Mardi 15 avril, une note interne au commissariat du VI° arrondissement qui préconisait « d’évincer » les Roms dans le quartier, a été modifiée par le gouvernement suite à la polémique suscitée. Dalal est allée se promener dans le quartier.

Un petit creux nous fait faire un détour vers un fast food dans le cossu VI° arrondissement de la capitale. Une longue file d’attente ne nous décourage pas. Pour divertir les affamés, la chaîne de restauration propose aux clients de passer le temps en répondant à un quizz pour tenter de remporter des produits. Une hôtesse s’approche de nous et nous tend une tablette dernière génération. Son travail paraît long et ennuyeux, mais elle se défend : « Oh non, c’est agréable surtout quand il fait beau comme aujourd’hui. J’aime bien aller à la rencontre des clients et pouvoir leur faire passer le temps avec des petits jeux. Le seul soucis c’est que je suis souvent embêté par quelques Roms qui viennent mendier de quoi manger. Comme si j’avais les moyens de leur apporter de la nourriture à volonté. Ce n’est pas que je ne veux pas leur donner c’est que je ne peux pas. Parfois je veux bien faire preuve de charité mais à la longue ça devient problématique ».

Pourtant moi je n’en vois aucun. Je n’aperçois pas de rôdeurs tels qu’elle me les a décrit. Sentant mes doutes, elle renchérit « Vous vous demandez sûrement pourquoi il n’y en a pas en ce moment ? Je pense qu’ils sont juste allés errer ailleurs, peut-être bien grâce à la note qui demande de les « évincer systématiquement« . Elle a fait plus de bruit qu’on ne le pense ». Elle ne semble pas choquée et pense même que c’est une bénédiction d’avoir trouvée une solution à ce fâcheux « problème ». C’est bien ce qu’a tenté de faire un officier de police du commissariat de ce même arrondissement de Paris « sur instruction de la commissaire centrale » qui demandait « dès à présent et jusqu’à nouvel ordre pour les effectifs du VIe arrondissement, de jour et de nuit, de localiser les familles Roms vivant dans la rue et de les évincer systématiquement ».

Tous les habitants du VIe arrondissement ne sont pas du même avis. Une étudiante qui vit à Odéon dans l’une des rues les plus animées ne se sent pas ‘menacée’ : « Je vis ici depuis deux ans déjà et je ne vois pas pourquoi les hautes autorités en font tout un plat. Je croise les Roms plus souvent dans le métro qu’ailleurs. Et ils ne sont pas plus nombreux ici que dans le reste de la capitale. Ils mendient certes mais c’est parce qu’ils sont poussés par la misère. Ils en sont réduits à quémander. Au lieu de compatir ou encore de les ignorer, certains préfèrent éradiquer le problème et c’est alarmant de voir avec quelle dureté on tente de s’en débarrasser ».

Dans la capitale, on ne considère plus les Roms comme des personnes démunies, qui tentent de s’en sortir, mais plutôt comme un problème. On les identifie par leur nationalité et ils font l’objet de nombreux reportages, de dossiers spéciaux, qui les propulsent, selon les périodes, au devant de la scène médiatique. Ils semblent incarner l’insécurité et la dangerosité dans les rues parisiennes, en particulier la nuit.

Le vrai problème n’est pas la réputation de la ville lumière mais un problème de voisinage. Les Parisiens ne veulent pas être « embêtés » par ces mendiants. Les polices locales se sont donc senties « obligées » d’intervenir et d’employer si nécessaire des mesures draconiennes. Mais c’est bien cette façon de procéder qui finira par gêner et « éveiller » la conscience collective qui n’est pourtant pas toujours sensible au sort des Roms.

Mon cornet de glace à la main, nous continuons notre promenade. J’intercepte un passant, un homme d’une quarantaine d’année, qui flâne dans le quartier. « Je ne trouve pas que les choses ont changé entre le moment où la note a été rédigée et sa modification. Les Roms sont plus ou moins présents ici, cela dépend des jours mais ils ne sont pas plus nombreux dans mon quartier que dans le reste de la ville. Ils sont là, et ne mendient pas toujours comme on aurait tendance à croire. Ils sont en groupe, en famille pour la plupart ce qui pourrait donner l’impression qu’ils sont nombreux. ».

Le mardi 15 avril a connu une matinée de polémique après l’annonce de cette note par le Parisien. Le gouvernement a donc rectifié cette note en rappelant que « le principe selon lequel aucun contrôle de police ne peut être effectué en ciblant une personne en fonction d’une nationalité réelle ou supposée ». Une maladresse, semblerait-il. Cette note est donc interprétée comme « une réaction inadaptée à un réel problème » comme tente de le faire comprendre Anne Hidalgo, maire de Paris fraîchement élue, aux parisiens en déclarant « qu’il faut avoir une vision globale pour régler le problème ».

Dalal Jaïdi

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