Wembley n’a rien à envier à Choisy-le-Roi les soirs de match. Mohamed, fan de Ribéry, avait endossé le maillot rouge et commandé le chiken mix et c’est les doigts dans les frites qu’il a savouré la victoire de son équipe. Récit.

Samedi 25 mai, le stade mythique de Wembley accueille la finale de la plus prestigieuse des compétitions interclubs, la ligue des champions. La finale est inédite et 100% allemande. D’un coté le Bayern de Munich, deux fois finaliste malheureux ces trois dernières années et le Borussia Dortmund, nouvelle équipe montante sur la scène européenne. Pas d’éternels débats Messi vs Ronaldo à l’horizon donc.

Amoureux du ballon rond, rien ne pourra m’empêcher de rater cette affiche alléchante, même pas un rencard romantique avec Eva Mendes, la femme de mes rêves. Accompagné de quelques potes, je me retranche donc dans notre quartier général. Ne vous méprenez pas, ce n’est ni un stade, ni un pub anglais et encore moins un local aménagé spécialement pour les grandes affiches. Mais un kebab où nous avons l’habitude de  nous retrouver pour suivre les matchs de football. L’ambiance y est « chaude bouillante » et chacun y va de sa propre analyse footballistique comme si les caméras de TF1 étaient dans les parages.

« Ribéry est chaud en ce moment, wallah, il va faire mal à la défense adverse aujourd’hui. Une passe décisive, un but et il est ballon d’or » explique notre Bixente Lizarazu local. Ce jour-là, étaient présents dans notre quartier général des pseudo spécialistes du football allemand. Des footix parés de maillot du Barça ou du Réal qui se sont découverts une soudaine exaltation pour l’une des deux équipes allemandes, les commentateurs de la chaîne locale Kebab+ tout aussi impulsifs les uns que les autres et ceux qui ont parié leur loyer à Cote & match. Il y a aussi ceux qui, comme moi, sont obligés de faire un choix entre les deux équipes puisque leur équipe favorite a été éliminée. Fan de Ribéry, le rouge couleur du Bayern de Munich est à l’ordre du jour pour ma part.

Une fois le camp choisi, chacun passe sa commande dans un brouhaha ambiant. Puis vient mon tour. « Chef ! Pour moi ça sera un chicken mix, ketchup mayo, salade tomate oignon ». Le fameux hymne de la compétition retentit. Installé confortablement, les yeux remplis de rêve rivés sur l’écran, la concentration est à son sommet. Les joueurs font leur entrée et la rencontre débute. « Chef, n’oublie pas de frire mes oignons, steuplait ! », lance l’un d’entre nous au maître des lieux.

Après une demi-heure de jeu, l’inquiétude se lit sur le visage des supporters Bavarois. En effet les joueurs du Borussia Dortmund dominent clairement la rencontre et ne laissent aucun répit aux Bavarois. Supporter du Bayern d’un soir, je me surprends à angoisser bien que l’excellent gardien de but du Bayern, Manuel Neuer, se montre rassurant.

« Le chicken mix, ketchup mayo est prêt »,crie notre chef cinq étoiles. Ça tombe bien la pression du Borussia Dortmund est retombée et je peux me régaler l’esprit léger. Puis vient la mi-temps. Les vingt-deux acteurs rentrent aux vestiaires sur un score vierge. Et c’est à ce moment-là que nos spécialistes de la chaîne Kebab+ font leur entrée en scène. « Oh zut ! Robben est un vilain petit canard, trop individualiste, qui ne répond jamais présent durant les grands rendez-vous. Il m’agace au plus au haut point** » s’exclame l’un d’entre eux. « Certaines personnes pensent que le football est une question de vie ou de mort. Je trouve ça choquant. Je peux vous assurer que c’est bien plus important que ça », affirmait le célèbre footballeur et entraîneur écossais, Bill Shanky. Rien n’est plus vrai.

La seconde période démarre et chacun reprend sa place. La rencontre est toujours serrée et il faut attendre la 60e minute pour voir l’une des deux équipes ouvrir le score. 1-0 pour le Bayern. J’exulte avec le camp bavarois. L’on se prend dans les bras et saute comme si l’on était dans le stade londonien. Toutefois l’euphorie disparaît huit minutes plus tard, avec l’égalisation du Borussia Dortmund. Notre joie laisse place à l’inquiétude des premières minutes. Et la tristesse du camp adverse laisse place à une explosion de joie. C’est le football ! Un sport capable de te faire passer du rire aux larmes en quelques secondes.

La rencontre prend une autre dimension et toute issue devient à nouveau possible. Nos chers parieurs ne tiennent plus sur place et prient les cieux pour ne pas perdre leur loyer. Puis vient, la 89e minute. Certains s’apprêtent à aller fumer quand soudain Ariel Robben propulse, à quelques minutes de la fin de la seconde période, le Bayern de Munich sur le toit du monde. L’arbitre siffle la fin de la rencontre. La messe est dite : 2-1 pour le Bayern de Munich. La joie change à nouveau de camp. S’ensuit une scène de liesse dans laquelle je me retrouve. Les Bavarois sont champions et Franck Ribéry peut prétendre au ballon d’or.

Mohamed K

 

** ces paroles n’ont en aucun cas été prononcées. En effet les commentateurs de la chaine Kebab+, pris dans le feu de l’action utilisent un autre langage, un peu vulgaire, pour exprimer leur émotion.

 

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