unnamed1Samedi 16 mai, 15h. Malgré le ciel grisonnant et les gouttes intermittentes, les habitants sont dans la cour. Le squat des Francs-tireurs, c’est un peu une auberge espagnole anarchiste et autonome. Dans la cour, de nombreux tracts sont placardés aux murs. Au sol, des maisons en carton qui ont été fabriquées pour la manifestation. Il y a un grand hangar aussi, avec des tables, des chaises et une importante bibliothèque remplie d’ouvrages libertaires. Dans un coin, un tableau est posé sur lequel on peut encore lire les conjugaisons du verbe être au passé composé qui ont servi au dernier cours de français, car le collectif en organise pour les étrangers. C’est un squat, mais pas que, c’est aussi un lieu de sociabilité et de solidarité. Les habitants y organisent des évènements. C‘est comme ça que Camille, 60 ans a découvert l’endroit. « Il y a des débats publics. On a de plus en plus de mal en région Parisienne à trouver des lieux comme ça où l’on peut se réunir sans contrepartie, tout à fait librement ». Pour lui c’est important d’être ici aujourd’hui car « il est attachant, il est beau ce lieu, il ne servait à rien et là il sert aux copains de l’immigration ».
Garazi, toute sourire dans sa salopette bleue trop grande, a 25 ans. Elle habite aux Francs-tireurs depuis 4 mois et vient du Pays basque pour étudier. « Je suis ici car je n’ai pas beaucoup d’argent, mais c’est aussi un choix politique. Je ne crois pas à la propriété privée. Je suis anticapitaliste et anti-impérialiste, et ça se matérialise aussi en vivant en collectivité ». Pour elle, la richesse du lieu, c’est aussi la diversité de ses occupants.
Youssouf, un Tchadien de 33 ans qui fait la bise à tout le monde habite ici depuis mai 2014. Il a obtenu le statut de réfugié. Malgré la situation compliquée il affirme : « Je ne m’inquiète pas, entre habitants, on est soudés il n’y a pas de problèmes ». Pourtant il n’a pas de solution de repli pour se reloger en cas d’expulsion par la force. « On a fait une demande de logement social, mais on sait bien que, comme tout le monde, il faut attendre. On va voir si la manifestation va permettre d’obtenir quelque chose ».
unnamed3Cette dernière démarre donc, les habitants et sympathisants s’habillent des maisons en carton, et la joyeuse troupe se met en marche vers la mairie. Yohann, 27 ans vit également dans le squat : « une bonne partie des gens qui habitent ici étaient à la rue. On n’a pas de proposition de relogement, on ne cherche pas non plus à nous maintenir dans les lieux le temps que l’on trouve une solution de rechange » explique-t-il. Pour lui, le propriétaire « Histoire & Patrimoine » est en cause : « C’est un promoteur immobilier qui ne s’intéresse pas du tout aux questions sociales, il veut juste faire fructifier son capital ». Le message est clair. Les slogans aussi, les manifestants scandent : « Les maisons sont vides, occupation ! Les loyers sont trop chers, occupation ! ». Les passants, sont curieux, et dans l’ensemble voient cette marche d’un bon œil. Une femme âgée, souriante déclare même « je suis bien d’accord avec vous ». Au milieu du boulevard, le cortège qui regroupe une centaine de personnes s’arrête pour un discours. Une partie vient d’un autre centre social auto-organisé, qui soutient le mouvement, l’Attiéké, de Saint Denis (93). Le milieu autonome est solidaire, en témoigne aussi la présence de Vincent, présenté comme un « poisson pilote des squats parisiens », qui a participé à en ouvrir plusieurs et a été expulsé du transfo, avenue de la république. « On soutien les copains qui nous ont soutenus ».
Arrivés devant la mairie, les manifestants déposent les maisons en carton devant l’entrée. Non sans humour, Yohann ajoute au micro : « On se dit que les employés municipaux ont aussi des problèmes de logement, ces maisons en carton sont notre modeste contribution ». Solidaires jusqu’au bout.
Si les Francs-tireurs disparaissent, c’est 25 personnes à la rue sans certitude de relogement, mais c’est aussi une partie du mouvement autonome en banlieue qui va devoir déménager.
 
Mathieu Blard

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