Ils habitent en banlieue mais ils ont passé leur jeunesse ou la majeure partie de leur vie à Paris. Ils y travaillent encore en général, mais ils ont décidé de sauter le pas en venant résider de l’autre côté du périph’. Pourquoi ? Comment ces bobos se sentent-ils maintenant qu’ils habitent en banlieue ? Revue d’effectif du bolieusard. J’arrive à 19 heures dans une maison près de la gare de Bondy. Le coin est tranquille, paisible, très « petite maison dans la banlieue ». Je frappe, la porte s’ouvre. Des enfants jouent dans le salon sur l’ordinateur, tandis que l’hôtesse m’accueille. « Entre, les autres ne sont pas là mais ils vont arriver. » Les autres, ce sont des voisins de la rue ou du quartier. Noir, Arabe, Blanc, nouvellement installés. Ils ont tous été des Parisiens invétérés et visiblement, ils vivent confortablement. Que font-ils ici ?

Philippe M., par exemple, 49 ans, parisien pendant plus de 40 ans (ci-dessus dans son loft). Il s’est décidé à bouger parce qu’il voulait « quelque chose de plus grand, et puis Bondy, pour nous, c’était la campagne à la porte de Paris ». Comme lui, ses semblables sont tous propriétaires, ce qui aurait été impossible en restant à Paris. « Là-bas, on n’aurait même pas pu louer », ajoute mon hôtesse. Mais si, de tout temps, des Parisiens se sont expatriés pour plus de calme, tous les invités aspirent encore à une vie culturelle. De fait, certains travaillent pour le cinéma, d’autres s’investissent dans la vie associative locale ou ont une activité artistique en dehors de leur travail (peinture, écriture, etc.).

Pour eux, la banlieue n’est concevable qu’à la condition d’être à proximité des moyens de transport. Tous habitent en général à moins de 10 minutes de la gare de Bondy. En voiture, il ne leur faut qu’une quinzaine de minutes pour arriver aux portes de Paris par l’autoroute. Pour Gaëtan, un quadra célibataire dont on sent qu’il n’a enlevé la cravate que quelques minutes avant d’arriver à son domicile, ce dernier point est essentiel. Cadre supérieur dans un cabinet de stratégie, il aime aussi la vie de quartier de Bondy (ci-dessus dans sa cuisine). « Quand, j’ai emménagé ici, le soir même, une personne a frappé à ma porte pour m’offrir un repas : ça, sur Paris, ça ne serait jamais arrivé. »

La vie de quartier, le calme (le jardin) sont toujours cités comme des éléments déterminants, les enfants aussi, l’élément déclenchant, puisqu’il faut alors plus d’espace. Mais ces bobos de banlieue recherchent aussi une forme de culture faite d’échanges : ils apprécient que « dans la rue, il y ait toutes les nationalités ». Ils reconnaissent qu’au départ, ils voulaient continuer de sortir à Paris régulièrement. Désormais, ils affirment globalement que Paris ne leur manque pas. Ils recherchent du coup des relais culturels dans la ville. « Quand je vais à Paris, j’ai presque l’impression d’être un touriste parce que c’est le vieux Paris qui me manque, celui de Zola. Le Paris où le prolo côtoyait le banquier, le Sénégalais ou le Maghrébin : tout ça, j’ai plus l’impression de le revivre ici », ajoute encore Philippe. Quant à partir, personne n’y pense. « On fait parti du 93 et on en est fiers. »

Axel Ardes

Axel Ardes

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