Hier, dans le local que le Racing Club de Blanqui nous a très gentiment prêté pour y installer notre micro bureau et notre couche, je suis tombé par hasard sur un solide bouquin jaune intitulé Histoire des gens de Bondy. « C’est un livre qu’on offrait aux élèves à la fin du CM2 », a souri Kamel. Voyons ça de plus près.

Je l’ai ouvert en me glissant dans mon sac de couchage et j’ai fini par m’endormir très tard. C’est une histoire signée Jean Astruc, écrite dans une langue élégamment surannée, à la fois épique et pleine de détails charmants, qui raconte Bondy au temps de Roland le Preux, du Bon Roi Henri, de Louis XVI ou de l’occupation allemande. Cette saga bondynoise court jusqu’au début des années 80 et je ne résiste pas au plaisir de vous en citer deux menus extraits.

D’abord cette évocation de Bondy bousculé par le progrès agricole: « De quoi parle-t-on dans les auberges de Bondy dans les années 1845-47? Du temps, de la sécheresse du printemps 1845 et des pluies abondantes de l’été, de la pénurie de pommes de terre, de la flambée des prix et de la disette. On parle aussi de la faux qui l’emporte désormais sur la faucille, qui abrège la moisson et économise la main d’œuvre, qui coupe bas, saccageant les nids de caille, et qui oblige à se courber davantage. »

Et aujourd’hui, de quoi parle-t-on dans les bars PMU de Bondy? Du temps qui reste pourri, de l’inflation, des délocalisations qu’on rend responsables du chômage, et de tout ce qui oblige à se courber davantage…

Voici encore, pour la bonne bouche, la satisfaction de l’auteur au moment de conclure son livre: « Le confort de l’habitation est quasi général; certes subsiste 0,3% de logements sans eau, ou 4,3% avec la seule eau froide, mais l’eau chaude est partout ailleurs; wc à l’intérieur, salle d’eau, chauffage central, c’est le cas de 93% environ. »

J’aimerais bien qu’on essaie de dire aujourd’hui aux habitants de certaines cités bondynoises qu’ils n’ont pas à se plaindre puisqu’ils bénéficient de l’eau chaude et des wc à domicile…

 

Par Michel Audétat

Michel Audétat

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