A quelques jours du premier tour de la présidentielle, la communauté harki s’est réunie en congrès au palais des papes d’Avignon, sous le pilotage de l’AJIR (Agir pour une Juste Intégration à la République).

La même origine, le même faciès exotique et les mêmes problèmes de discrimination; sauf que les uns en rentrant chez eux le soir peuvent se consoler en écoutant Kassaman à fond (l’hymne national algérien), les autres non, parce qu’ils sont descendants de harkis. Qu’est ce qu’un harki ? Pour la grande majorité des Algériens, c’est un traitre, un collabo, qui s’est opposé à l’indépendance de son pays en pactisant avec l’ennemi, l’armée française. Pour bien parler des harkis, et surtout parler juste, il faudrait faire du cas par cas. Qu’un ennemi héréditaire monte au maquis ou que le conseil du village ait décidé d’avoir un atout dans chaque camp, et vous voilà frappé à tout jamais du sceau de l’infamie.

Traités de sous hommes par certains politiques, de tous les noms par nombre de fils d’immigrés persuadés qu’ils auraient été de parfaits combattants de la liberté dans la même situation, être harki en France, c’est le fond du trou. Pourtant, au palais des papes à Avignon où ils se réunissaient, des harkis il y en avait peu. C’était surtout leurs descendants qui animaient le débat, mais la « distinction » est héréditaire. Beaucoup de frustration était perceptible à cette assemblée. Comme cette femme qui parlait de massacre à la fin de la guerre. Mais les organisateurs ont rappelé qu’ils n’étaient pas là pour mendier de la repentance, leur souhait : « être des Français à part entière ». Un vœu qu’ils partagent avec l’ensemble des « immigrés ». La représentation des minorités visibles en politique fut également une de leur revendication : « je ne suis pas harki. Je suis Algérien. Je m’en fous que vous soyez harki. Je place mes espoirs en vous qui nous représentez » lance un membre du public, très applaudis, à l’intention de fils de harkis encartés; venus à la tribune représentés leurs partis en cette période d’élection.

Les promesses électorales les fils de rapatriés n’y croient plus: « ça ne me fait plus ni chaud ni froid. Il y a bien Chirac qui a porté un message fort en direction des harkis mais qu’a-t-il fait pour nous, leurs enfants ? Quand à Georges Frêche, je n’en parle même pas. On est rejeté partout. Pour notre génération c’est trop tard » confie Tarek 35 ans, qui fustigent également le comportement de certains fils d’immigrés algériens : « nos relations sont très mauvaises, il y a toujours des références au conflit ». Il avoue également avoir longtemps pensé qu’un fils de harki avait plus droit à la nationalité française qu’un « issu de l’immigration » : « mais maintenant je m’en fous, les problèmes de discrimination qu’on connaît sont les mêmes». Comment se construit l’identité harki ? « Les parents ne parlent pratiquement jamais du conflit. On le découvre à la récré avec les autres enfants, ensuite on fait nos recherches » confie un congressiste. Pourtant Ahmed, sexagénaire installé à Avignon, parle sans gène de son engagement dans la guerre d’Algérie. Contrairement à beaucoup de harkis, il affirme n’avoir aucun problème pour aller au pays : « j’y vais quand je veux, avec un visa français, je ne suis pas fiché. On embête plus les immigrés que moi à la douane. » Il dit n’avoir jamais eu de soucis avec les algériens, là-bas : « mais la guerre d’Algérie elle est finie pour eux ! Quand tu as de l’argent en plus, ils s’en foutent que tu sois harki. Moi, ils le savent dans mon village à coté de Blida, personne ne m’a jamais insulté. Il n’y a qu’avec les anciens Moujahids (combattant du FLN) que je n’ai jamais de contact, jamais depuis la mort de mon oncle qui lui était fellaga». D’une manière générale, les harkis et en particulier leurs descendants ne veulent plus être entre le marteau et l’enclume. Ils revendiquent avant tout leur citoyenneté, mais ne diraient pas non au respect de leur dignité.

Pour écouter l’interview de Slimane Azzoug et de Mouloud Rézouali.

Idir Hocini

Idir Hocini

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