Parfois floues, méconnues, les questions environnementales suscitent souvent peu d’intérêt. Chez les Séquano-Dionysiens, loin d’être désintéressés, le concept est abordé différemment. Mais, cela est-il suffisant ?
Le département de la Seine-Saint-Denis regorge de nombreuses associations, entreprises, groupes, collectifs et centres de traitement des déchets qui œuvrent pour le respect de l’environnement et le développement durable.
En y regardant de plus près, il semble que dans l’inconscient collectif, l’écologie est associée à un manque de temps, de sens parfois. Le parti politique EELV n’a recueilli que 2% des suffrages au premier tour des élections départementales en mars dernier…
D’après l’hôtel du département, la Seine-Saint-Denis est un territoire marqué par son histoire industriel et urbaine. Ce dernier a exercé une grande pression anthropique, il compte désormais 1,5 million d’habitants pour une superficie de 126km².
La Seine-Saint-Denis et le traitement des déchets
Les sociétés de traitements des déchets sont contrôlées et soumises à une réglementation très strict. Cette activité demeure  un business qui semble très lucratif. À Sevran, par exemple, au cour de l’année 2013,  11771 tonnes de déchets ont été triés, et parmi eux, 8640 tonnes ont été valorisées.
Selon la Syctom (Agence métropolitaine des déchets ménagers), plus de 500 000 tonnes de déchets sont traités dans le Département chaque année.
La Seine-Saint-Denis compte également plusieurs sociétés de traitements et d’éliminations des déchets dangereux tel que Chimirec à Dugny, La Luciole à Noisy-Le-Sec ou encore Valderic à la Courneuve. Le traitement des déchets ménagers, des centres de traitements (tri, stockage, incinération, méthanisation) s’installent aussi à Saint-Ouen, Sevran et Romainville.
« L’écologie est un problème de riche dans un département pauvre »
Du 30 novembre au 11 décembre 2015, la ville du Bourget (Seine-Saint-Denis), accueillera la COP21 (le fameux sommet de Paris). Le département se met alors à l’heure de la question climatique.
Un appel à projet a été lancé par la collectivité afin de solliciter davantage d’acteurs écologiques. Des aides financières allant jusqu’à 8000 euros pourront être versées aux candidats. Une démarche pour soutenir des projets locaux exemplaires pouvant consolider et impulser des actions innovantes en matière de lutte contre les changements climatiques.
Cependant, la coopération territoriale du département a mis en place depuis plusieurs années des actions de sensibilisations à l’environnement avec notamment le plan climat énergie territoire (PCET),  la promesse étant de réduire en volume et en dangerosité les déchets produits sur le territoire et la disposition d’espaces verts naturels visant à répondre aux enjeux d’amélioration du cadre de vie des habitants.
Certains habitants de la Seine-Saint-Denis, certes les plus pessimiste, ont des avis bien tranchés : « l’écologie est un problème de riche dans un département pauvre », « ça coûte rien de faire des efforts mais ce n’est pas non plus une priorité, il y a plus important » ou encore « l’écologie est une mode mais peut-elle être une réelle solution à un problème environnemental ? Parce qu’ici on ne la voit pas trop, en tout cas elle se fait timide »
Les Séquano-Dionysiens ne sont pas tous unanime sur ce sujet. Les discussions que j’ai pu avoir avec des habitants m’ont révélé qu’ils ne sont pas totalement désintéressés par l’écologie, mais souhaitent et espèrent un encouragement, un soutien concret de leurs municipalités. La volonté y est, mais est-elle suffisante pour franchir le pas vers le progrès écologique? Un pas vert?
Sandra est lycéenne et délégué de sa classe à Pantin. Cette jeune fille, militante convaincue, me donne son opinion : « il faut de réelles mesures écologiques, des genres d’associations dans chaque quartier, il faut un réel engouement de la part des habitants. Pour l’instant l’écologie est au stade de mode, d’idée, de projet, de luxe que l’on rêve pour sa ville ou son quartier résidentiel. On en parle beaucoup d’écologie mais on en voit peu! J’ai entendu que des convois avec des déchets dangereux transitent dans le département. On ignore totalement les risques écologiques que l’on encoure dans le 93. Bien sûr qu’elle peut être une solution si on se met tous à régler les problèmes environnementaux. L’écologie c’est compliqué, on devrait en faire une matière à l’école ».
« L’homme ne cesse de domestiquer la nature ! »
Quinze parcs et forêts de la Seine-Saint-Denis sont classés depuis 2006 en site Natura 2000, une politique européenne visant à préserver les sites, les espèces animales et végétales en danger. L’objectif est d’épargner 12 espèces d’oiseaux rares parmi les 150 espèces différentes. Ces parcs sont des biens précieux qui recèlent une faune et une flore considérable.
Pourtant, le parc Georges Valbon (parc départemental de la Courneuve) va faire place au projet du Grand Paris : le Central Park. Le nouveau concept prévoit 1,7 million de m² d’aménagement et la création de près de 20 000 logements. Un projet qui fait grincer des dents les citoyens et écologistes. Didier Delpeyrou membre de l’association « Ecologie pour tous » à Gagny fait partie de ces personnes opposées au projet. Lorsque je le rencontre, je suis chaleureusement accueilli par un jeune homme blond, la trentaine, un style semblable à celui d’un surfeur. J’entre dans une maison, un pavillon de banlieue leur sert de local associatif. « L’homme ne cesse de domestiquer la nature! Elle est parfois un loisir pour les gens et un business pour certaines entreprises. Le département ne s’est jamais saisi de la compétence espace naturel sensible (ENS) afin de préserver le parc départemental de la Courneuve. Il n’y a pas de réelle volonté des pouvoirs publics d’exercer des mesures favorables à l’écologie. Voila ce qu’est le greenwashing, on accommode un business avec un zeste d’écologie pour vendre mieux!» explique-t-il.
L’écologie est surtout citoyenne dans le département. C’est en grande parti grâce aux associations (Ecologie pour tous, environnement 93, les Amis Naturalistes des Coteaux d’Avron, Bagnolet en vert,…). Elles multiplient les actions volontaires et citoyennes et les campagnes de sensibilisations telles que des chantiers avec des jeunes de Seine-Saint-Denis. Cette action permet à ces jeunes citoyens d’aller à la découverte de l’écologie autour de trois axes majeurs: agroécologie, protection des espèces menacées, économie sociale et circulaire.
L’écologie est aussi urbaine et populaire, le festival effet de CER (Cinéma, écologie et résistance) en est un exemple. Il est organisé par la mairie de l’Ile-Saint-Denis (EELV) les 10 aux 12 avril dernier. Cette édition parrainée par Pascal Canfin, ex ministre du développement a été animé par de nombreux films, documentaires, débats, performances, expositions et stands de librairie écolo. Ces trois journées ont surtout sensibilisé les habitants sur le climat et l’économie collaborative.
L’écologie est aussi urbaine dans le département. Pour preuve, à Bobigny, depuis 2012 l’école primaire Georges Valbon est doté d’un toit et de murs végétalisés. L’établissement respecte les normes de qualité environnementale. Plusieurs éco-quartiers ont également vu le jour à l’Ile-Saint-Denis notamment ou 1000 logements à basse consommation (BBC) sont en construction.
Plus que 169 jours avant la COP21. La Seine-Saint-Denis, va-t-elle redoubler d’efforts sur les questions environnementales ? L’avenir nous le dira…
 
Samir Benguennouna

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