Le message est passé, l’a affirmé François Hollande ce soir à 20 heures. La « vague bleue » est aussi une vague verte, de rage, pour les électeurs de 2012, qui ont cru au changement. Billet d’humeur.

Certains y verront du panache. D’autres un acte de défiance ultime à l’égard du président. Tout le monde ne pourra s’empêcher d’y voir une démission à l’image de ce gouvernement. Jean-Marc Ayrault n’a pas attendu l’annonce officielle de son départ par le président lors de son allocution prévue à 20h. Matignon a préféré devancer François Hollande de plus de 2h. Et nous revoilà spectateurs malgré nous d’un énième couac, cafouillage, erreur de communication selon le vocabulaire décliné sous toutes ses formes à longueur d’articles de presse.

Usé, vieilli, fatigué le premier ministre a été désigné comme le fusible naturel du président après le revers électoral subi par le Parti socialiste lors de ces élections municipales. En Seine-Saint-Denis le désamour est patent. Aulnay sous-Bois, Saint-Ouen, Bobigny, bastions imperdables, passent au centre-droit ou à la droite. Le signal est évident. Le peuple de gauche refuse de cautionner la politique d’un gouvernement qui considère cet électorat comme acquis.

En 2012, le PS a su séduire, être perçu comme un moindre mal par rapport à un Sarkozy toujours plus à droite. L’UMP pendant 5 ans s’est appliquée à détricoter la politique sociale, à dresser les uns contre les autres en tapant sur le plus faible. Les musulmans de France, les habitants de banlieue en ont eu assez d’être ouvertement méprisés. Au fond l’alternative Hollande n’était pas la plus séduisante. Mais il a promis le changement.

On savait bien qu’il ne pourrait pas faire de la magie. Transformer des chiffres du chômage négatifs en positifs. On voulait quand même y croire. Croire qu’il pourrait transformer la boue en or, penser qu’il donnerait enfin une voix, électorale, à nos parents étrangers, ou qu’il rendrait leur dignité à nos frères sans cesse contrôlés pour leur faciès. Pas assez « white ». Deux après tout ces rendez-vous ont été manqués. Sans courage politique, impossible de faire passer ces réformes symboliques, qui ne coûtent pas grand-chose mais représentent tellement pour nous. Le rêve de retrouver la « dream team » de Lionel Jospin, s’est évaporé.

J’ai eu 18 ans en 2002. Trois mois avant le 21 avril. J’ai pu voter pour la première fois. Belle entrée dans la vie politique. Depuis je me suis rendue au bureau de vote à chaque élection. Même pour celles que personne ne comprend comme les européennes. J’ai aussi fait une procuration le jour où j’étais en vacances. Une citoyenne modèle. Je me suis aussi vue comme une sorte de chat noir des élections, qui ne gagne jamais ou presque. De par mon histoire familiale, impossible d’être de droite. Chirac version le bruit et l’odeur, Pasqua, Tibéri et toute la clique du RPR c’était le mal. Le Pen et son FN version hardcore c’était la peur. Il ne nous aimait pas nous les Arabes et c’était réciproque.

Reste la gauche. Pragmatique j’ai souvent donné ma voix au PS. En me mordant parfois l’intérieur de la joue, tant la différence entre les socialistes et les membres de l’UMP s’est presque gommée. Pour ne devenir qu’une frontière ténue. A 30 ans, après 12 ans de déception c’est officiel je suis « apartide ». Je ne peux plus voter pour cette gauche. Pas de gaité de cœur. J’ai toujours fustigé les démagos, les adeptes du « tous pourris ». Je commence à mieux les comprendre.

François Hollande est à côté de la plaque. En réponse à la déception des électeurs de gauche, en toute logique il nomme Manuel Valls, tenant de la droite du PS, à Matignon. Le même qui n’a pas su séduire plus de 6 % de socialistes lors de la primaire pour la présidentielle organisée dans son parti en 2011. Le même qui sortant de sa réserve critique une décision de justice concernant l’affaire Babyloup qu’il suit avec attention en bon partisan d’une laïcité intransigeante.

Le même qui demandait dans un reportage à Evry qu’on mette « quelques blancs, quelques white, quelques blancos ». Le même qui expulse plus d’étrangers que la droite. Le même qui considère que les roms n’ont pas vocation à rester en France et à pouvoir y vivre dans des conditions décentes. Le même dont l’épouse violoniste jugeait qu’une musicienne c’est plus glamour que prof d’allemand dans la banlieue de Nantes, visant Mme Ayrault. Le calcul politique derrière cette nomination m’échappe. J’ai l’impression d’une cohabitation qui ne dit pas son nom.

Le président de la République est-il en train de commettre un suicide politique ou acte-t-il tout simplement la droitisation de la France ? François Hollande nous avait promis le changement. Mais il ne nous avait pas indiqué le sens de celui-ci, à droite toute.

Faïza Zerouala

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