Marginal il y a encore peu de temps, cette forme de musculation pratiquée dans les prisons s’est adaptée au mobilier urbain. Le relatif emballement dont le street workout fait preuve a tendance à l’institutionnaliser, avec des cours, des gymnases…

Il y a maintenant plus d’un an, le street workout alias la musculation de rue agitait lèvres et plumes dans l’hexagone. Une ribambelle d’équipe se forment un peu partout pour donner un sens à ce sport. À ce jour, une compétition : le Pull and Push réunit tout ce beau monde sous la même bannière. Cette évolution sportive n’est pas sans rappeler les cours à l’intérieur des prisons où l’on fait du sport avec les moyens du bord, en l’occurrence tout le mobilier urbain que l’on peut y trouver.

Un soir, dans les rues de Noisy-le-Sec un groupe d’ados en tenue de sport court comme un seul homme. Sérieux sous leurs capuches, sans faiblir, ils convergent ensemble et en silence vers un lieu précis. L’un d’eux me répond entre deux expirations, deux foulées : « on va l’entraînement de street workout avec Philippe au gymnase Estienne D’Orves ! ». Qu’il pleuve, qu’il neige, il y a toujours une alternative au street workout. Dans ce gymnase un parcours du combattant a été aménagé : une corde à sauter, des dips, un sac de frappe, des anneaux, une boule d’agilité…

Ils sont 9 participants, des jeunes de 6 à 15 ans, ainsi que 4 adultes. Ils se relaient autour de 9 exercices, interchangeant toutes les minutes sous l’oeil avisé de Philippe, un coach sportif et leader de la team de Street Workout NXC. Le temps d’une pause bien méritée, ils se livrent à quelques confidences !

« J’ai découvert le street workout récemment par le biais d’amis qui pratiquent sur des barres en extérieur » me confie Kamel. « Mon ami qui est là, Yacine, m’en a parlé… C’est mon cours d’essai ! Je trouve ça intéressant, c’est complet car c’est une forme de musculation athlétique. Je pense que je vais revenir bientôt, tout va dépendre de mon emploi du temps » livre-t-il satisfait.

Yassine de son côté a « connu le street workout comme tout le monde. J’avais vu quelques vidéos sur internet sans vraiment y donner de l’importance ».« C’est avec Philippe qui s’entraîne de temps en temps dans la salle de sport où je m’entraîne que j’ai pu réellement le découvrir. Je viens ici depuis 2 mois suivre ses entrainements » lance t-il avec fierté. « À la base je pratique tout ce qui est arts martiaux, le street workout est une façon de se muscler de façon fonctionnelle ; on travaille nos muscles de manière à pouvoir se débrouiller dans un combat ou autre… »

Issa a quant à lui appris « l’existence du Street Workout depuis un an avec le Service Municipal Jeunesse de Noisy-le-Sec. L’activité s’appelait fitness training, elle était animée par Philippe et ça m’a toute de suite plu ».« Depuis je le pratique quotidiennement. Je suis devenu un adepte du Workout, maintenant j’ai m’a propre équipe qui s’appelle MWH (Motivation Workout History). Notre team s’est créé à la compétition Pull and Push à laquelle j’ai participé ».

Ce qui paraissait être une lubie hier, n’a pas vocation à disparaître aujourd’hui. Qu’il se pratique en complément d’un sport comme pour Yacine ou à plein temps comme le fait Issa. Cette discipline semble renouveler la façon de se muscler. Cest un mélange d’initiation pour les plus jeunes et de défi pour les plus âgés. Il n’y a pas d’âge pré requis, tout est une question de motivation. Une chose est sûre le street workout à encore des beaux jours devant lui.

Lansala Delcielo

Voir aussi : Street Workout : le sport s’empare de la rue

Articles liés

  • Décoloniser les musées : « La question est éminemment politique »

    L'association Alter Natives a présenté les conclusions d'un programme d'échange entre musées européens et jeunes étudiants autour des objets spoliés pendant de la colonisation. La restitution des œuvres d’art à l’Afrique notamment reste un sujet brûlant. Il se heurte à de nombreux obstacles législatifs et aux mentalités. Reportage.

    Par Meline Escrihuela
    Le 07/02/2023
  • Le combat des sans-papiers contre la dématérialisation

    Les associations, syndicats et travailleur.euses sans-papiers étaient rassemblés, mercredi dernier, devant la préfecture de Bobigny. Ils dénoncent la fermeture des guichets qui crée des files d’attente virtuelles interminables et rend les démarches de régularisation kafkaïennes. Reportage.

    Par Aissata Soumare
    Le 06/02/2023
  • Pour un accès égalitaire à la PMA, la Pride des banlieues lance une pétition

    En juin aura lieu la troisième édition de la Pride des banlieues. Les organisatrices et les organisateurs lancent une pétition pour revendiquer l'égalité d'accès à la procréation médicalement assistée (PMA). Malgré l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes, les inégalités perdurent.

    Par Eva Fontenelle
    Le 03/02/2023