Ils arrivent. Il ne nous reste plus beaucoup de temps. Si vous recevez ce message c’est que j’ai enfin pu contourner le blocus du vortex intersidéral pour vous le faire parvenir à vous autres, insouciants lecteurs de ce début 2012. Ici, il est difficile tenir le compte mais ça doit faire près de 400 jours que feu le président Sarkozy a délivré ses derniers vœux sur les chaines nationales. Comment vous résumez ce qui s’est déroulé depuis ? Mes doigts tremblent à la seule évocation de ces souvenirs maudits. Comment vous expliquer que la fin du monde est venue de notre quête insatiable de démocratie.

Je me souviens de cette matinée de février où toutes les chaînes de télévision se relayaient pour diffuser ce qui devait être l’événement de la décennie. Tout s’était déroulé très vite : après que l’opposant chinois Ai Weiwei ait été emprisonné pour fraudes fiscales, une poignée de jeunes étudiants commencèrent à s’allonger sur le sol de leur campus en signe de protestation. Les réseaux sociaux diffusèrent largement les images, alors même que les autorités pensaient en avoir limité l’accès. En l’espace de quelques heures c’étaient des millions et des millions de Chinois qui s’allongeaient dans la rue, le métro, les hôpitaux. C’est ainsi que la « révolution paresseuse», (The lazy Revolution) mit fin à près de 63 ans de dictature communiste.

Mais alors que les commentateurs se relayaient sur les plateaux télés pour se féliciter de cet événement, les bourses commencèrent discrètement à s’affoler. Trois jours après la fin de la révolution, le cours du yuan avait chuté de 50% entrainant avec elle le dollar et l’euro. C’est alors que le chaos commença. Les premiers à chuter furent les Etats-Unis. L’anarchie qui régnait en Chine perturba les investissements à l’étranger. Le 25 mars 2012, les indices Dow Jones et NYSE perdirent l’équivalent de 15 000 milliards de dollars. Le lendemain, le président des Etats-Unis, Barack Obama, annonça une recapitalisation des banques ainsi qu’un féroce plan d’austérité, annulant toutes les retraites fédérales, diminuant de 60% les salaires des fonctionnaires et augmentant de 70% les impôts des plus fortunés. En moins de deux semaines le pays sombra dans l’anarchie. Des milices du Tea Party émergèrent de chaque coin du pays, forçant un à un les Etats à faire sécession. Les derniers médias à avoir diffusé depuis le Nouveau Monde faisaient état de plusieurs explosions nucléaires. Les Etats-Unis ne sont plus. Le président Obama est porté disparu et Lady Gaga serait devenu une seigneur de guerre impitoyable, faisant de la peau de ses ennemis des sacs façon Vuitton et des robes griffées Chanel.

Ces événements eurent des répercussions horribles sur le Vieux Continent. Alors que l’Union européenne avait connu un léger sursis durant l’hiver suite à l’annonce d’un nouveau traité, elle reçut de plein fouet la nouvelle de l’effondrement des deux premières puissances mondiales. Les grecs furent les premiers à être expulsés de l’Union bien que leurs cousins ibériques les suivirent de près. Féta, chorizo et morue disparurent de nos supermarchés en un clin d’œil. Des mouvements indignés se formèrent à travers toutes l’Europe pour protester contre les cures d’austérité, réclamant le retour du couscous et du Lben dans les supermarchés.

Lorsque l’Angleterre sombra dans le chaos, les troupes allemandes et françaises ne purent rien faire face à la violence des différentes factions. C’est alors que le crépuscule nationaliste sombra sur l’Europe. De partout émergèrent des groupes armés, imposant la consommation de produits nationaux, battant campagne pour dénicher les non-nationaux.

Les affrontements entre indignés et miliciens firent des milliers de mort. A l’heure où je vous écris les locaux du Bondy Blog sont encerclés. Pour les milices, c’est un haut lieu du « communautarisme criminel », terme inventé par la faction Charles Martel, la plus puissante de toutes. L’Assemblée nationale est tombée sous leurs coups la semaine dernière, Pantin a suivi tout de suite après, la mairie de Bondy  n’existe plus depuis hier. Les quelques indignés qui combattent dehors arrivent au bout de leur force.   Ils arrivent… Il me reste peu de temps pour vous envoyer ce message et vous demander, au nom de l’humanité, de la démocratie, de bien vouloir empêcher ce carnage, et d’envoyer tout ce que vous pourrez à Weiwei pour qu’il paye ses impôts et que vous puissiez continuer à profiter de la vie, de la feta et du chorizo. S’il vous plait, faites quel… Ahhhhhhhhhhhh.

Rémi Hattinguais

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