BEST-OF. Un samedi soir de janvier, très tard, ils ont regardé On n’est pas couché, la bande à Ruquier. Ils n’ont pas dormi de la nuit. La barbe…

Le temps est aux réactions, à être « pour » ou « contre », à soutenir ou à haïr. Le temps est aux « oui » ou « non ». On s’est demandé s’il fallait réagir à tes réactions, Nicolas Bedos. Déjà, toute la semaine, l’affaire Dieudonné a secoué la France, jusqu’à la rendre minable. On s’est dit qu’il ne fallait pas répondre aux idiots, qu’il fallait les laisser s’auto-détruire seuls. On s’est dit qu’on n’avait rien à voir avec tout ça. Mais, de l’autre côté, il y avait ceux qui te voyaient comme un « génie » ou un « humoriste incroyable ».

Tu n’es pas drôle, Nicolas Bedos. Tu n’es qu’un agitateur qui brasse de l’air, qui se prend pour un gourou des beaux mots, des belles formules ou un roi de la provocation. Tu glaces le sang. Hier, il était tard. Dehors, peut-être que tu as vu, il y avait du brouillard. Quelques silhouettes alcoolisées disparaissaient dans les nuages, titubantes, égarées. On ne voyait ni le ciel, ni la ville. On devait marcher à tâtons pour retrouver son chemin. Tout le monde semblait perdu.

Dans la télévision, tu es arrivé avec une barbe de Dieudonné et une moustache de Hitler, encadré de deux vigiles et de Laurent Ruquier qui a préféré le rire forcé aux pleurs. Tu as commencé par parler de toi parce que sinon, ce n’est pas drôle. Et tu as imité ton jeune dealer avec un accent fumeux. Ton dealer, évidemment, portait la barbe. Évidemment, tu lui faisais dire qu’il n’aimait pas les Juifs. Il était antisémite. Evidemment, il voyait des complots partout, il prenait Arthur pour le nouveau maître du monde. Tu jouais le personnage et tu t’auto-jouais à lui répondre dans un élégant français, toi, avec sa verve qui pique.

Nicolas Bedos, tu penses que la vie est aussi simple que ton dialogue ridicule ? En faisant ça, hier, à la télévision, tu as stigmatisé tous ceux qui pensent, en banlieue, que cette affaire est affligeante. Tu as pris un sac et tu nous as tous mis dedans, sans rancoeur, sans t’en vouloir, avec ton air narquois et ta fausse morale. C’était vulgaire, c’était obscène. C’était comme un meeting de Jean-Marie le Pen quand il imite l’arabe avec un accent honteux et qu’il dit « Ci pas moi ji pa voli ». Après, tu as enlevé la barbe et tu as laissé la moustache de Hitler. Tu trouvais ça drôle. Tu as fait un salut nazi et une quenelle, pour dire « au revoir » en enfonçant une merguez « dans ton gros cul de breton inculte ». Ces gestes, si décriés, faisaient partie de ton génie.

Il a fallu attendre samedi, après une semaine dégoulinante, pour entendre et voir le pire. La télé, avec toi, venait crever un peu plus. Juste pour « le buzz », juste pour qu’on parle de « ton coup ». Parce que les réactions sont devenues des coups et les coups sont devenus du vide. Le débat, après tout ça, n’avait pas avancé. Au contraire, il s’était enfoncé, encore plus bas. Nicolas, tu as l’habitude de réagir, tu ne fais que réagir, finalement. Ou, dans tes livres, raconter ta vie, entre belles filles et grandes débauches. Mais là, avec tes généralités et tes approximations, tu n’as pas réagi, tu as aggravé les choses. En faisant croire, à la France qui regarde la télé tard, que la banlieue était truffée d’antisémites incultes qui n’ont que les complots pour horizons.

Tu as réussi. Jusqu’ici, on n’avait rien dit. On regardait le spectacle, en vomissant chaque jour un peu plus. En regardant Manuel Valls. En regardant Alain Finkielkraut, invité des plateaux, toujours aussi fou furieux. On ne disait rien. On pleurait en silence. Mais toi, c’était pire que tout ça.

Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah

Publié le 12 janvier 2014

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