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Comme tous les mercredis et samedis, maman Gris et ses trois enfants se rendent au Marché de la Ferme. Pas à n’importe quel moment, en toute fin, histoire d’aller fouiner dans les cartons de fruits et légumes abandonnés à même le sol car trop abîmés pour de fins palais. Cette mère-là et ses rejetons ne sont pas seuls à profiter du bon plan. Y a du monde dans le secteur. Depuis qu’ils se sont retrouvés à Bobigny, on ne sait trop comment, Madame Gris et ses enfants vivent cachés, longent les murs, empruntent des tunnels de maquisards pour ne pas être vus et s’en vont ainsi piquer allègrement les aliments. Avariés ? Qu’à cela ne tienne ! Ils feront un bon festin.

L’appareil digestif de la Gris’ family est conçu de telle sorte qu’il résiste à tout, ou presque. La madre et ses marmots font même les poubelles au bas des tours et dans le parc, car des trésors y sont toujours enfouis. A force de bouffer tout et n’importe quoi, ils s’immunisent contre les saloperies de maladies. Une fois rassasiés, ils prennent la fuite et retournent dans leur refuge, à l’abri des regards indiscrets. Mais nul n’ignore leur présence dans le quartier. Même dissimulée, elle est mal vue. Les Gris ne logent pas dans un appartement comme les gens normaux, non, il leur arrive de traîner devant l’entrée de l’immeuble quand il n’y a pas trop de monde, ils sont comme à l’affut, prêts à chiner le moindre bout de pain qui tomberait par mégarde.

De vrais loups dont la cité veut se débarrasser. A cet effet, les gardiennes des immeubles organisent des réunions pour mettre en garde le voisinage. Voici leur recommandation : ne jeter aucune nourriture par les fenêtres, même si c’est pour nourrir les pigeons. Car rien n’échappe à la famille Gris, la moindre miette de pain y passe. Après mûres réflexions et plusieurs tentatives pour les faire partir, une solution a été trouvée. Tuer la mère et la marmaille, et toutes les mères et marmailles qui leur ressemblent.

On a eu recours à de gros engins pour écraser leur refuge. Des marteaux piqueurs tenus fermement par une dizaine d’hommes aux gros bras, portant des masques pour ne pas recevoir d’éclats dans les yeux et le reste de la figure. Les Gris : quelle engeance ! En creusant dans le sol on a découvert qu’ils étaient des centaines. Pas de pitié, ils crèveront tous ! Objectif, ne plus jamais les revoir dans les parages. Ni la mère ni les gosses, ni les oncles, ni les tantes, ni les grands-parents. On a cassé le béton, retourné le sol afin de détruire les caches et cavernes, on a brûlé les parois des bennes à ordures dans lesquelles certains créchaient, et on a remis un couche de goudron. Comme-ça, ils ne reviendront pas.

Aujourd’hui, les habitants du quartier ont la paix. Les plus démunis des locataires pourront glaner les fruits et légumes du Marché de la Ferme de Bobigny sans craindre de se faire mordre par les Gris, pelage luisant et longues queues. L’homme est un loup pour le rat.

Inès El Laboudy

Inès El laboudy –

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