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La vérité est que les services de l’Etat savaient. La France a déjà fait l’objet d’une condamnation par le Conseil d’Etat en novembre 2001 (affaire Diop) pour son indemnisation discriminatoire de ses  anciens combattants, après la commission des droits de l’homme des Nations unies en 1989, ensuite par la Cour de justice des Communautés européennes en juin dernier, en attendant une probable condamnation prochaine par la Cour européenne des droits de l’homme (note de Bercy révélée par le Canard Enchaîné daté du 4 octobre 2006)… Tout cela rendait la situation de toutes façons de plus en plus intenable.

Mais le temps gagné aura été ainsi perdu par les intéressés.

Quelle est la proportion de survivants parmi eux, à l’heure où la justice va enfin sonner ? Ils ont au mieux 79 ans aujourd’hui, ceux qui étaient les plus jeunes participants aux débarquements de Monte-Cassino et de Provence et des combats dans les Vosges en 1945.

Parce que le scandale ne fait que commencer. Ce sont très souvent les mêmes, qui ont subi pendant des carrières entières, au service de la reconstruction nationale, puis des industries prospères des 30 glorieuses, des conditions de travail que personne ne voulait accepter. On en voit de plus en plus aujourd’hui que leur santé n’autorise pas à profiter de leur retraite. Le comble c’est que les organismes d’assurance-maladie reconnaissent au compte goutte, et au prix d’une bataille juridique aussi longue que coûteuse, le caractère professionnel de maladies manifestement liées au contact prolongé avec des produits toxiques.

Nous sommes en retard d’une colère. Ce n’est plus seulement celle de jeunes en galère, c’est celle d’une génération qui arrive en âge d’avoir des enfants à son tour, et pour laquelle la retraite justement relève presque du fantasme, faute d’avoir été intégrée suffisamment tôt dans le monde du travail. C’est la génération du chômage de masse. Qui l’a subi deux, trois, voire quatre fois plus intensément dans certaines banlieues qu’en moyenne nationale. Une génération qui pourrait tirer les leçons de l’expérience de ces indigènes de pères : leur  digne silence ne leur a pas profité.

Samy Khaldi

Samy Khaldi –

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