La dernière vague d’immigration qu’a connu la ville déposa sur les riants rivages de Bondy sa première communauté tamoule. Originaires du Sri lanka, ils arrivèrent dans notre cité au début des années 1990, l’apport important intervenant à l’aube de l’an 2000 quand la réhabilitation de l’ancien quartier industriel de la ville (la remise à Jorelle dans Bondy Sud) fournit les logements à même d’accueillir ces nouveaux Bondynois.

Aujourd’hui prés de 700 Tamouls vivent sur le territoire communal, principalement dans le Sud. C’est une communauté soudée, organisée, qui a le mérite d’être très ouverte sur l’extérieur malgré la barrière de la langue. L’ancien tôlier colonial de Ceylan étant l’Angleterre, les Tamouls pratiquent de ce fait plus aisément l’anglais que la langue de Molière.

Conscient de ce handicap culturel, nos Sri lankais se sont organisés dans l’association franco-tamoule qui fait un peu office de porte parole de la diaspora par le biais de son président, Monsieur Rajendram. En terme d’immigration, ce dernier présente un parcours hélas typique pour ceux issus de sa communauté. Comme dans de trop nombreux cas, la guerre l’a poussé sur le chemin de l’exil. Le Sri lanka étant depuis une vingtaine d’années ravagé par un conflit opposant le gouvernement cingalais (l’ethnie dominante au Sri lanka) à la minorité tamoule. C’est pour fuir les massacres que beaucoup ont quitté le pays. Monsieur Rajendram se dit aujourd’hui très préoccupé par la situation de ses congénères: « Les pogroms contre les tamouls ont repris ! » m’affirme t il. Après 4 années de trêve, la situation au Sri lanka s’est de nouveau dégradée, les combats entre forces gouvernementales et les Tigres de libération de l’Ealam Tamoul (LTTE le mouvement indépendantiste tamoul) nourrissent encore une fois l’actualité.

La même histoire se répète dans chaque conflit, quand les armes parlent, le sang et les larmes sont les lots des populations civiles d’un coté comme de l’autre. Si la souffrance ne s’encombre pas de considérations ethniques, les Tamouls ont eu plus que leur part de tueries. Pour interpeller l‘opinion publique sur les événements qui endeuillent leur pays, les Tamouls de France ont organisé une manifestation ce 25 juillet, au mur de la paix à Paris.

Je trouve décidément que cet été est beaucoup trop propice à ce sommet d’imbécillité et d’artisanat humain qu’est la guerre. J’ai de plus en plus l’impression qu’il faut une accrédition délivrée par les puissants pour qu’un peuple ait le droit de vivre sans qu’une bombe lui tombe sur la tête. Il est triste de constater que la diplomatie de nos jours se résume à cette seule phrase : « C’est à moi !»

Idir Hocini

Idir Hocini

Articles liés

  • À Paris, la Modest Fashion fait le show et s’engage

    Pour la première fois en France, un événement dédié à la mode pudique a vu le jour. Organisé par l’agence et média Modest Fashion France, l’événement « Modest Fashion Summer Session » s’est déroulé du 7 au 8 mai 2022. Étoffes chatoyantes, clientes enjouées, talks à thèmes et défilés étaient au rendez-vous. Retour sur un événement aussi stylé que politique.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 16/05/2022
  • Aux Pavillons-sous-bois, des mois sans anglais ni histoire pour des troisièmes

    Au collège Anatole France, aux Pavillons-sous-Bois, pendant des mois certains élèves de troisième n'ont pas eu de professeur d'histoire-géographie, ni d'anglais. Alors même qu'ils et elles préparent le brevet. Une situation chaotique que beaucoup d'établissements dans le département de Seine-Saint-Denis ne connaissent que trop bien. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 11/05/2022
  • Objections, des poèmes pour raconter les comparutions immédiates

    Le 15 avril est paru Objections, Scènes ordinaires de la justice, un livre de l’historien et poète, Marius Loris Rodionoff. Il y raconte en poèmes les comparutions immédiates auxquelles il a assisté entre 2015 et 2019, dans les Tribunaux de grande instance de Paris, Lille et Alençon. Un livre percutant dont les portraits qui s’enchaînent nous montre la misère sociale et la violence de cette justice ordinaire qui condamne et emprisonne chaque jour. Critique.

    Par Anissa Rami
    Le 10/05/2022