La Brigade des Mères existe depuis un an. L’association, dirigée par Nadia Remadna, est composée de 15 personnes de toutes générations. Créée dans le but d’accompagner les familles face aux difficultés de leurs enfants : échecs scolaires, perte de repères, violences de la rue, d’éviter aux jeunes la case prison, l’association a mis en place des actions sur le terrain pour redonner la place aux parents et notamment dans le suivi de la scolarité des jeunes (l’assiduité, conseils de classe, choix de la formation et d’orientation) etc.
« J’ai créé la Brigade des Mères, car j’étais auparavant médiatrice scolaire pendant six ans et mon contrat n’a pas été renouvelé, mais les mères en difficulté continuent de m’appeler et donc je ne pouvais pas les laisser tomber. Ce que j’ai fait, c’est de reprendre mes dossiers en cours et j’ai continué à les suivre tout simplement. Nous aidons et intervenons sur les thématiques du logement, les femmes victimes de violences conjugales, les jeunes déscolarisés de moins de 16 ans, et aussi des jeunes filles en prison » confie Nadia Remadna. « C’est une structure qui permet aux femmes de sortir de l’ombre, quel que soit leur statut social, ajoute la présidente. Ce sont des mères qui sont souvent stigmatisées et désignées comme des mères démissionnaires et donc nous luttons contre ces préjugés ».
IMG_20150426_171811De tempérament combatif, Nadia Remadna n’hésite pas à dire ce qu’elle pense aux parents, comme aux institutions : « Nous travaillons avec la ville, mais ce que je dis aux politiques « c’est nous qui prenons la parole et vous vous écoutez ! », car ce sont nos enfants et c’est donc notre bien et notre héritage. Et quand je dis aux parents, nos enfants sont notre héritage, il faut donc en prendre soin et se battre pour que nos enfants puissent avoir toutes les chances de leur côté pour réussir leur vie ».
Une journée type pour la Brigade des Mères est de rester joignable à tout moment, le réseau se déclenche alors et s’organise rapidement en allant voir la personne pour enclencher la démarche à suivre. Dans la cité, les mères vont à la rencontre des habitants et des jeunes : « Comme j’ai le statut de mère et que je ne suis pas policier ou autre, je ne suis qu’une petite médiatrice et quand je parle le message passe mieux et donc il n’a pas de conflit, car, il y a le respect de la mère. Je leur dis souvent « comme vous respectez vos mères, il faut respecter la République ». Mais, la République ne doit pas être que sanction. Il faut parler avec ces jeunes ».
« A ma petit échelle, j’essaye de les aider »
Diaka, 57 ans habite à Sevran(93) depuis 20 ans est membre de la Brigade de Mère. « J’ai intégré la Brigade des Mères, car j’ai pensé à ma mère qui avait beaucoup souffert en Guinée et qui n’a pas pu être aidée. Elle n’avait pas beaucoup de moyens. Ma mère n’a pas eu de liberté et donc elle n’a pas pu choisir son époux. Moi, j’ai fait un mariage d’amour, mais ça a mal tourné. J’étais une femme soumise pendant des années et j’ai connu la violence. Puis à un moment donné, j’ai décidé que cette situation devait s’arrêter et j’ai donc repris ma liberté. J’ai élevé seule mes 3 enfants et j’en suis fière car mes enfants ont fait de grandes études. Ma fille aujourd’hui est cardiologue. Et quand je vois d’autres enfants qui n’arrivent pas à s’en sortir et des mères qui souffrent de cette situation et qui ne savent plus quoi faire, à ma petit échelle, j’essaye de les aider ».
IMG_20150426_172014Autre témoignage, Aicha, mère de famille et membre de l’association FFR de Créteil (94) (Filles et Fils de la République) soutient l’initiative de cette structure. « Je demande à l’école d’être équitable dans toutes les villes, car il y a une différence entre les banlieues et des villes plus riches. Quand on voit dans les banlieues que les jeunes n’ont pas le même niveau scolaire, cela me révolte et je dis donc vive la Brigade des Mères, si elles peuvent dénoncer ça et se battre contre cette injustice ».
Le 26 avril dernier, la structure a fêté à la cité des sports de Sevran (93), la journée de la femme en banlieue. Les membres de la Brigade des Mères accompagnés de personnes de l’association FFR ont décidé de monter sur les planches pour jouer différentes scènes de la vie courante en abordant tous les thèmes : les violences conjugales, le sport, le sexe… Aucun sujet n’est tabou.
Anne-Marie, autre membre de l’association FFR explique le but de cette pièce, destinée à combattre les préjugés : « Cette pièce était un hymne à la femme qui a des enfants, c’est celle qui se bat ou qui est mal traitée en tant que femme et non en tant que mère. Cette même femme qui est la fille de quelqu’un et dont son histoire est l’histoire de sa famille. Dans pièce, nous jouons notre histoire un peu de chacune d’entre nous. On a donné des trames à la pièce pour pourvoir dans le peu que nous disons un éventail de thèmes afin de lutter contre les clichés que les gens peuvent avoir sur la mère de banlieue. Quand on voit ce qui se passe dans les quartiers avec les jeunes, on se demande à quel moment cela a échoué. Car ces femmes s’occupent de leur enfant, ils vont à l’école. Je trouve que c’est trop facile de dire que c’est à cause de l’école, de la politique ou à cause de la mère, car le père on ne l’entend pas souvent alors qu’il est présent dans beaucoup de famille quand même. Je crois donc qu’il faudrait mettre les choses à plat et de définir le rôle de chacun en ce qui concerne la jeunesse ».
Hana Ferroudj

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