Dans certaines écoles de banlieue, l’expression « nos chères petites têtes blondes » ne signifie pas grand-chose, elles ont quasiment disparu des photos de classes. Des parents craignent de voir l’école de leurs enfants devenir un ghetto. Une peur pas toujours justifiée affirme Idir.
Les bons mots d’Hassen Chalghoumi sont avidement commentés sur internet. Je me joindrais volontiers aux loups. Chaque fois que l’imam de Drancy ouvre la bouche, il étale un kilo de harissa sur la langue de Molière. Son gaulois pique, c’est vrai, et je serai le premier à cracher sur le verbiage du personnage le jour où je parlerai aussi bien l’arabe, sa langue maternelle, qu’il ne cause la mienne, le français.
En attendant que l’on soit à égalité, il m’est arrivé de rire franchement à la lecture des recommandations apocryphes de l’imam, postées sur de faux comptes twitter, du style de celle-ci : « Bien sûr qu’on peut changer l’heure de son portable pour casser le ramadan deux heures plus tôt ». Mais la phrase de Chalghoumi qui m’a le plus marqué est authentique si l’on en croit le Figaro qui l’a interviewé en 2013 : « Quand on a vu sur sa première photo de classe, que ma fille n’était entourée que de blacks et de beurs, on s’est dit avec ma femme qu’elle ne devait pas rester dans cette école ».
Pas très catholique, n’est-ce pas ? Mais ne jetons pas si vite la pierre à cet homme qui cherche pour sa fille la compagnie de l’homme blanc. Les rentrées passent en banlieue et nos photos de classe, celles de nos petites sœurs et de nos enfants changent d’année en année. Les cheveux de feu et les yeux saphir, si brillants dans le regard d’un enfant qui sourit au premier rang sont désormais une denrée rare dans nombre d’écoles de nos quartiers. Dans ces recoins oubliés de la République, des petites têtes blondes les arborent encore, mais les parents qui viennent les chercher à la sortie des classes ont l’accent kabyle ou polak. Tels les elfes du Seigneur des Anneaux à la fin du troisième âge, les enfants de Vercingétorix quittent les rives de la Terre du Milieu… Pardon, du canal de l’Ourcq.
Le fait dérange. Comme beaucoup de choses, la diversité, c’était mieux avant. Les plus féconds de ma génération qui ont déposé leurs gosses à l’école, en cette semaine de rentrée, parlent avec nostalgie des classes black, blanc, beur de leur adolescence. Un temps béni où nous pensions être, pauvres sots que nous étions, l’avenir de la France et non sa périphérie.
Le cœur de ces jeunes parents tremble pour leurs petits car avant les murs, un ghetto commence toujours sur le même mode opératoire : réunir une population, une couleur, une religion et l’isoler du reste de la nation peu importe que la séparation soit faite avec du barbelé, un périphérique ou par le biais d’un système scolaire qui discrimine des pans entiers du territoire. L’école n’est pas la même pour tous. Sur ses bancs, cela fait bien longtemps qu’on s’était assis sur l’Égalité. Il est à craindre que désormais la Fraternité nous glisse aussi entre les doigts.
Syndrome de l’enfant unique
La peur de voir ses enfants grandir loin de la France qui compte, celle des grandes écoles et d’un pouvoir quasiment monochrome est une réalité en banlieue, mais elle n’explique pas tout le malaise ressenti par certains parents devant la photo de classe de leurs enfants. Tout d’abord, les papas et mamans qui ont des attaches dans le Périgord, le Limousin ou la Vendée sont rares à se plaindre d’une photo de classe en noir et blanc cassé. Dans mon entourage, ce sont les basanés qui veulent voir grandir leurs enfants avec les hommes pâles.
Ceux nés au bled, tout d’abord. On peut comprendre leur déception. On leur a vendu la France des séries américaines et ils se retrouvent sous les yeux avec la photo de classe du fiston qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celle des cousins restés à Bab El Oued. Quant aux Français, nés en France de parents étrangers, ils n’ont, à priori, aucune raison de pester contre des camarades de classe qui ressemblent à leurs gosses. Détrompez-vous. C’est le syndrome de l’enfant unique. Qui n’a jamais maugréé lors d’une virée à Londres sur ses passants qui parlent français à tous les coins de rue ?
Le malaise devant une photo de classe opposée à l’image d’Épinal que l’on se fait d’une salle de cours semble irrationnel. Une Assemblée nationale où siègerait une majorité de députés bouddhistes serait-elle moins française ? Le pain est-il moins bon dans une boulangerie tenue par un noir ? Non vous dira Djibril Bodian, qui fait la meilleure baguette de Paris.
Au fond, la gêne des parents devant une photo de classe sans têtes blondes vient du fait que chacun veut le meilleur pour ses enfants, et dans pratiquement tous les esprits, une classe de banlieue c’est une classe de pauvres avec un enseignement de pauvre. Sur une photo de classe, il n’y a pas de Chinois, d’Arabes ou de Gitans, il y a encore moins de musulmans, de chrétiens ou de juifs. À l’école républicaine, il n’y a que des élèves. Des élèves pauvres et des élèves riches.
Idir Hocini

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