Qui était Lesly Joseph avant de devenir pasteur ? Je suis originaire de New-York, de la région de Brooklyn. Quand mon père a pris sa retraite, nous sommes allés nous installer à Miami en Floride. C’est là-bas que j’ai passé une partie de mon adolescence. Mon père était déjà marié, avec deux enfants, lorsqu’il rencontré ma mère. Ma mère est tombée enceinte de moi. Je suis donc né d’une relation extraconjugale. Mon père m’a pris et m’a élevé. Donc je ne connais pas vraiment ma mère. J’ai été longtemps l’enfant qui rappelait l’adultère de mon père, ce n’était pas très rose.

(suite de la réponse) Au Noël de mes 16 ans, j’ai été invité dans une église protestante pour un repas. Mon père était catholique et franc-maçon, pour ma part je ne savais pas vraiment à quelle religion j’appartenais. Au lendemain de cette fête, mon père m’a interdit de retourner dans cette église évangélique. Mais j’y suis quand même retourné. Mon père m’a mis à la porte, il m’avait prévenu. Une dame de l’église m’a recueilli. Après mes études secondaires, j’ai obtenu une bourse pour aller en fac de médecine. Mais j’étais encore mineur, il fallait donc la signature de mon père. Il a refusé. J’ai donc abandonné ce projet. Peu après, je me suis engagé chez les Marines. J’ai beaucoup voyagé, notamment au Japon. Et c’est là-bas que j’ai retrouvé la foi. Et c’est là que j’ai décidé de mettre un terme à ma carrière militaire.

Du militaire au pasteur, que s’est-il passé ?

J’avais tout pour moi : l’argent, la carrière militaire toute tracée, les voyages. Mais la foi est ce qui me manquait. Elle est passée au-dessus de tout. Je suis retournée aux Etats-Unis. Je me suis inscrit dans une fac de théologie, à Washington. Quatre ans plus tard, ma maîtrise en poche, je suis devenu pasteur assistant dans une grande église qui accueillait 3000 personnes. Tout se passait bien, j’avais une belle vie.

Pourquoi la France ?

Je me le demande encore aujourd’hui ! En fait, un jour, alors que je priais, je me suis vu en France. Je connaissais déjà la France puisque j’ai eu l’occasion d’y venir à l’âge six ans, chez ma mère, qui y vit. Après mûres réflexions, j’ai décidé de tout lâcher de ma vie aux Etats-Unis et de venir en France, en 1998. J’ai commencé à organiser des petites réunions dans une cave qu’une personne avait accepté de me prêter, Porte de Clignancourt. Ensuite, j’ai trouvé un local à louer à Saint-Ouen. Les fidèles se sont multipliés, il n’y avait plus de place. Puis nous avons trouvé cette salle. Ancien PMU, elle a été transformée en Eglise évangélique. Le temple du vice est devenu un temple de prière !

Des problèmes avec la mairie de Pantin ?

Un petit problème récemment. Des représentants de la mairie sont venus pour nous imposer la fermeture de l’église. La raison invoquée a été de dire que nous n’étions pas aux normes. Nous avons donc fait appel à une entreprise spécialisée qui a pu constater que nous étions parfaitement aux normes. L’histoire a vite été réglée. D’autre part, j’ai été surveillé par les Renseignements généraux. Ils m’ont passé au peigne fin. Un ancien militaire américain qui vient s’établir en France pour ouvrir une église, ça ne passe pas comme une lettre à la poste. Mais je n’ai rien à me reprocher, ils ont fait leur travail, je fais le mien.

Votre Eglise compte de plus en plus de fidèles. Qui sont les personnes qui se convertissent ?

La France est à 85% chrétienne. La France est la fille aînée de l’Eglise. La France a besoin de retourner (il s’interrompt)… Mon but n’est pas de convertir des personnes mais de rendre la foi aux personnes, car on a besoin de se tourner vers Dieu. Après, que ce soit Allah, Yahvé ou Bouddha, ce n’est pas ce qui prime, ce qui compte c’est la foi en Dieu. Le monde sans Dieu est un chaos. Et la France aujourd’hui a besoin de repères. A l’école, au travail, dans le couple, ça ne va pas. Pourquoi ne pas essayer Dieu. Les gens qui viennent ici sont de tous bords. Ça va du cadre qui habite le XVIe arrondissement de Paris à la femme de ménage du coin. Sur le plan ethnique également : Français de souche, Haïtiens, Portugais, juifs, Roumains, Maghrébins, etc.

Les Maghrébins ne sont pas forcément musulmans pratiquants. Quel est le profil de ceux d’entre eux qui fréquentent votre église ?

Nous avons beaucoup de femmes. Elles trouvent ici une sérénité, une égalité, un respect de la femme. On a aussi quelques hommes d’origine arabe qui sont tout simplement touchés par notre message.

Vous dites que la France est un pays chrétien à 85%. Mais le mot chrétien est à prendre au sens traditionnel catholique, l’Eglise protestante étant moins présente. Que répondez-vous à ceux qui vous qualifient de sectaire ?

Depuis sa naissance avec Luther, le protestantisme est ici perçu comme une secte. Les massacres de protestants par l’Eglise catholique a fait fuir les chrétiens réformistes vers le nouveau monde. Le protestantisme a quitté le vieux continent, il a été contraint. Aujourd’hui, 400 ans plus tard, nous essayons de revenir et nous sommes toujours perçus comme une secte ! Ce n’est pas nouveau. Parce que c’est différent, c’est une secte ? Je mets cela sur le compte de la stupidité et de l’ignorance des êtres humains. En même temps, nous avons aussi, nous chrétiens évangéliques, notre part de responsabilité. Depuis 1905, nous disposons du droit d’exercer un culte libre de la foi chrétienne, séparée du catholicisme. Et depuis cette date, la France ne compte que 300 000 protestants. Nous n’avons pas su ouvrir nos portes aux médias, aux politiques, nous n’avons pas su communiquer et répondre aux questions qu’on nous posait. De ce fait, aujourd’hui, l’Eglise évangélique est devenue la religion des caves. Quasiment personne n’accepte de louer ses locaux.

Actualité oblige. En tant que citoyen américain, pour quel candidat allez-vous voter pour les présidentielles américaines ?

Si Mike Huckabee (pasteur de l’église baptiste, conservateur, ex-candidat à l’investiture républicaine, ndlr) était toujours en course j’aurais voté pour lui. En l’état actuel des choses, je pense voter pour Obama.

Pourquoi ?

Rependre encore un républicain de soixante-dix ans, ancien militaire, qui veut laisser les troupes militaires sur place en Irak, non merci. Mes amis sont décédés là-bas. Je pense que Barack Obama incarne le changement, même s’il n’a pas vraiment la carrure d’un futur président. Mais cela n’a pas d’importance puisqu’aux Etats-Unis ce n’est pas vraiment le président qui dirige le pays ! En plus, je doute qu’Obama passe. L’Amérique est davantage prête à élire une femme qu’un homme noir.

Propos recueillis par Hanane Kaddour

Hanane Kaddour

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