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Si Marty McFly retournait dans le passé pour ramener Brejnev à Bobigny en 2011, ce dernier s’exclamerait devant l’architecture de la ville : « On a gagné la Guerre froide !  La France a adopté le quatorzième plan quinquennal !».  Des tours gigantesques, un centre ville et une préfecture tentaculaires, donnent à Bobigny l’aspect d’un satellite de l’URSS qui aurait quitté son orbite, et son espace-temps, pour se planter au beau milieu du 9-3. Pourtant, c’est dans cette Little Varsovie que Moussa et Odelson ont créé leur entreprise, comme des vrais petits capitalistes de l’Ouest. Au lieu de faire comme tout le monde pour réussir dans la vie – du rap, du foot ou de la musique kabyle – ces messieurs ont décidé de produire et de commercialiser une boisson : la Doz.

Doz comme : « j’ai soif, j’ai besoin de ma dose ; file moi une Doz ». Je leur fais déjà de la pub avec ce papier, pourquoi pas leur écrire un slogan dans la foulée je me suis dit.  Doz c’est l’histoire d’un déclique. « Un matin j’ai appelé Moussa et je lui ai dit,  faut qu’on fasse un truc », raconte Odelson. Passionnés de culture urbaine, ces deux jeunes gens ont réfléchi à la question comme suit : « Qu’est ce qui marche dans le domaine ? La musique, le sport et les vêtements. Mais qu’est ce qui n’a pas déjà était fait ? Une boisson !». Moi, ça m’impressionne cette audace. Coca cola est là, Pepsi aussi l’ami. Dans toute cette sauce, ou est la place pour Doz ? (je crois que j’ai fait un alexandrin). « Mohamed Dia a bien réussi a imposé sa marque streetwear face à Nike et Adidas», me rétorque-t-on.

Avoir l’idée de créer une street boisson c’est bien, mais comment passer de l’idée à la pratique ? On mélange du sucre et du citron dans de l’eau comme on l’a tous fait quand on était petit ? A ce compte là, j’ai sérieusement concurrencé Mister Freeze dans la création de glaçon friandise, en mettant du Tang au frigo. « Ca fait trois ans, qu’on travaille la dessus, raconte Odelson. On a rencontré plusieurs organismes qui nous ont un peu guidés. On a fini par entrer en contact avec un laboratoire. C’est lui qui compose la recette selon nos exigences. On a effectué plusieurs tests, plusieurs études, et en octobre 2010, on a sorti notre boisson ».

Odelson et Moussa vendent 5 000 cannettes par mois de leur boisson qui se veut énergétique et cool. Juste assez pour ne pas perdre de l’argent. Pour une nouvelle entreprise c’est déjà pas si mal. Ceci dit, la boisson n’a aucun avenir en Algérie. Doz est trop proche du mot « Toz » qui en arabe dialectal se traduirait par : « prout ! ». Quoique, la boisson qui péte ça peut être aussi un concept.

Bon, passons à la dégustation. Doz a une robe d’un clair assez soutenu. À l’ouverture, le nez est plutôt terreux. Il s’ouvre sur des notes de menthe verte, de réglisse, voire d’anis fraîchement coupé. Sur la langue, ces arômes  se démarquent par leur incroyable équilibre en bouche. Les tannins sont ronds et souples. L’acidité est assez présente, mais ne gêne pas. Je conseillerais la cuvée avec un suprême de Kebab, sur son lit d’harissa, garni d’une double portion de fromage, avec un zeste de  sauce samouraï. Je dis tout ça mais j’ai perdu le sens du goût depuis bien longtemps. Je suis algérien, j’ai bu trop de Gazouz quand j’étais petit. Le Coca-cola des Aurès. Les ménagères du bled l’utilisent comme détergeant ou le servent à boire à leurs ennemis pour les rendre aveugles. Un goût de pipi d’oiseau. Pire, si la pisse pouvait pisser à son tour, ça aurait certainement le goût du Gazouz. Doz c’est du miel par rapport à ce crachat de zombi (le Destop et le Canard Wc aussi).

La boisson de Moussa et d’Odelson se boit très bien.Tout est question de goût mais c’est frais et bien fait. Cela passe tout seul avec mon « quegré » de bûcheron du matin. Donc, Atlanta a le Coca- cola, les Algériens et les trolls, le Gazouz, et la Seine-Saint-Denis a Doz. Première boisson (buvable), 100% made in 9-3.

Idir Hocini

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