C’est fait ! L’UMP a enfin accouché de son débat sur l’islam et la laïcité. Dieu du ciel, qu’est ce qu’il a fait parler de lui celui-là. On en a fait tout un Golgotha. Et pour être resté trois heures dans le grand hôtel parisien où il a eu lieu, je peux vous dire que la montagne a accouché d’une puce de souris. Ce fut sage et poli au possible.

Mais peut-on appeler ça un débat ? Les invités, ministres, grand rabbin de France ou prêtre, se son contentés de donner leur définition de la laïcité ou d’en retracer l’histoire. Un débat c’est une discussion, de la polémique, c’est un peu ça, l’esprit de départ. Là, wallouh. Faut dire, à la décharge de l’UMP, que personne n’était là pour donner le change, le Conseil français du culte musulman (CFCM) et l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) ayant boycotté le débat. Même Hassen Chalghoumi, imam de Drancy, pourtant programmé comme intervenant, a fait faux bond au dernier moment.

Il y a quand même eu deux ou trois interventions intéressantes, notamment celle de Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L’Express : « Ce débat intervient à un moment particulier, celui des révolutions arabes. Beaucoup de personnes pensaient, moi le premier, que dans ces régions, si les régimes autoritaires tombaient, les islamistes prendraient le pouvoir. Ce n’est pas du tout le cas, une belle leçon d’humilité. » La rhétorique de l’hôte du jour, Jean-François Copé, ne manquait pas de saveur non plus pour un fan d’Alexandre Dumas : « Les valeurs de la République sont comme les trois mousquetaires.  Liberté, égalité, fraternité au secours desquelles vient d’Artagnan, la laïcité ! »

Le patron de l’UMP discourait dans une salle divisée en trois groupes de personnes : la sécurité, les politiques et militants UMP et les journalistes, les plus importants en nombre. On parle de 200 accréditations pour l’événement. Des professionnels très attentifs et prenant assidûment des notes dès l’ouverture du débat à 16 heures, endormis ou rentrés chez-eux à 19 heures, une demi heure avant la fin des palabres.

Pour certains scribes, l’hôtel Pullman fut un Disneyland, tant les ministres à qui poser des questions étaient nombreux. Un Disneyland sans Mickey : le Premier ministre n’était pas de la partie. Les présents, bien sûr, ont joué solidaire : « On n’a pas le droit de dire qu’ils sont plus nombreux ? », répondra Nadine Morano, ministre auprès du ministre du travail, quand on lui demande de réagir aux propos de Claude Guéant sur l’accroissement du nombre de musulmans en France.

Le débat s’achève enfin sur 26 propositions qui n’ont pas eu besoin de se nourrir des interventions de la journée, tout semblait écrit à l’avance. Parmi elles, l’élaboration d’un code de la laïcité, une interdiction de se soustraire au programme scolaire (d’après Copé certains élèves refuseraient d’étudier les croisades ou la shoah), une possibilité pour les entreprises d’intégrer dans leur règlement intérieur des dispositions relatives aux pratiques religieuses et beaucoup d’autres propositions déjà entendues bien avant la tenue du débat.

Pendant des semaines, l’annonce de ce dernier a paniqué et effrayé certains musulmans. L’intitulé du débat a dû être requalifié pour éviter les critiques. On a eu droit à des polémiques, des prises de becs entre partis et religieux. Tout ça pourquoi ? Vous pouvez enlever votre ceinture de sécurité, nous avons traversé la zone de turbulences, le débat sur l’islam et la laïcité a fait un atterrissage en douceur.

Idir Hocini

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