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Une bonne journée commence par le chant des oiseaux, un soleil chaud inondant la chambre, du café fumant et un croissant. Eh bien, pas pour moi. Ce sont les ouvriers qui en ce moment me réveillent à coups de marteau. Ma résidence, au soleil, elle lui dit « Vas-y dégage ! ». Quant au café, je ne lui chante pas « O Sole Mio ». Il y a ceux qui sont café au lait, mon truc, c’est lait au café. Mais le croissant, je dis oui, et plutôt deux fois qu’une. Ma boulangère s’obstine à cuire une tonne de croissants au beurre et un tout petit tas de croissants nature. Or, je préfère de loin ces derniers à ceux dégoulinant de sauce beurrée.

Serait-ce parce que je n’appartiens pas à cette France qui se lève très tôt ? Toujours est-il que lorsque je me pointe à la boulangerie, c’est souvent le même discours : « (La vendeuse) Bonjour, que désirez-vous ? (Moi) Un croissant nature s’il vous plaît. (Elle) Ha ! Désolé, il n’y en a plus. (Moi) Une baguette, alors. » Pff… Mes croissants nature remplissent depuis longtemps l’estomac des clients matinaux. Qui n’aime pas les croissants ? Apportez-en à votre travail et c’est la razzia. On va vous chouchouter ce jour-là.

Un vol Easy-Jet plus loin et me voilà à Venise. C’est un vrai plaisir de jouer au touriste dans cette cité. A moi les petits-déj sur les placettes. En terrasse, donc, et non au bar comme les Italiens. Il me faut mon petit confort. Une table, une chaise, je suis un seigneur. Très beaux, pourtant, les bars des cafés italiens, avec leur vitrine plongeant sur les « dolce ». Des tartes au citron, aux amendes, des croissants fourrés à la crème… J’ai l’impression que ces délices transalpins me murmurent à l’oreille : « Je t’attends. »

Il est 9 heure du matin, le ciel est bleu, la place est déjà très animée. Les commerçants garnissent leurs étalages. L’odeur du capuccino emplit mes narines. Les machines à café tournent à plein régime. Des espresso, des caffe-latte, des latte-macchiato, des cappuccinos sont distribués comme des jetons sur un jeu de table. Ça papote de politique, de foot, des voisins, etc. Les serveurs sont des croupiers à leur affaire.

L’un d’eux vient prendre ma commande. Il m’apporte un « cornetto » (le mot, je crois, pour croissant), qu’on propose ici généralement fourré, à la confiture, à la crème pâtissière ou au chocolat. S’il ressemble au croissant qu’on trouve en France, il est toutefois plus sucré et sa structure fait penser à de la brioche. Mamma mia ! Quel régal ! La journée commence très bien.

Ce qui m’amuse et m’impressionne à la fois, c’est de voir, le matin, en Italie, ces hommes en costume prendre leur petit-déjeuner, élégants comme dans une pub Emporio Armani. Debout au bar, ils tiennent le croissant entre le pouce et l’index, la tête penchée en avant pour éviter de tacher leur belle chemise repassée par leur femme.

Un vol Aigle Azur plus tard, et me voilà dans le pays de mon enfance, l’Algérie. On a beaucoup débattu des effets positifs de la colonisation, je peux dire que le croissant en est un. Le must, au petit-déj pris dans un café de la rue Didouche Mourad ou de Bal-el-Oued, est une tasse de café au lait, un ou deux croissants et un grand verre de « cruche » (limonade au goût d’orange) ! On trempe son croissant dans le café au lait ou dans le cruche. Vous faites la moue ? Vous avez tort, car c’est très bon, le croissant dans la limonade.

L’Espagne, elle, est désespérante pour ses desserts en général et sa viennoiserie en particulier. Les croissants semblent débarqués d’un film de science-fiction où l’art de la pâtisserie a disparu après une catastrophe planétaire. Dans l’hôtel ou je me trouvais, ils avaient été décongelés avant d’être servis.

On m’a dit que le meilleur croissant se trouve dans sa ville natale, Vienne. Dans les années 50, si vous commandiez une viennoiserie dans un café, ce n’est pas une mais plusieurs qu’on vous amenait. J’ai envie d’habiter dans le Vienne de cette époque.

Malgré mon année d’apprentissage en pâtisserie, je n’ai jamais su maîtriser le feuilleté du croissant. Je passais mon temps à incorporer le beurre dans des plis de pâte. Au bout de cinq tentatives, j’avais l’impression d’être dans un atelier d’enfants à faire de la pâte à modeler. Je commençais à revenir cher au patron. Je suis passé à la génoise.

Malik Youssef

Le coin recette : cornetto à la Malik Youssef.

Alors-là si vous vous plantez…

Je vais faire simple : tranchez en deux un croissant, garnissez-le de Nutella ou de votre confiture préférée, dégustez !

Malik Youssef –

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