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« Ces moments passés avec toi furent un enchantement constant, mais je crois que je suis gay.» Idir Hocini, Bondy, mardi 13 février 18h01, rupture par sms au grec « les délices de Marmara ».

« Un sujet sur le speed dating version Maghreb ça intéresse quelqu’un ? C’est demain dans une boîte sur les Champs Elysées.» Antoine Menusier, Bondy, mardi 13 février 20h45, réunion de rédaction du B.B.

J’ai juré sur mon honneur de bondynois des montagnes, que jamais je ne ferai de libations au saint patron de l’amour commercial, je m’arrange donc toujours pour être célibataire la veille de la Saint Valentin (et la majeure partie du temps, diront les mauvaises langues). D’un autre côté, manquer une occasion de faire la fête est indigne de ma réputation, c’est ainsi que l’offre d’Antoine a pris preneur en un éclair. Sans parler du fait qu’une telle manifestation du syndrome Cosby show (la volonté de préserver « l’unicité culturelle » au sein du couple) intrigue la petite fouine curieuse que je suis.

Cette soirée Saint Valentin spécial « Poitier 732 », fut d’un point de vue journalistique, assez décevante : une petite sauterie dans une boîte des plus classiques. L’hôte de ces festivités organise bien des speed dating, mais en cette nuit dédiée à la guimauve, on préfère se la jouer classique. « D’habitude ça ne se passe pas comme ça, déjà il y a plus de monde, et le principe est différent » me confie la marieuse en chef. Les jeunes en quête de l’âme sœur lors d’un speed dating, se réunissent autour d’une table à siroter du thé à la menthe et des petits gâteaux du pays. C’est après deux trois mots échangés qu’une petite musique mielleuse, venue de nulle part, fait entendre ses premières notes. Les cœurs s’emplissent d’une plénitude enfin retrouvée ; deux âmes réunies, fusionnent dans la passion d’un amour pur et éternel. Où bien, l’un des soupirants étant trop moche pour l’autre, on le laisse pleurer sur son sort et on passe au candidat suivant.

Qu’est ce qui motive tous les adeptes du speed dating, sauce harissa ? : « Ces personnes (la plupart a entre 25 et 35 ans ndlr) sont à la recherche d’une compagne ou d’un compagnon ayant des valeurs et une culture commune » répond l’organisatrice. Pression familiale ou choix personnel ? « Il y a de tout, continue-t-elle. Des fois, on voit arriver des mères poussant leurs filles par la porte. Il y a également des européens attirés par la culture orientale ». Des critères d’appartenance à un pays ou une région spécifique, sont également formulés, mais ça se faisait déjà bien avant l’avènement du speed dating. Certains ont sous le bras un cahier des charges matrimonial effrayant : « Je veux un algérien, kabyle, de grande Kabylie, de famille maraboutique, qui fasse la prière et qui ne vient pas du bled,… avec une bonne situation, si possible. » m’est-il déjà arrivé d’entendre dans ma tendre jeunesse. Ceux qui ont des idées pas bien jojo n’ont pas leur place dans ce genre de manifestation, on parle mariage cash ici. C’est direct et on l’assume.

Le speed dating fait quelques émules en France surtout dans les communautés juive, maghrébine et libanaise. On ne peut reprocher un détournement de cette tendance à des fins communautaires, puisque favoriser les rencontres entre personnes de même culture est la base même du speed dating. Rappelons que c’est une création de Yaacov Deyo, un rabbin diplômé de Harvard vivant à Los Angeles. Un moyen, à son sens, de favoriser la préservation de la culture juive en encourageant les mariages au sein de la communauté.

Idir Hocini

 

 

Idir Hocini –

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