Dans le cœur des petits enfants, son gros ventre, sa longue barbe blanche, son costume rouge et sa hotte remplie de cadeaux l’ont imposé comme le héros incontournable du réveillon et des fêtes de Noël. Mais le Père Noël n’a pas toujours été aussi hégémonique. Il fut des contrées et des époques, où Saint-Nicolas tenait le monopole de la distribution de présents et récompenses. Le Père Noël serait même une mutation génétique du Saint préféré des enfants qui concurrence le Père Fouettard tous les 6 décembre (ou le 19 dans le calendrier orthodoxe) depuis des siècles.

Saint-Nicolas est inspiré de Nicolas de Myre. Né à Patara au sud ouest de l’actuelle Turquie entre 250 et 270, il fut le successeur de son oncle, l’évêque de Myre et aurait été protecteur des enfants, des veuves, des gens faibles et un homme bienveillant et généreux. Il serait mort un 6 décembre 343. Selon la légende, Saint-Nicolas aurait ressuscité trois enfants tués par un boucher et les miracles qui lui sont attribués sont si nombreux qu’il est aujourd’hui le saint patron de nombreuses corporations ou groupes tels que les enfants, les navigateurs, les prisonniers, les avocats ou les célibataires…

Quand la légende de Saint-Nicolas distributeur de récompenses s’installe partout en Europe, chaque pays y inclut des particularités locales afin de mieux s’identifier au personnage. Chaque région de France l’adapte aussi à sa manière en lui donnant un nom différent : « Chalande » en Savoie, « Père janvier » en Bourgogne et dans le Nivernais, « Olentzaro » dans le pays basque ou encore « Barbassionné » en Normandie…

Le XVe siècle dans le Pays de Montbéliard, vit l’apparition d’une sérieuse concurrente à Saint-Nicolas : Une Mère Noël appelée tante Arie ou Airie qui serait une réincarnation de la comtesse Henriette de Montbéliard (1387-1444). La légende a fait d’elle une bonne fée protectrice adorée, vêtue en paysanne, avec son âne Marion chargé de cadeaux de Noël pour les enfants.

Mais bien avant cela, Noël puiserait son origine dans les mascarades notamment, ces rites parmi les plus anciens de la culture européenne. Selon ce site, le soleil adoré comme source essentielle de la vie était opposé à l’obscurité, favorable aux forces occultes, et symbolisée par l’hiver. La période sombre débutait le 1er novembre avec la fête des morts et se terminait la veille du 1er mai avec les célébrations du renouveau de la nature et donc des récoltes. Chacune de ces fêtes donnaient lieu à des rituels destinés à attirer la bienveillance des esprits.

A la nuit tombée, des jeunes gens, habillés de peaux de bête et le visage recouvert d’un masque animal, déambulaient en réclamant des offrandes en échanges de bons présages pour les récoltes. Parmi les masques, certains personnages étaient récurrents comme le « Vieux » qui se tenait en tête du cortège ou « Noël », personnage omniprésent dans les mascarades en Angleterre au XVIIe siècle.

Au début du Moyen Age, le christianisme condamne la coutume des mascarades hivernales. En Europe, l’Église leur donne des noms chrétiens : Saint-Martin pour les cortèges de début novembre, Saint-Nicolas, Sainte-Lucie ou Saint-Étienne pour les cortèges de l’Avent et de Noël. Dans le sud de l’Allemagne, Saint-Nicolas est substitué au « Vieux » tout comme à l’est de la France.

A partir du XVe siècle, Saint-Nicolas commence à passer la veille du 6 décembre dans les maisons pour récompenser les enfants sages. Il est accompagné de son âne et d’un esprit monstrueux (croque-mitaine), chargé de punir les enfants désobéissants. Mais à la fin du XVIe siècle, le protestantisme apparaît en Allemagne. A Strasbourg, Saint-Nicolas est rejeté par certains car considéré trop « papiste ». Pour l’éducation des enfants, on lui substitue l’enfant Jésus et la date de distribution des cadeaux est déplacée…

Des régions protestantes suivent et désormais, l’enfant Jésus (Christkindle en allemand) personnifié par une Dame Blanche rend visite aux enfants le soir de Noël. Pourtant à la fin du XVIIIe siècle en Allemagne, resurgit l’homme de Noël. Il apparaît avec une barbe blanche et un grand manteau en fourrure. La légende raconte que le Weihnachtsmann passe l’année dans une montagne parmi « le petit peuple ». Mais dans les régions catholiques, Saint-Nicolas continue à officier.

Lors de la grande émigration vers l’Amérique, les européens importent leurs coutumes. Les hollandais, très nombreux, célèbrent en majorité la Saint-Nicolas. Avec l’arrivée en masse des colons anglais et allemands, Father Christmas et Weihnachtsmann remplacent peu à peu la Saint-Nicolas. En 1822, Clément Clark Moore, un professeur en théologie immortalise le mélange de toutes ces personnifications en un poème intitulé « Une visite de Saint Nicolas le soir de Noël ».
Le personnage perd ses attributs épiscopaux pour se transformer en un vieux lutin jovial et dodu, que l’on connaît encore aujourd’hui… Et en l’espace d’un siècle, une multitude de personnages qui disposent de pouvoirs autant bénéfiques que maléfiques, disparaissent pour n’en laisser qu’un, le Père Noël.

D’après Wikipédia, le Père Noël actuel arrive en France avec le Plan Marshall et Coca Cola qui fige son image mais ne crée pas le Père Noël rouge qui existait avant la marque. Une campagne de presse condamnant son utilisation comme outil de merchandising est alors menée et atteint son paroxysme lorsqu’un jeune prêtre dijonnais Jacques Nourissat condamne au bûcher le personnage du Père Noël, outré qu’il soit à l’effigie des grands magasins de Dijon, cet autodafé ayant lieu sur les grilles de la cathédrale Sainte-Bénigne le 23 décembre 1951. Cet événement donne lieu à des débats enflammés entre des écrivains catholiques comme François Mauriac qui reprochent la marchandisation du Père Noël tandis que des personnalités comme René Barjavel, Jean Cocteau ou Claude Lévi-Strauss prennent sa défense…

En 2012, chaque crèche, école maternelle ou centre commercial de notre pays reçoit la visite de son Père Noël. Et si au regard de l’Histoire de l’humanité, c’est un vrai gamin, tout, dans son exposition comme dans son immense popularité, indique qu’il n’est pas près d’être détrôné par une nouvelle voire une ancienne figure légendaire. Saint-Nicolas, Enfant-Jésus, Dame Blanche, ou Tante Arie : rendez-vous à l’évidence, c’est le gros et vieux joufflu américanisé qui a gagné !

Bonnes fêtes païennes ou religieuses à tous !

Sandrine Dionys

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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