« Il faut œuvrer pour que demain Bondy devienne les Champs-Élysées du Nord-Est ». Voilà ce qu’ont pu lire les Bondynois et Bondynoises dans le magazine municipal, Reflet, et sur les affiches publicitaires de la ville. De prime abord ce slogan peut faire rire mais les services municipaux y croient. « Bondy sera l’une des seules villes de banlieue à posséder un véritable centre ville comme le décrit ce projet ambitieux », confie un élu. La ville a des ambitions : un marché couvert, des commerces, des appartements neufs, des espaces verts… Tout pour développer le centre-ville. Mais qu’en pensent les Bondynois ?

Pour Fatima,  lycéenne à Jean Renoir, « la mairie devrait s’occuper plus de Bondy nord. Les Champs-Élysées, faut pas rêver, on est à Bondy ! ». Dans le centre-ville, les inquiétudes des habitants sont plus marquées, « les prix de l’immobilier vont grimper », craint un passant. Dans le plan de rénovation, il est prévu de détruire deux immeubles de la cité De Lattre de Tassigny, face à la mairie, ce qui suscite une certaine appréhension de la part des habitants. « Ce projet est sans doute très bien pour l’économie de la ville mais j’ai l’impression, dit un jeune qui vit dans un de ces immeubles, qu’on veut se débarrasser des plus pauvres et les éloigner du centre-ville. »

Pour Jean-Luc qui regarde ses enfants jouer sur la place de la mairie, le projet des Champs-Élysées est  « un délire d’architecte, c’est tout ». « Le mec il a fait son temps, il est déçu de pas avoir fait les vrais Champs alors il se rattrape sur Bondy. Franchement, les Champs-Élysées ici ? Il n’y a qu’à voir cette verrue [en montrant la mairie], ça va faire tache sur cette belle avenue, vous ne trouvez pas ? » Un commerçant établi proche de l’Hôtel de Ville réagit avec sourire à la vue du slogan, et avoue « qu’à court terme, il y aura une baisse de fréquentation de la clientèle à cause des travaux, en sachant qu’on va être détruit, et replacé dans les nouvelles constructions, mais si c’est mieux qu’avant, alors pourquoi pas. Et puis, ça fera sûrement plus « propre ». Mais moi, je ne me plains pas, je n’habite pas à Bondy toute façon. »

Pour cette mère de famille attendant le bus qui l’amènera chez elle, dans une commune voisine, le projet «  n’est pas utopique, c’est possible »« Mais j’ai peur qu’ils veuillent déshabiller Saint-Pierre pour habiller Saint-Paul, en gros qu’ils envoient les problèmes ailleurs. Que vont-ils faire des habitants du centre-ville qui ne pourront pas payer le loyer ? » Elle nous quitte rapidement pour attraper son bus, et Karim qui vit dans le centre-ville, intervient dans la conversation faisant part de ses inquiétudes. « Mais moi je suis pauvre, ma mère elle ne pourra pas payer le loyer ! Si ça devient les Champs ici, ça va être trop cher pour nous. S’il n’y a que des riches, ce n’est pas bon. Il faut qu’il y ait un équilibre, tu vois ? »

Il définit ensuite ce qu’il entend par « riches ». « Je ne dis pas qu’ils vont vivre dans des bâtiments fait d’or et de marbre et que nous, on sera dans des taudis sans eau ni électricité, mais on va clairement voir la différence entre eux et nous si en plus ils nous séparent. Moi je veux qu’on se mélange. Pourquoi ils nous envoient ailleurs ? Pour ramener des plus riches une fois que tout est beau et neuf ? On était là les premiers après tout ! »

Toujours sur la place de la mairie, nous abordons un jeune couple, Mehdi, 16 ans, et Chloé, 15 ans. « J’ai peur que ça change trop. J’habite ici depuis que j’ai à peine un an ! On ne verra plus les mêmes têtes. Maintenant, on va voir changer la population. J’ai peur de ne plus reconnaître Bondy », confie Chloé avec une pointe de chagrin dans la voix. Mehdi, quant à lui, pense que c’est « juste un slogan, peut-être pour choquer, mais ça va pas se réaliser. Bondy est une grande ville, certes, mais il y a sûrement d’autres villes plus propices à l’implantation de ‘‘Champs-Élysées’’. Moi en tout cas, à part des bâtiments neufs, je suis sûr que rien ne va changer. Ce sera plus beau, mais c’est tout. »

Amine Benmouhoub et Saïd Benarroudj

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