Chez moi, c’est devenu une habitude. Toute ma famille piétine d’impatience face à l’arrivée des soldes. Les soldes, c’est sacré. J’ai remarqué une chose : je ne suis pas la seule à sécher les cours pour faire des emplettes. Avoir de nouveaux vêtements, être dans la tendance, toutes ces petites choses rendent les soldes primordiales. Et ce n’est pas pour déplaire aux commerçants. On ne va pas se plaindre. C’est avantageux pour nous aussi. On peut acheter deux ou trois bricoles pour quelques euros, les offrir et déclarer « Joyeux Noël en retard ! ».

Autre phénomène propre aux soldes : la violence qu’ils engendrent. Jamais je n’ai vu autant de femmes se disputer pour quelques bouts de tissus. Et ça se marche dessus, ça se bouscule, ça court dans tous les sens, ça s’excite aux caisses, bref, la femme est pleine de ressources. Je vous rapporte cette conversation entendue alors que je faisais la queue devant une caisse dans un grand magasin. Le contexte : une jeune fille bien habillée se tient derrière moi et attend patiemment de passer en caisse pour payer le chapeau qu’elle a dans les mains. D’autres femmes arrivent, une mère et ses deux grandes filles. Elles sont d’origine maghrébine (tout leur dialogue se fait en arabe et fort heureusement, je comprends).

« La petite avec son chapeau bleu devant, elle nous a doublées ! dit l’une des deux grandes filles. – Oui je crois, elle était pas là », acquiesce la seconde. Elles se mettent à taper du pied, à lorgner la fille, à souffler un peu trop fort, à regarder leurs ongles manucurés, dans l’attente d’un événement déclencheur. Qui ne tarde pas à arriver. La malheureuse avec son chapeau a, sans le vouloir, soufflé trop fort en direction des deux jeunes filles, qui ne la ratent pas (la mère se trouve devant un étalage, elle regarde des vêtements et viendra un peu plus tard dans le récit).

« Oh mon Dieu ! Un sac Prada, des chaussures Gucci et pas de dentifrice chez elle, ouffffff ! », dit une des filles en se pinçant le nez, et en ventilant l’air avec un catalogue (petits gloussements et approbation de sa sœur). La mère arrive : « Elle était pas là, elle ! qu’elle dit, en désignant encore une fois la jeune fille, qui n’est nullement en tort, et qui ne sait absolument pas qu’elle est victime de railleries. – Oui, elle était pas là, mais laisse tomber, ne lui parle pas, tu risques de tourner de l’œil, maman. Tu as une santé fragile. – Pourquoi ? – Elle pue de la gueule ! » La jeune fille a fini par passer en caisse, payer et partir. Les trois autres femmes s’en sont donné à cœur joie, mais la dispute n’a pas éclaté.

Classique au moment des soldes, le chapardage : une femme qui commet l’horrible erreur de poser deux secondes sur un portant, la dernière robe taille 38 qu’une autre convoitait. Le temps de ramasser les dix euros qu’elle a fait tomber et la robe n’est plus sur le portant. Chacun pour soi et Dieu pour tous ! Pas de solidarité pendant les soldes. Même entre amies. Là, c’est encore pire. Les amies. C’est tout un cas, elles nous disent qu’une veste ne nous va pas. Alors on la repose. Le cœur lourd. Trois jours plus tard on voit notre « amie » se pavaner avec la fameuse veste. Traîtresse !

Et puis il y a les hommes. Eux aussi font les magasins. Et pas qu’un peu. Comme les femmes, ils portent d’énormes sacs remplis à ras-bord de vêtements, comme les femmes, ils se lèvent tôt pour bénéficier d’un plus large choix, et de bons prix. L’homme est de plus présent dans l’univers de la mode. Dans les défilés, les magasines, ou les boutiques, il est un marché qui grimpe et qui rapporte. Du coup les magasins lui accordent, à lui et à ses congénères, plus de places mais aussi de meilleurs prix, car jusqu’alors, la mode, pour les hommes, n’était pas très accessible.

Alors, les soldes, avantageux ou pas ? J’attendrai un peu avant de répondre à cette question, car pour la première démarque, les magasins, en principe, ne baissent pas les prix au maximum. On trouvera beaucoup de vêtements soldés à -50% en ce début de soldes. Mais la foule ne diminue pas, bien qu’elle sache que les étiquettes vont encore chuter. Ne cherchons pas à être rationnels, ça nous gâcherait le plaisir.

Doria Attia

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