Ça va faire des années que je vis dans des clichés format A4 agence Reuters prêt à l’envoi pour TF1. C’est pour ça que j’ai bien ri, quand au marché aux puces des quartiers nord de Marseille, j’ai vu, réunis dans les mêmes locaux, une association de femme, une mosquée et une association culturelle kabyle. En bondynois amoureux des situations cocasses et du bon calambour de comptoir, je m’imaginais déjà un pieu musulman au retour de la prière, coincé dans les couloirs entre une jeune fille en tenue affriolante et un berbériste prêt à discourir deux heures sur sa non-arabité, ou pire si on veut tomber au fond du trou des clichés ; un berbériste en train de croquer du saucisson…

Le marché aux puces de Marseille c’est aussi des prix à casser la baraque ! Frère bondynois notre quête du graal est enfin achevée : des pizzas et des couscous complet à 5 euros, des kebabs à moins de 3. Ces gens des quartiers Nord ont eut l’idée du siècle : un restaurant associatif. D’ailleurs le cuisinier a tout de suite reconnu ma patte : « Bondy ? Je connais bien sur ! Bondy nord et tout ca. Tu as un sacré coup de fourchette toi dis donc ! » Tout se vend dans ce marché digne des mille et une nuits, jusqu’aux épices qui vous dépaysent. C’est Aghraba, la cité d’Aladin. Certes, le rêve bleu je l’ai fait le lendemain matin aux toilettes, probablement à cause de toutes les denrées goutées en faisant le chaland de passage sans les laver. Mais qu’importe, la gastro c’est la maladie du voyageur celle de l’aventurier prêt à se remplir le palet sous le regard plein d’espoir, rivé sur ma bourse, du marchand de fruits secs ; espoir bien entendu déçu avec moi, je n’achète jamais rien.

J’ai fait la traîne savate un bon moment dans ce souk, impressionné par un marché où on peut acheter une télé plasma à coté d’un gigot d’agneau. Les gens ont l’air si sympathique quand de leur bouche sort cette douce musique qu’est notre langue de Molière bien aimée ; mixée à l’accent du bled et à celui d’Ugolin, le rat qui voulait raser le bossu et sa fille. L’architecture des boutiques et des étals s’inspirent des bric à broc qu’on nome épicerie en « maghrebie ». Marseille c’est ce pont entre deux rives, deux cultures ! Est ce que ces gens, débarqués un soir d’antiquité en trières (le navire grec), de la lointaine Phocée en Anatolie pour fonder la belle Massalia, ont un jour imaginé que cette ville donnerait ce magnifique olympien qu’est Zizou ? Oui je sais ; c’est chiant un historien ; et ca sert à rien sans le Capes. Bon allez je vais aller taquiner un peu cette association de femme… « Eh tu t’appelles Idir ! Tu es kabyle ! Viens que je te parle de notre association ». Et voila Capturé ! C’est ce qu’il en coute de rendre hommage à Matoub Lounes dont le portrait trône à l’entrée des locaux associatifs du marché. Une heure passée en compagnie de Massinissa et des héros de l’indépendance algérienne, avant qu’une boule à fumée de Ninja, balancée par ma verve experte de bondynois ne me délivre des terribles berbéristes. Je passe devant l’entrée de la mosquée, j’ouvre la porte d’après et je rentre dans les locaux de l’association femmes d’hier et d’aujourd’hui. A suivre…

Idir Hocini

Idir Hocini

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