Plus jeune (il y a six ans, j’en avais 20), j’allais de temps à autre en boîte de nuit. Dix plombes pour s’apprêter, dix plombes pour l’organisation, à combien de voitures on y va, qui vient, qui paye l’essence, y a t il autant de mecs que de nanas ? J’avais alors deux groupes d’amis distincts pour aller danser : l’un où nous étions en très grande majorité de souche gauloise (mes potes de fac), l’autre métissé comme une pub Benetton. Ce dernier groupe était constitué de jeunes hommes noirs (« Noir… Noir ? » comme s’étranglait Muriel Robin dans son sketch ; oui, Muriel, noir, noir…), d’un grand maigre Portugais et d’autres amis comme moi au teint porcelaine.

Avec mon groupe de potes blancs, on franchissait nickel chrome l’entrée de la boîte, sans l’ombre œillade suspicieuse. Mais avec mon groupe « we are the world », bizarrement, ce n’était pas la même chanson. Nous avions droit doit à un refrain tordu qui nous éloignait définitivement du monde des Bisounours : « Non, vous rentrez pas », nous répondit le videur du Métropolis, à Paris. Quoi, qu’est ce, comment, pourquoi ? Nous nous étions faits tout beaux, pourtant. « Mais dans le groupe que vous venez de faire passer, y a qu’une fille et puis, ils ont des baskets ! – Non, vous rentrez pas. »

Et maintenant, on fait quoi de notre soirée « parisienne » ? Et de toutes celles qui viendront ? Un soir d’anniversaire, on retourne au Métropolis, sapés comme des papes, le sourire jusqu’aux oreilles. A l’entrée, le couperet tombe. Refoulés une énième fois, sans aucune explication. Rageant. On veut fêter ce putain d’anniversaire ensemble, nous ! On va tenter notre chance dans une autre boîte située à proximité, l’Acropole! Mais l’Acropole nous refoule aussi.

Ce soir là, on n’est pas allé danser. On est rentrés au quartier, à notre QG, dans la rue. Sur le chemin du retour, on parle peu ou pas, je ne m’en souviens plus. Les refus des videurs, sur ordre de leur direction, me font découvrir une réalité dont je ne soupçonnais pas l’existence. Comment fonctionnent les boîtes, en 2009 ? Je n’n sais rien, depuis cette époque d’insouciance salie, je n’y vais plus.

Stéphanie Varet

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