Je ne suis pas un jeune comme les autres. Je ne sors quasiment jamais et le nombre de mes amis se compte sur les doigts d’une main amputée. Quand je dis amis, je ne parle pas des connaissances avec lesquelles on parle de temps à autre, mais de vrais amis avec lesquels on s’amuse, on discute longuement et à qui on peut faire confiance. Je ne sais pas pourquoi je suis un Rémi sans amis. On m’accuse souvent d’être trop gentil ou trop naïf. Pourtant je suis sympa, drôle, fidèle, sincère et…humble surtout. J’ai peut-être un petit défaut : je suis un peu trop geek.

Mon quotidien se résume en général à ce simple aller et retour : maison-lycée, lycée-boulangerie-maison. Seuls deux endroits me permettent d’exploiter les interactions sociales avec autrui : le magasin de papa avec ses clients et le monde des jeux vidéo.

En tant que lycéen, je devrais peut-être organiser des sorties, pour entamer le cercle vertueux d’une vie sociale bien remplie. C’est le classique « une deux » de l’amitié ; je t’invite, tu m’invites. Mais ça, je l’ai fait. J’ai invité des gens une ou deux fois. Ils m’ont dit qu’ils n’étaient pas dispo, mais qu’une prochaine fois avec plaisir. Un bon début ? Certainement pas. Mes invités organisaient des boums dans leur coin ou je ne sais quoi d’autre où on s’amuse en se disant certainement que sans Mones, la fête est plus folle.

Pourtant j’anime la radio du lycée et je suis le pilier de comptoir de la cafétéria. Malgré tout, les seuls moments où j’ai un contact avec un être pensant c’est en en cours quand la personne derrière moi me demande de baisser ma tête pour mieux voir le tableau. J’exagère, il y a des moments à la cafétéria ou je me sens, l’espace d’un instant, entouré par la douce tiédeur de l’amitié naissante : à l’heure du goûter, quand je paye un pain au chocolat à quelqu’un…

Je ne sais pas dire non. J’aime faire plaisir aux gens. Je suis trop gentil. Même si je sais qu’en retour, je devrais me taper la cage d’escalier, puisque personne ne m’enverra jamais l’ascenseur. De là viens ma tendance à « geeker ». Dans un sens, les personnages dans les jeux vidéo sont de vrais amis ! Nous avons tous joué aux Pokémons. Eux ne nous lâchent jamais et ils ne trahissent pas ! Voila comment je préserve ma santé mentale : en m’imaginant pleins de petites scénettes de mon cru ou j’y incorpore un peu de réalité. J’imagine que je suis Batman ! Je tape ceux qui ne m’aiment pas et je sauve ceux que j’aime.

Personnellement, mon jeu où je vais le plus loin dans le délire « je suis dans la matrix » c’est « Les Sims ». J’y ai une vie de rêve. J’ai un maximum d’argent, je suis au plus haut poste dans la politique. Toutes les entreprises m’appartiennent et j’ai la plus belle et plus grande maison de la ville, deux voitures de luxe et tout Monescity m’adore !

Avant la mise en ligne sur le site de mon post, j’ai lu certains passages de ma prose à la réunion de rédaction du Bondy Blog. Le paragraphe sur les Pokémons a eu beaucoup de succès, les gens ont été très émus par mes confidences, les pauvres. Assis à coté de moi, un certain Idir, les larmes aux yeux et se tenant les côtes, m’a tapé sur l’épaule et m’a dit que je venais de me faire un nouvel ami. Je n’ai pas très bien compris pourquoi mais il a dit que je venais de lui apporter beaucoup de bonheur. Il a proposé à certaines filles du Bondy Blog de venir me chercher au lycée : « Avec des avions de chasse pareils, tu auras la cote comme Tom Cruise dans Top Gun, l’ami ». C’est gentil…

En fait, je pense que je réfléchis beaucoup trop. J’évite tout ce qui est un brin immature et qui pourrait avoir des conséquences ultérieures. Par ailleurs, j’anticipe toujours les réponses de mes interlocuteurs, surtout celles de mes parents. Ça me fait prendre des décisions à partir d’un jugement qui est souvent erroné. Par exemple avec papa et maman, j’ai toujours l’habitude qu’ils me disent « non ». Ils me reprochent de toujours rester dans ma chambre cloîtré devant l’ordi et toutes les consoles sorties à ce jour. Mais je pense, qu’à la base, c’est un stratagème qu’ils ont mis en place depuis mon enfance pour ne pas que je traîne dans les rues.

Donc vous savez ce qu’il vous reste à faire pour ne pas finir avec des amis qui ne se manifestent qu’à l’heure du goûter. Montrez à vos parents que vous voulez vivre votre jeunesse, persévérez auprès de votre entourage pour faire des sorties et amusez-vous. Après tout la vie a été faite pour être vécue, et elle en vaut la peine. Il ne faut pas attendre d’être majeur  et « libre » pour montrer aux parents que vous pouvez vous émanciper un chouya. Bien sûr, la liberté des ados c’est comme l’alcool : à consommer avec modération.

Monès Haq

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