Derrière les supporters algériens, et leur joie manifeste de voir la qualification des verts et blancs, le débat autour de la double-nationalité a ravivé la flamme.

J’avais vu un sondage en début de mondial qui disait que pour le public Français l’équipe d’Algérie était la plus détestée. Certains y ont vu du racisme, moi j’ai tout de suite pensé que c’était à cause du bruit que nous faisions, nous, les fiers supporters des Fennecs ! Je peux comprendre qu’on énerve un peu les voisins mais de là à parler de nous supprimer la double nationalité, parce des gens – Dieu seul sait qui ils sont – on profité de notre joie exubérante pour faire un peu de casse, il y a tout un monde. Cette suspicion, ce ressentiment envers les Algériens de la planète foot, ça m’aurait presque gâché la fête. mais quelque chose c’est passé, lors du match Algérie-Allemagne.

Premières minutes et premiers tweets « Pas si mauvais ces Fennecs« . La demi-heure passe et des collègues, toujours les premiers à pointer du doigt le jeu soporifique qu’il arrive à l’Algérie de produire, m’envoie ce genre de beaux textos : « Allez l’Algérie vous les tenez« . La Gaule avec les Fennecs…. Et quand le match fût fini, qu’on a vu tous ces beaux joueurs algériens quitter le stade la tête haute, les éloges de la presse française sur les Fennecs ont commencé à pleuvoir. « Algérie héroïque« , « magnifique« , de TF1 à BFM tout le monde loué cette équipe qui a fait jeu égal avec le gratin du football mondial.

Même Jean-Marie Le Pen a eu un mot gentil pour les Fennecs. Du coup, les polémiques, les sondages débiles sur la double nationalité, tout ça fut oublié. Mes voisins ont même sonné à ma porte pour m’intimer l’ordre de faire du bruit en l’honneur d’une équipe certes vaincue, mais qui fut si plaisante à voire jouer.

Idir Hocini

 

Zidane est un français, mais son coup de boule est algérien

Ça avait commencé par des publications encore mignonnettes sur Facebook: « Oh, ils nous font chier ces Algériens, en dirait qu’ils ont gagné la coupe du monde !« . Puis, les politiques s’en sont mêlés. A mesure que les Fennecs ont avancé dans cette coupe du monde, les langues se sont déliées, et sur la toile, c’est la haine. Personne ne croyait à leur survie dans la coupe du monde. C’est avec beaucoup de dédain et de mépris que les pronostics envoyaient paître les Fennecs loin de toute qualification. Ensuite, ils ont gagné un match, puis deux et ainsi de suite. A chaque victoire, ce sont des milliers de Franco-Algériens qui se sont retrouvés sur les boulevards, les avenues, dans les grandes villes, et les petites communes de France. De Chelles, à Paris, en passant par Toulouse, Lyon, Marseille ou encore le Havre, la joie animait les supporters.

Partout, klaxons, youyou et cris de joie ont explosé, des femmes, des enfants, des jeunes hommes, des grand-mères en robe du bled, tous étaient réunis, la fierté sur le visage. A ces Franco-Algériens, se sont joints parfois des Tunisiens, des Marocains, des Maliens, amenant avec eux leurs drapeaux au vent. La plus heureuse dans tout ça, c’est Marine le Pen. A chaque fois que les Champs-Elysées se remplissaient, le nombre de ses fans augmentait, car n’arrivant pas à dormir à cause des coups de klaxons, et voyant le nombre de drapeaux étrangers en bas de leurs fenêtres, ils ont eu le temps de ruminer toute la nuit, et de se dire que finalement, si leurs femmes les avaient quittés, c’était bien la faute des Algériens, et que si leurs patrons voulaient les virer, c’était encore plus de la faute des Algériens. Dans la foulée, la fille de Jean-Marie Lepen a dû envoyer 2 ou 3 photographes, afin d’assurer sa prochaine campagne choc. On voit déjà se poindre l’affiche, illustrée d’une photo de Paris sous les drapeaux de l’ancienne colonie et titrée : « L’Algérie, si tu l’aimes, retournes-y« .

L’intervention de son père sur twitter : «Bravo aux équipes de France et d’Allemagne sélectionnées. Mais aussi chapeau pour l’équipe d’Algérie» ne visait qu’à entrer publiquement en contradiction avec sa fille, qui avait proposé il y a quelques jours de cela, de mettre fin à la double nationalité en cas d’incidents. Qu’il s’agisse de Marine Lepen, du maire UMP de Nice Christian Estrosi qui a décidé de prendre un arrêté «interdisant l’utilisation ostentatoire de tous les drapeaux étrangers sur l’hypercentre» de la ville pendant la durée de la Coupe du monde de football, en prévision du match de l’Algérie et de l’Allemagne ; de la vidéo tournant sur Facebook, où l’on voit des supporteurs français, le drapeau tricolore sur le dos, tentés de brûler le drapeau algérien, passons. Disons que si ces gens-là ne supportent « la bougnoulité » que dans les baklawas de madame Fatima, à la kermesse de fin d’année du petit, ça ne nous surprends pas.

En revanche, lorsqu’une personne probablement d’origine noir-africaine, écrit sur Facebook que les Algériens la saoulent, à tout brûler ici, alors « qu’on les as accueilli » et que « c’est comme ça qu’ils nous remercient, ils n’ont qu’à aller brûler chez eux », c’est plus choquant. Quand le média en ligne NegroNews, rentre dans le tas, et titre le 27 juin: « L’Algérie et les Fennecs récidivent, ‘nous ne représentons pas l’Afrique mais tous les Arabes du monde’ « , j’ai juste envie de répondre que l’Algérie est avant tout sur le continent Africain.

Parmi les algériens heureux de fêter les victoires des Fennecs, une minorité a réussi à faire de ce moment de joie, un embrasement ici et là, de voitures. Passons sur les rumeurs de voitures brûlées pour des histoires d’assurance. Rien ne gâche la joie d’un Algérien et le florilège de félicitations à l’encontre des Fennecs, suite à leur match contre l’Allemagne. Venant du monde entier, ces dernières mettront du baume au cœur à tous ces bi-nationaux que nous sommes, traînés dans la boue et réduits à nos origines dès que cela arrange. Parce que l’arabo-berbère, il est bien gentil quand il reste à sa place, qu’il marque des buts, qu’il fait faire du business avec les quatari, ou quand il renfloue les caisses avec les journées « ramadanesques » de Auchan, Carrefour ou Leclerc. Dès lors qu’il fait un faux pas, ces jeunes-là sont ramenés à leurs origines, parce que finalement, c’est ça qui a déconné dans leurs gènes. Zidane c’est un français, mais son coup de boule, ça vient pas d’ici, ça doit être ses ancêtres. Yannick Noah, surnommé le tennisman français quand il gagnait, le camerounais quand il s’inclinait.

Les Algériens sont tellement fiers de leur équipe et de son entraîneur bosnien qu’une pétition a été lancée mardi en demandant au gouvernement algérien « d’intervenir pour le salut du sport en général et du football en particulier« , pour que l’équipe garde son entraîneur, Vahid Halilhodzic. La fierté d’avoir pu montrer au monde entier que l’Algérie joue bien, et a fait trembler les Allemands. Sur le site de l’Equipe, un sondage a été mis en ligne le 1er juillet:  » Quel gardien vous a le plus marqué? « . Le gardien des Fennecs Adi Rais Ouahab M’bolhi, en était à 65% des votes, ce mardi matin. Surnommé le « mur de Berlin » face aux Allemands, il est né à Paris d’un père congolais et d’une mère algérienne originaire de Colla dans la Wilaya de Bordj Bou Arreridj située entre la Kabylie et les Hauts-Plateaux. Lui aussi, c’est un bi-national, comme tous ceux qui ont été décriés ces derniers jours. Si j’avais l’occasion de le questionner, j’aimerais lui demander s’il pourrait supporter l’équipe de France, parce que c’est aussi son pays dont il s’agit, malgré tout ce qu’on a pu lire et entendre.

Kahina Mekdem

 

Un soir, dans le sapin 

Puisque la RATP a décidé de saboter la soirée en nous privant de métro, j’ai sauté dans un taxi. Un taxi sympa, confortable, avec de la bonne musique. Déjà quand t’attrapes un taxi à 2h du mat, t’es content, mais quand tu t’y sens bien, t’es refait. Je lui parle de mon ras-le-bol des transports en commun suspendus un soir de match, il me parle des méfaits des supporters algériens : « C’est n’importe quoi, ils bloquent les routes, ils klaxonnent, ils cassent tout… Même quand la France gagne un match elle en fait pas tout un plat ». Le problème, c’est que je supportais l’Algérie et que lui venait d’Haïti. Du coup j’ai écouté sa musique et je n’ai plus rien dit.

Claire Diao

Dans l’histoire

La participation de l’équipe nationale algérienne dans cette coupe du monde 2014 n’aura laissé personne indifférent. Tout le monde ou presque à un avis sur la question, et surtout sur la manière dont les supporters algériens ont soutenu leur équipe. Et à chaque fois que j’ai évoqué les matchs des Fennecs, j’ai récolté des remarques plutôt désobligeantes. Voici quelques anecdotes.

En fin de soirée, lors d’un pot de départ de plusieurs personnes de l’entreprise dans laquelle je travaille, avait lieu le même jour le match France-Russie. Je devais me rendre dans un café pour voir le match. Donc, je m’éclipse discrètement en saluant quand même et glisse quelques mots en disant que je dois partir plus tôt que prévu car il y a un match Algérie-Russie. Je n’ai même pas eu le temps de reprendre ma respiration que deux personnes ayant entendu mes propos me sortent : « Et vous les Algériens, vous dites toujours à tout le monde vos matchs ».

Lors d’un de mon reportage sur le match Algérie-Allemagne, j’interpelle une personne pour lui poser deux trois questions sur l’ambiance à Montreuil, il me dit en arabe : « J’espère que les Fennecs vont perdre leur match pour que le calme revienne dans la rue où je travaille ».

Autre témoignage et pas des moindre, lors d’une discussion banale sur la coupe du monde, notamment sur l’équipe d’Algérie, cette personne s’est imaginé un scénario du genre Armageddon en disant : « il y aurait eu un risque de guerre civile en France, si le match avait eu lieu entre la France-l’Algérie en quart de finale ».

Beaucoup de gens n’ont pas compris les supporters algériens qui manifestaient leur soutient à l’équipe, mais ils vivaient un moment historique, et ça personne ne pourra leur enlever.

Hana Ferroudj

 

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