En quoi consistent les Assises internationales du journalisme ?
Les Assises du journalisme ont émergé lorsque l’on a créé l’association Journalisme et Citoyenneté. On s’est demandé comment nouer une relation de qualité et de confiance entre le citoyen et le journalisme. Une fois par an, on essaie durant trois jours de rassembler des journalistes, des patrons de presses et le public. Les trois acteurs qui font fonctionner l’information.

Y a-t-il eu des actions concrètes ou des changements à la suite des Assises précédentes ?
Ce qui a changé, c’est plutôt l’état d’esprit. Le débat sur l’adoption d’une charte éthique pour l’ensemble de la profession est né ici, ainsi que celui sur l’instauration d’une instance de régulation capable de représenter les citoyens si la presse les a maltraités.

Les réseaux sociaux (Facebook, Twitter) peuvent-ils concurrencer la presse traditionnelle ?
Les supports ne sont que des supports. Que ce soit le web, le papier, la radio, la télé ou les réseaux sociaux. Sur ces plateformes, on y fait le pire comme le meilleur. Avec le papier, on fait des livres épouvantables, des torchons, mais aussi de la littérature. Avec le web, 60% du trafic concerne le cul. Le débat sur le support n’a aucun sens. Et Twitter, Facebook entrent un peu dans cette logique. Sont-ils des outils au service d’une information de qualité ou simplement une sorte d’addiction à l’immédiateté ? Je m’interroge. Le journalisme a besoin de temps et de moyens. Si le journaliste n’a pas un minimum de délai entre le moment où il reçoit l’information et le moment où il la redistribue, il ne fait  pas de journalisme. Si vous m’envoyez un tweet, je vous re-balance le tweet. Je suis un propagateur de bruit. Ce qui m’intéresse dans l’instantanéité du numérique, c’est de connaître la place du risque. Je pense que chaque journaliste doit se dire qu’il a besoin de temps. Sans ce dernier, le journalisme n’existe pas.

Justement, avec l’Internet, tout va très vite. Cela a-t-il conduit à une dégradation de la qualité de l’information ?
Je pense qu’il y a deux mouvements qui se dessinent. Le public est davantage dans la fascination du live, c’est-à-dire qu’il veut tout savoir. En même temps, plus il y a cette émotion, plus il y a besoin d’éclaircissement et de mise en  perspective.

Selon plusieurs études, l’image du journaliste aux yeux des Français n’est pas très brillante ? Pourquoi ?

Dans la société contemporaine, tout ce qui représente une partie du pouvoir est décrédibilisé. Le politique, le policier, l’enseignant … Le journaliste n’y échappe pas. Par ailleurs, la presse a eu tort de s’attribuer le qualificatif de quatrième pouvoir. C’est une erreur historique à mon sens puisque elle donne le sentiment qu’elle accompagne les autres pouvoirs établis. Si elle s’était clairement positionnée comme contrepouvoir (pour vérifier, mettre en doute ce qui se dit), cela résoudrait une partie de la crise de confiance.

Les élections présidentielles approchent.  Les communicants entourant les hommes politiques n’ont-ils pas un train d’avance par rapport aux journalistes ?
Oui. C’est ce qu’on appelle la dictature de l’agenda. L’une des fragilités du journalisme, c’est la nécessité de suivre l’info. Ce sont Tony Blair et Reagan qui l’ont théorisée. Nicolas Sarkozy a repris la recette. Le politique étant constamment en mouvement, le journaliste est obligé de suivre parce qu’il ne peut pas prendre le risque de louper quelque chose. Résultat : il ne fait plus son travail de mise en perspective, de prise de recul parce qu’il est sans arrêt en train de courir après l’info. L’un des risques majeurs du journalisme politique, c’est cette énorme difficulté à se dégager du tempo décidé par le politique. Ce qui est en jeu dans les Assises depuis le début, c’est d’abord l’éthique. Les journalistes ont une autre exigence de leur métier. Et la deuxième chose, c’est le public. Il a aussi sa part de responsabilité.

Pourquoi les  journalistes rencontrent-ils des difficultés à travailler en banlieue ?
Tout est plus vif en banlieue. C’est plus compliqué pour un médecin, un policier, un enseignant. La fracture est encore plus violente parce qu’il y a une incompréhension totale entre cette image rapportée par la télévision et la réalité. Le sentiment que les médias parlent négativement des quartiers, qu’ils ne sont là que pour capter des images de drogue et de délinquance, est vif. J’ai parfois été en désaccord avec des associations de médias des quartiers qui ont tendance à tout rejeter sur le journalisme professionnel. Aujourd’hui, un journaliste ne peut pas aller dans un quartier, c’est une insulte à la démocratie. On ne peut pas simplement dire que c’est la faute aux journalistes.

Mimissa Barberis et Idir Hocini

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