pour fêter les grosses chaleurs avec trois amies (si j’avais 14 ans je dirais que ce sont mes BFF, best friends forever, Dieu merci je n’ai plus 14 ans), nous nous sommes dit qu’il serait bien de pique-niquer dans un endroit bucolique. Comme souvent le rêve ne correspond pas tout à fait à la réalité.

Suite à diverses circonstances fâcheuses, nous avons dû aller près de Radio France pour que la plus stakhanoviste d’entre nous, puisse participer au pique-nique le temps de sa pause-déjeuner. Nous n’avons rien trouvé de mieux que de nous installer sur un carré d’herbe. Un carré d’herbe, j’exagère. Le revêtement ne ressemblait en rien à celui des terrains de Wimbledon bien entretenu, non, nous, on a eu l’herbe jaunâtre tchernobylienne.

Des insectes squatteurs ont décidé de nous assaillir de toute part. Je n’ai aucun scrupule, j’ai joué à Pol Pot et j’ai exterminé tous ceux qui ont eu l’outrecuidance de m’approcher. Pour parfaire le tableau idyllique et champêtre, nous avions une vue imprenable sur… une station-service. Je suis mauvaise langue car si on se dévissait la tête en un angle à 360°, on pouvait voir la Tour Eiffel. Torticolis et carte postale touristique en un tournemain. Trop classe.

Entre deux bruits de pots d’échappement et deux génocides d’insectes on a pu discuter. Et c’était plutôt urgent. Quatre filles réunies, ça crache leur fiel sur des ex-camarades, comme celle au décolleté aussi profond que l’ambition qui la dévore, ça commente les derniers ragots et surtout ça parle de mecs. Enfin moi je raconte mes mésaventures de catherinette : « Vous pensez que la virgule dans ce sms faut l’interpréter comment ? Et il a dit ça, vous pensez que ça veut dire quoi ? »

Les copines avec moi ont intérêt à être spécialistes de l’exégèse de sms et de conversations téléphoniques. Moi je suis la minorité célibataire. Elles, elles sont toutes en couple solide et longue durée (oui elles ont commencé à huit ans environ). Elles me donnent envie d’y croire, en l’amour. Mais l’une d’entre elles est en pleine crise avec Chéri. Je dois vous l’avouer, on a été nulles pour la consoler. On a déroulé tout les poncifs : « Ce n’est qu’une mauvaise passe, vous allez rebondir, vous vous quittez pour mieux vous retrouver… » J’ai honte.

Et j’ai eu encore plus honte quand j’ai eu envie de dire : « Non, ne vous séparez pas, ne serait-ce que pour moi. Vous êtes l’un de mes couples modèles, je ne croirai plus en l’amour, sinon. Pire, si vous vous séparez, ça va me traumatiser autant que les séparations de Ségolène Royal et François Hollande ou Brad Pitt et Jennifer Aniston, alors je dis non… » Egocentrique, moi ? Du tout…

DIMANCHE. Je dois le confesser, je suis en proie à une addiction sévère. Je ne peux plus me défaire de mes lunettes de soleil. De prime abord, rien de grave. Pourtant j’ai longtemps été réfractaire à ce signe extérieur de « je me la pète et même dans le métro jamais sans mes Ray-ban ». D’ailleurs, l’attachement présidentiel pour cette marque ainsi que la rencontre d’un énergumène lui aussi adepte de cette secte lunettière m’ont dégoûtée ad vitam aeternam de porter des lunettes d’aviateur. C’est définitif, la Ray- Ban est fort mal fréquentée. De toute façon le look Chips, le flic des années 80, y’a plus sexy.

J’ai pourtant retourné ma veste après qu’un dealeur, en l’occurrence une dealeuse, m’a offert une superbe paire en provenance directe des States. Au départ, je l’avoue, je n’étais pas convaincue. Avant de succomber. Je ne veux plus les quitter. Après mes pérégrinations dominicales, je rentre chez moi. Bien entendu au mépris de toutes les règles que je m’étais fixées, voilà que je les porte pour les quelques mètres qui me séparent du métro à mon domicile (j’aime bien dire mon domicile). Je les garde dans l’ascenseur et dans l’appart. Je rêve de faire Secret Story dorénavant. Parce que dans toutes les téléréalités, ils gardent leurs lunettes sur le nez H24, en toute impunité.

LUNDI. Décidément, c’est la semaine de toutes les désillusions. Je ne suis pas unique ni irremplaçable. Ça fait un choc. J’avais vaguement subodoré la chose en voyant que mes parents avaient eu la mauvaise idée d’avoir d’autres enfants que moi. J’en ai eu la confirmation aujourd’hui.

J’ai pris un verre avec un ami VIP. D’habitude, les amis, pour vous fausser compagnie, inventent n’importe quel prétexte bidon pour écourter l’entrevue (enfin on me l’a raconté, personne ne m’a jamais fait ça, ma compagnie étant si délicieuse). Avec en tête de cortège, les très prisés enterrement de poisson rouge ou lavage de cheveux. Voilà que j’ai eu affaire à un innovateur. « Après je vais participer à une émission de radio. » Pff. Impossible, c’est moi la star de la radio.

Je lui propose de l’y accompagner, histoire d’être sûre de la véracité de cette histoire. Nous arrivons à ladite radio. C’était donc vrai. L’autre participante au débat est là. En attendant nous discutons et plaisantons. Elle remarque que mon ami était déjà venu accompagné la dernière fois qu’il a participé à cette même émission. C’est bien ma veine, voilà que je tombe sur un polygame de l’accompagnatrice. Pour la prochaine émission, le casting de l’accompagnatrice est d’ores et déjà ouvert. Les candidates peuvent m’écrire, je transmettrai.

MARDI. Vis ma vie de kamikaze volume 10. J’avais un peu envie de mourir aujourd’hui, alors j’ai pris le RER plusieurs fois dans la journée. Comme les psychopathes ne sont pas l’apanage de l’hiver, ils hantent toujours les lieux publics. Et la chaleur, ça tape sur la tête des gens. Sur le quai, un monsieur a décrété qu’à 8h30, il était de bon ton de faire de la prédication sur le mode « Dieu est notre sauveur ». De quoi ravir des ados qui arboraient une pancarte « J’irai cracher sur vos tombes » agrémentée de dessins salaces. Ils se sont exclamés : « Moi je préfère adorer Satan ».

Au secours, ça commence bien. Le pire c’est la suite du voyage. J’ai un don pour tomber sur la caisse la plus lente, celle qui tombe en panne, ou pour monter dans le wagon le plus bondé. Mais s’ils sont aussi surpeuplés, c’est parce que les gens pensent que les wagons sont extensibles comme le sac de Mary Poppins. J’aime le contact mais pas à ce point. Je n’ai pas envie de subir les odeurs corporelles de mes voisins. L’apothéose c’est quand même la conférence de rédaction du Bondy Blog. Tant de cerveaux en ébullition ça génère de la chaleur. Je ne savais pas que nos locaux avaient la fonction hammam intégrée.

MERCREDI. Maintenant que je mène une brillante carrière à la radio (méthode Coué quand tu nous tiens), je rencontre pleins de gens intéressants. C’est la classe de participer à la meilleure émission que la terre n’ait jamais portée (« La jeunesse, tu l’aimes tu la quittes », tous les jours à 11h05, un peu d’auto-promo ça tue moins que la canicule). Je dis ça en toute objectivité bien entendu. Mais il fallait bien qu’il y ait un léger problème. Le hic c’est que ça se passe sur France Inter, la radio boycottée par des auditeurs mécontents de la « non-reconduction » du contrat de SG (et de celui de DP) à la rentrée de septembre. Après l’Affaire Dreyfus, l’Affaire Guillon…

Ce matin, nous recevons le journaliste Frédéric Taddéi. Mon nouveau gourou. Au diable les grands reporters qui me font rêver. Fred a détrôné dans mon cœur les Florence Aubenas ou Ryszard Kapuściński (je vous jure je n’ai pas triché je sais écrire son nom, c’est un don naturel).

Lui, il a la classe. Jusqu’à maintenant mon idole, c’était Tanguy. 28 ans, bac + 32 et toujours chez Papa-Maman. Frédéric Taddéi a sublimé cette œuvre. A 29 ans et demi, après dix ans de glande, il a enfin décidé de faire quelque chose de sa vie. On est loin du travailler plus, pour gagner plus. Une chose est sûre, les jeunes de l’UMP n’auraient pas cherché à le recruter. Je suis dégoûtée, si j’avais su, je me serais laissée du répit et ne me serais pas farci tout ces cours sur l’Egypte hellénistique ou l’Empire romain.

Le seul détail qui me chiffonne c’est la retraite. Je me suis penchée sur la réforme. Je n’ai rien compris mais j’ai fait semblant. Mais dans son cas, d’après mes très fiables estimations, il pourra partir à la retraite à 90 ans environ. Direct en maison de repos… éternel.

JEUDI. C’est le feuilleton du moment. Les aventures de « Liliane B., le photographe et sa fille » font les choux gras de la presse. Cougar avant l’heure, elle s’est entichée d’un dandy à Leica. Photographe, pour le coup, ça m’a l’air d’être un emploi fictif. J’dis ça, j’dis rien. Quand je dis qu’elle s’est entichée, je veux dire qu’elle lui a donné un tout petit peu d’argent pour égayer le quotidien. Quelque 993 millions d’euros en dix ans. Je voudrais bien qu’elle s’entiche de moi, à ce prix-là.

En fait, je pense que c’est parce qu’elle est un peu amnésique, Liliane, qu’elle lui a fait cadeau de tant d’argent. Tous les jours François-Marie venait réclamer son argent de poche de la semaine. Elle a bien oublié qu’elle possédait une jolie île aux Seychelles et environ 80 millions d’euros qui dormaient en Suisse. Si elle n’en a pas l’utilité, je peux toujours la soulager. Je te jure Liliane, je le vaux bien, moi aussi.

Promis, je ne suis pas liée à Eric Woerth, aucun risque de Woerthgate avec moi. C’est vraiment pas de chance toute cette histoire autour de l’ancien ministre du budget. Encore un peu et on va finir par découvrir que Brice Hortefeux a des sans-papiers auvergnats dans sa famille.

VENDREDI. En hiver on se plaignait du froid polaire, et voilà qu’en été on maudit la chaleur. Il faut bien l’admettre, il fait trop chaud b***** de m****! Pourtant j’adore l’été. C’est rempli d’infinies belles choses : les pieds qui gonflent comme Bibendum ; voir partir les autres en vacances et agrandir sa collection de cartes postales ; le retour de Fort-Boyard et des sagas de l’été… C’est digne de viederêve.com. Pendant deux mois, le pays tourne au ralenti. En gros, la France se convertit à l’heure suisse, le pouvoir d’achat et les comptes planqués en moins.

Je suis la première à me moquer des conversations de vieux qui portent sur le foot ou la météo. Profitons-en bien de ces discussions, car les vieux, il n’en restera plus des masses après la canicule qui s’annonce. Il fait trop chaud b***** de m****! Qui dit chaleurs caniculaires, dit disparition massive des personnes âgées. C’est triste mais bon pour la caisse des retraites. Je ne suis pas sadique au point de me réjouir de la mort des gens qui ont connu l’ancien franc, le plein emploi, le Général de Gaulle et Mireille Mathieu jeune. Et puis je prie très fort pour que ma future meilleure amie Liliane B. échappe à ce drame.

Je suis juste contente car si canicule il y a, on va avoir droit au retour médiatique de la très compétente Roselyne Bachelot. Je ne me lasse pas d’elle, qui a si brillamment géré la crise de la grippe A et l’incursion rapide des Schtroumphs, en Coupe du Monde. Mais si, rappelez-vous, il n’y a pas si longtemps de ça, la France a fait de l’humanitaire et a envoyé une équipe de sales gosses défendre nos couleurs en Afrique du Sud. Il aurait mieux fallu les confier à Pascal le grand frère, nos joueurs. Deux claques et au lit ! C’est trop tard pour eux, mais si Pascal n’est pas en vacances, il pourrait aller filer un coup de main à Liliane pour gérer les humeurs de sa fille…

Faïza Zerouala

Faïza Zerouala

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