Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don



Au mois de janvier, on attendait impatiemment un présent, venu tout droit de l’île de La Réunion. Envoyé par la sœur de ma mère en Chronopost (colis urgent), il devait arriver avant le Jour de l’An. Une semaine plus tard, après le Jour de l’An, donc, on le reçoit. Enfin non, on LA reçoit. Elle ? C’est une lettre, nous informant que le colis n’a pas pu être délivré par le facteur en raison du caractère dangereux du quartier – Les Pyramides, à Evry (91). Il y a quelques jours, rebelote : le facteur remet une lettre contenant un avis m’invitant à réceptionner un colis, un autre cette-fois, dans un bureau de poste, par souci de sécurité toujours.

A cette nouvelle, ma mère a sorti un gros « foulalalala ! C’est toujours la même histoire ». Moi, j’ai trouvé ridicule la raison invoquée par la poste. Premièrement : les lettres c’est barbant, en général ce ne sont que des factures, les gens n’en sont pas fan, ils ne vont donc pas chercher à les dérober au facteur. Deuxièmement : celui-ci passe tellement tôt, vers 8h30, qu’à cette heure-ci tout le monde est beaucoup trop occupé à partir à l’école ou au travail, ou dort encore. Troisièmement : à part peut-être pour son vélo – et c’est de l’humour –, je doute que le postier suscite la convoitise chez les jeunes habitants.

Lorsqu’il s’agit de remettre en main propre un colis, la poste en fait toute une histoire. Quand je vois le facteur, ou la factrice, parce que la plupart du temps c’est une femme, je la trouve bien sûr d’elle, parfois même un peu trop. Exemple, alors que je me trouve à l’extérieur de mon immeuble et elle à l’intérieur en train de distribuer le courrier, elle refuse parfois de m’ouvrir la porte du hall de peur que ce ne soit pas mon bâtiment et que j’y fasse intrusion. Elle dit vouloir préserver la tranquillité de l’immeuble, bien que je lui assure l’habiter, lui indiquant mon nom de famille et la boite à lettres dans laquelle elle vient de glisser un courrier. La factrice n’est pas copine avec la courtoise, mais beaucoup avec la méfiance…

Peut-être aimerait-elle piquer la place du gardien, mais je le lui déconseille… De plus, mon bâtiment se situe à l’une des extrémités de la cité, au-dessus d’un gymnase, à côté de trois écoles. Les grands ne viennent jamais squatter le préau, qui est en permanence occupé par les petits qui jouent à la corde à sauter ou au ballon.

Récemment, j’ai lu dans Noisy Magazine, le magazine de mon ancienne ville, qu’un nombre important d’habitants de la cité du Pavé Neuf se plaignaient de ne pas recevoir leurs lettres. Et ce pour des raisons de sécurité également. Parce que c’est « un quartier ». Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le chahut tous les jours aux Pyramides, faut arrêter, y a du cache-cache police-jeunes, mais cela ne nuit pas plus que ça à la vie du quartier. Les gens, ils ont leur vie, leur travail, leurs enfants, leur loyer, leurs factures et j’en passe. A l’heure où paraissent ces lignes, je suis en route pour un PIMMS de mon quartier, afin d’y récupérer un colis, en l’occurrence un livre. Un PIMMS, non pas le gâteau, mais un centre de services de « proximité ».

Silvia Sélima Angenor

Silvia Sélima Angenor –

Articles liés

  • Étudiants ultramarins : une rentrée à des milliers de kilomètres de chez eux

    Étudier dans l’Hexagone implique, pour de nombreux jeunes ultramarins, de partir à des milliers de kilomètres de chez eux. En 2023, 39 700 étudiants ayant obtenu leur baccalauréat dans une académie ultramarine poursuivaient leurs études dans l’Hexagone. Entre offre de formation limitée, éloignement familial et découverte d’un nouveau quotidien, cette mobilité impose une double adaptation.

    Par Iris Pastel
    Le 25/09/2026
  • Affaire Emmodem : l’Algérienne qu’on croyait connaître

    Une mère voilée, un père sous OQTF, du « sang DZ » et de l’islamophobie : il n’en fallait pas beaucoup pour donner vie à l’alter ego algérien inventé par la streameuse Emmodem. Une affaire qui en dit peut-être autant sur son autrice que sur les clichés qui ont permis d’y croire.

    Par Sofiane Zerouala
    Le 28/08/2026
  • Racisme au travail : ces violences qui abîment la santé mentale

    Au printemps, l'Institut d'études et d'actions citoyennes (IEAC) organisait un colloque consacré aux discriminations raciales au travail et à leurs conséquences sur la santé mentale. Professionnel·les de santé mentale, juristes, représentant·es syndicaux et salarié·es se sont retrouvés pour mieux reconnaître et combattre ces violences.

    Par Farah Rhimi
    Le 06/08/2026