Je laisse ma carte. Ils parlent d’un Envoyé Spécial de France 2 qui doit être diffusé demain, et qui concerne la même affaire. A vos magnétos, je ne pourrai pas le voir, c’est l’heure de l’entraînement du Racing Club.

On est juste en face de la cité rose. J’en profite pour aller chercher le vélo que me prête Adrien, le fils de Gabrielle. Super vélo, va juste falloir acheter de gros cadenas! Puis je passe à l’agence immobilière. Mauvaise nouvelle, l’appart de Blanqui n’est pas disponible. Le propriétaire, qui ne parvenait pas à le louer depuis six mois, a enfin décidé d’y faire des travaux. Reste celui de la rue Edouard-Vaillant. On visite, il est impec. Pas meublé, mais le gérant a un pote qui tient une brocante. Reste à convaincre le représentant du propriétaire de le louer à l’Hebdo, pour une courte période. Rendez-vous est pris pour le soir.

Alors je fonce à la brocante, en vélo, pour constater que les villes françaises ont encore des progrès à faire en matière de pistes cyclables. Le bazar d’Agadir, cela s’appelle. Un dépôt inouï d’objets les plus divers. Kerbash, le responsable, a l’air d’être un sacré personnage. Il faudra revenir le voir avec plus de temps. Je cherche un lit, une table, une chaise. Il a tout cela pour 100 euros. Je rajoute une bouilloire électrique et un peu de vaisselle. Au fond de la tasse à café, il y a… du café. Cette tasse n’a pas été nettoyée depuis le dernier café que son ancien propriétaire y a bu! Devant mon air stupéfait, Kerbash explique qu’il n’a plus le droit d’accepter des objets des privés. Il ne travaille qu’avec les huissiers de justice, qui lui livrent ce qu’ils saisissent. Ma parole, ça c’est de la saisie! On dirait que ces tasses à cafés ont été arrachées des mains des malheureux qui se réveillaient à peine quand les huissiers ont frappé! Que de vies volées!

Le représentant du propriétaire du 21 rue Edouard-Vaillant est assez sceptique. Il doit présenter le dossier à son assureur, pour couvrir le risque que le loyer ne soit pas payé. Lequel va refuser, parce que mon salaire est versé en Suisse et qu’il ne pourra jamais venir saisir l’argent à l’étranger. Alors il faut un garant français, lequel doit présenter les pièces suivantes:

– Photocopie de la pièce d’identité délivrée par l’administration française

– Photocopie des trois dernières quittances de loyer, ou attestation d’hébergement, ou taxe foncière.

– Photocopie de la dernière quittance EDF-GDF (justificatif de domicile)

– Photocopie des trois derniers bulletins de salaire.

– Attestation d’emploi datant de moins d’un mois (sauf fonctionnaires)

– Photocopie du dernier avis d’imposition sur le revenu

– Relevé d’identité bancaire ou postal

– Photocopie de la carte grise du véhicule.

– Tout dossier incomplet sera automatiquement refusé

Waouh. La confiance règne. Je vais chercher un garant. Cela ne peut pas être l’éditeur de l’Hebdo. Il faut un particulier, français, avec un salaire. Mais je ne peux m’empêcher de penser qu’à part la carte d’identité, les gars des cités à qui j’ai parlé ne possèdent aucun des documents ci-dessus et peuvent oublier tout projet de déménagement.

Serge Michel

Serge Michel

Articles liés

  • Derrière la hausse des prix, quelle réalité pour les habitants des quartiers ?

    Derrière les chiffres de l'inflation, des hausses de prix toujours plus inquiétantes, quelles sont les personnes qui en souffrent ? Familles nombreuses, jeunes travailleurs et associations de quartiers sont particulièrement pénalisés par un carburant et une alimentation toujours plus coûteux.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 24/06/2022
  • Contre la surveillance généralisée, la Quadrature du Net lance une plainte collective

    Vidéosurveillance généralisée, fichage de masse, reconnaissance faciale, détection automatisée des comportements, aujourd’hui la surveillance policière est omniprésente. Pour mettre un coup d’arrêt à cette « dérive liberticide », la Quadrature du Net lance une plainte collective contre le ministère de l’Intérieur. Arthur Messaud, juriste depuis 5 ans au sein de l’association de défense des libertés face aux menaces des nouvelles technologies, pointe l’opacité avec laquelle se déploie cette « technopolice ». Interview.

    Par Margaux Dzuilka
    Le 22/06/2022
  • Chlordécone : le combat des Ultramarins continue

    Motivés par un besoin de réparation et de justice, des collectifs et associations ultramarins se battent pour la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans l’affaire du chlordécone. C’est le cas de l’association antillaise VIVRE qui en 2019, appuyée par d’autres collectifs, a choisi de mener une action collective. La décision du tribunal administratif sera rendue d'ici la fin du mois de juin.

    Par Clémence Schilder
    Le 14/06/2022