Lisa a suivi une famille de sans papiers pendant quelques mois. C’est un peu par hasard qu’elle s’est un jour impliquée dans le mouvement RESF (Réseau éducation sans frontières). « Je suis rentrée car j’étais inscrite sur la liste de diffusion mail RESF à cette période, je ne faisais que lire les actualités au niveau local. Un jour j’ai vu passer un mail concernant le suivi d’une famille africaine dont les enfants étaient scolarisés dans l’école de mes enfants. » Lisa bien que novice mais voyant que personne n’est disponible propose son aide, tout en étant consciente que la famille en question cumule les difficultés (santé, familiales, papiers, etc).

Une ancienne du réseau l’encourage à prendre le dossier en charge et lui promet de la soutenir en cas de besoin. Lisa se lance alors. Elle ne se sent pas dans l’illégalité. Le père qui s’est fait arrêter vient de sortir de centre de rétention. La mère seule avec les trois enfants, ne parlant pas un mot de français, n’a pas pu subvenir aux frais du loyer en son absence et a été expulsée du logement, en Seine-Saint-Denis. La famille à la rue est logée provisoirement dans le 19e arrondissement. Le SAMU social ne disposant que d’hébergements provisoires, la famille déménage souvent, parfois toutes les semaines.

Les enfants sont scolarisés dans la même école que les enfants de Lisa. C’est ainsi qu’elle décide de prendre le relais et met tout en œuvre pour obtenir une régularisation de la famille dont la situation est des plus difficile. Quelques-uns de ses amis membres actifs à RESF la mettent en garde contre les déceptions qu’elle risque de vivre au regard de son implication et du résultat qui se termine souvent par un arrêté de reconduite à la frontière.

Lisa mesure la difficulté de sa tâche. « Je voulais leur apporter une présence, un lien pour qu’ils sachent qu’ils pouvaient compter sur moi. Qu’ils ne se sentent pas seuls ». Au début, elle a ressenti une grande méfiance de la famille à son égard. La femme, non francophone, semble mal à l’aise. Lisa se lance alors dans sa mission et entame les démarches nécessaires. Elle contacte le député de la circonscription qui rédige un courrier pour demander un rendez-vous à la préfecture. Puis elle fait signer une pétition dans l’école et obtient des lettres de soutien signées par des enseignants, des parents.

Son rôle, une fois le dossier le plus complet possible, est d’obtenir un rendez vous officiel à la préfecture. « Très dur vu que le père était sous le coup d’une reconduite à la frontière. Mais au bout d’un an nous avons obtenu un rendez à la préf ». A ce moment là, le SAMU social loge la famille en banlieue. « Il a fallu trier tous ses papiers, toutes les preuves de vie en France depuis huit ans, il est arrivé avec une sacoche remplie de documents. On a passé des heures à tout trier avec un autre membre de RESF. »

Le jour du rendez vous, Lisa travaille et ne peut pas accompagner la famille à la préfecture. Elle lance donc un appel sur le réseau pour que quelqu’un la remplace. Une femme se propose. Elles communiquent par mail et téléphone pour se transmettre le compte rendu du dossier. Lisa, bien qu’avertie, se sent anxieuse car l’enjeu est vital pour la famille. « J’étais quand même en attente d’une bonne nouvelle et j’étais impliquée émotionnellement plus que ce que je ne le pensais. » Le jour J, la guichetière de la préfecture n’examine même pas le dossier si durement ficelé considérant que la domiciliation de la famille pose un souci. La famille devra donc relancer les démarches depuis le début…

« J’avais déjà eu l’occasion d’accompagner le père à la préfecture où j’avais ressenti un esprit désagréable à l’égard des sans papiers. Comme s’ils étaient à la merci du bon vouloir d’un guichetier. La préfecture c’est le règne de l’arbitraire. Selon le guichetier sur lequel tu tombes ton dossier avancera ou pas. C’est la loterie. Ça m’a révoltée que des gens dans une telle situation soient traités ainsi. On les fait tourner en bourrique ! »

Ce refus de régularisation arrive en même que la coupure entre Lisa et la famille car entre-temps les enfants ont changé d’école et de quartier. Depuis ils n’ont échangé qu’un coup de fil et le père semblait très pessimiste et se disait prêt à repartir. « Je n’ai pas eu le courage de rappeler après ça. D’autres militants RESF ont déjà pris le relais. » Lisa se dit malgré tout prête à recommencer car le réseau RESF est très efficace, elle a toujours trouvé des gens pour répondre à ses questions par mail ou téléphone. « Même si c’est très dur de se rendre compte de ce que des gens vivent. J’estime que c’est une question de principe d’accompagner ces personnes si mal accueillies par les institutions de mon pays. »

Nadia Méhouri

Nadia Méhouri

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