Le couplage internet/téléphonie mobile, quelle belle invention ! Avoir internet partout, même en marchant. Il est devenu nécessaire d’exister par le net, alors pas de soucis, internet me suit. Trente euros pour mon forfait internet TV ; 30 de plus pour mon forfait internet mobile, pour rester en contact via MSN… C’est sans compter le prix de mon téléphone dernière génération qui à lui seul coûte quelque chose comme 500 euros. Et je ne parle des 1000 euros investis dans le dernier ordinateur portable, car surfer sur l’ancien était devenu un calvaire.

A cela s’ajoute un abonnement pour rencontrer l’âme sœur, 30 euros, un abonnement pour la météo (pourquoi pas), un abonnement pour le téléchargement comme avec le nouveau Kazaa à 29 dollars, un abonnement presse en ligne, un abonnement pour ceci, un abonnement pour cela. Tout un tas de nouveaux super services payants, et un compte en banque qui voit rouge et qui en a assez d’être abonné à tout.

Le résultat c’est qu’internet commence à coûter cher. Plus ça va, plus nous sommes accros et plus il nous faut payer. Alors, gratuit, internet ? C’est aussi vrai que ça peut être faux. L’incroyable engouement pour le web est lié, au départ, à la gratuité des services. Le téléchargement à dos de mule en est la preuve. Ou du moins l’était. On se heurte ici à un conflit d’intérêt entre l’utilisateur et Das Kapital, comme disait Big Marx. La tendance d’aujourd’hui, pour les grandes entreprises, est d’investir, voire de s’approprier cet espace public. La privatisation du net est en cours.

Pourtant, internet n’est pas tenu de s’inscrire dans ce modèle, qui fait rêver les capitalistes de tout poil. Internet, c’est aussi des sites hautement fréquentés qui tirent leurs revenus de la publicité. Alors, la cerise sur le gâteau des Gargantua de la finance, c’est de nous faire passer à la caisse, en nous imposant des abonnements et en revendant nos infos à des boites spécialisées, qui achètent ces données a prix d’or.

Il y a des tas de techniques pour encaisser. Et pour nous mener par le bout du nez aussi. La tendance c’est de nous proposer un nouveau service que l’on trouve génial, indispensable et gratuit. Puis le service devient payant, toujours pour de bonnes raisons… La tendance, c’est l’essai gratuit du service pendant X mois, et si l’on souhaite poursuivre, faut payer, sinon bye bye les données que l’on a laissées sur le site, nos contacts, etc. Ça me rappel ces histoires que j’entendais quand j’étais gamin, où le dealer était gentil et donnait de la drogue gratuitement. Une fois accro, le nouveau consommateur n’avait d’autre choix que de payer sa came…

Des exemples, je suis sûr que, tout comme moi, vous en avez plein votre boite mail. Je me rappelle que Microsoft voulait, pour nous éviter d’être spammés (pubs non sollicitées), rendre les e-mails payants. Les sites de rencontres ont longtemps été gratuits, ils sont aujourd’hui en grande majorité payants. Meetic « le site de rencontre numéro 1 en Europe – accès gratuit »… Gratuit ? C’est cela, oui… L’inscription uniquement, mais après ? Bah, après faut raquer. En plus, sur la page d’accueil du site, pas même une mention sur le prix de l’abonnement qu’il faudra débourser si on souhaite utiliser le service. Au motif, croit-on savoir entre internautes, que ça permet de faire le tri entre « les sérieux » et les « pas sérieux ».

Il y a aussi ces sites d’annonces devenus payant. Les sites de musique gratuits comme Deezer et sa nouvelle offre premium. Les hébergeurs de sites web gratuits qui pullulaient sur le net, où sont-ils ? Raréfaction. Les SMS gratuits depuis les sites web ? Accrochez-vous pour en trouver, devenus payants pour la plupart (j’en profite pour rappeler qu’il fut un temps où les SMS étaient gratuits sur les portables, s’en souvient-on ?).

Skype développe les services payants, à des tarifs hallucinants. Les journaux en ligne, Le Monde, Libé et consorts, une partie gratuite, l’autre payante. L’abonnement au journal version pdf de Libé est au prix de la version papier à 10 centimes près (intéressant, une bonne affaire sans doute). La dématérialisation du support n’est pas répercutée sur le prix.

Les applications i-phone, c’est pareil, un tas d’appli payantes alors que certains arrivent quand même à en sortir des gratuites (ils doivent avoir un secret, mais le mieux, ce serait qu’ils le partagent, qu’on en profite). Des sites gratuits, genre Caramail, les love lycos, disparaissent sous les rachats. Partout, des offres premiums, et une volonté de faire de nous des abonnés de tout ce qui bouge, avec des arguments marketing, du genre de ceux qui ont longtemps hanté nos télés : le produit qui lave plus blanc que blanc.

Les Google books, Facebook et consorts, tous ces services qui créent du lien social ou nous permettent de nous cultiver gratuitement, vont-ils à leur tour devenir payants ? Ne sommes-nous que des vaches à lait, qu’il faut traire et traire encore. L’internet devient un centre commercial géant avec ses cerbères. L’internet ouvert perd du terrain.

Daniel Figueiredo

Daniel Figueiredo

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