Aujourd’hui, qui n’a pas entendu parler de Nabila?  Elle se dit représentative de la jeunesse d’aujourd’hui. Latifa, n’étant pas du tout d’accord, lui adresse une lettre.

Chère Nabilla,

J’ai laissé passer tellement de choses.Ton affront constant envers notre belle langue, ton ignoble bonnet rose ou encore ton histoire avec Sofiane et la pollution auditive qui a suivi. Je t’ai même pardonné ce maillot si échancré sur les plages de Miami, qu’il aurait fait rougir Marc Dorcel. J’ai fermé mes yeux et bouché mes oreilles, très fort, pour ne plus te voir ni t’entendre répondre au téléphone. Pourtant, tu me faisais sourire et tu m’as presque attendrie.

Ton histoire avec Thomas, cette lumière qui anime tes jolis yeux devant un morceau de tissus griffé. J’ai quasiment eu de l’admiration pour toi, tu réussis à brouiller les pistes, cette petite chose que tu portes, est-ce un short ou une culotte ? Je prenais du plaisir à te voir faire la tournée des popotes médiatiques. Vois-tu, le dîner de cons est mon film favori.

Mais voilà que dimanche, ce fut l’apparition, et même l’incarnation de trop. « Je suis la jeunesse d’aujourd’hui ». La connais-tu seulement ? La jeunesse d’aujourd’hui, dans sa grande majorité n’a jamais fait de détention préventive. Elle travaille, elle étudie, et pour elle, l’accomplissement ne se résume pas à une semelle rouge.

La jeunesse d’aujourd’hui, en tout cas celle que je connais, ne roule pas en cabriolet dans les rues de Miami, incarnant une réussite factice. Elle brûle plutôt ses économies en séjours linguistiques, en stages à l’étranger ou en séjour d’une semaine « all inclusive » dans des hôtels de Marrakech ou d’Hammamet.

Alors oui, peut-être qu’elle te regarde, le soir, en sortant des cours ou du boulot, mais comme tout le monde, pour rire. Plus de pain, désormais, le peuple veut des seins et des jeux. Dans le pire des cas, tu incarnes le fantasme de certains jeunes d’aujourd’hui qui courent après la gloire, les booking en boîtes et autres fausses « paparazzades ». Vaste programme. Cette jeunesse qui, par exemple, va de nouveau faire les beaux jours de TF1 durant tout l’été à partir de ce vendredi.

Mais dans une naïveté que nous partageons peut-être, j’ose encore croire que la jeunesse d’aujourd’hui n’a pas pour idole ultime Kim Kardashian. Que les jeunes filles qui grandissent dans les barres HLM ou non d’Annemasse, comme toi, ou d’ailleurs, ne rêvent pas toutes de poser à moitié nues pour être connues. Elles ont, je le souhaite, autre chose à faire valoir. L’esprit que tu fais semblant de ne pas avoir ou que tu n’as pas. Une certaine maîtrise du Bescherelle qui leur permettrait de comprendre les jeux de mots les plus élémentaires d’un humoriste aussi doué soit-il, et surtout un respect certain pour elle-même.

Nabilla, non, tu n’es pas la jeunesse d’aujourd’hui. Tu es seulement celle que l’on veut bien nous montrer.

 

Latifa Oulkhouir

Articles liés

  • Grève des sans-papiers : « On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! »

    En Île-de-France, près de 300 travailleurs sans-papiers ont entamé une grève face à un système d'emploi qui pousse à l'exploitation durable sans régularisation. Une main d'oeuvre pas chère, qui subit des cadences toujours plus difficiles dans des secteurs clés de la vie quotidienne. Reportage.

    Par Olorin Maquindus
    Le 27/10/2021
  • Thérapie de conversion : du discours religieux à la psychanalyse

    Alors que le Parlement se penche depuis ce mois d'octobre sur l'interdiction des thérapies de conversion, Miguel Shema s'est penché sur le documentaire 'Pray Away'. Film documentaire qui fait la lumière sur l'entreprise américaine Exodus, qui pendant des années à promis à des milliers de membres de la communauté LGBTQI+ de changer d'orientation sexuelle. Des pratiques qui passent par l'usage d'une sémantique psychologique et non religieuse. Analyse.

    Par Miguel Shema
    Le 26/10/2021
  • La Brigade des mamans contre les amendes abusives de leurs enfants

    Dans de nombreux quartiers, les jeunes sont victimes d'une nouvelle arme sur-utilisée par les agents de police : les amendes. Parfois lancées sans même avoir rencontré les jeunes. Un phénomène à l'origine du surendettement de nombreuses familles. Pour se prémunir de ce fléau, à Belleville (Paris), des mamans veillent et sortent dans la rue jusque tard pour protéger leurs enfants. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 22/10/2021