Madame la Ministre,

Au moment de la polémique autour du « hijab de Decathlon », vous n’avez pas manqué de réagir au micro de RTL, en ces termes : « Si l’on souhaite l’égalité femme-homme, ce n’est pas pour que les femmes cachent leur visage ! » Il semblerait donc que vous vous inscriviez, du moins selon vos dires, dans la lutte pour l’égalité hommes-femmes, et quelle bonne nouvelle ! Quelle joie d’avoir une ministre féministe à ce poste ! Je vous écris donc cette lettre en tant qu’étudiant en médecine – et, espérons-le, futur médecin – mais surtout en tant que personne soucieuse de l’égalité femme-homme, comme vous prétendez l’être.

Je vous écris donc pour vous partager mon enthousiasme. Vous, ministre de la santé, étant féministe, vous allez donc mettre tout en œuvre pour lutter contre les violences gynécologiques. Vous allez lutter contre les viols à répétition qui se déroulent au sein de nos hôpitaux. Oui, j’ai bien dit des viols, je ne trouve pas d’autre mot pour qualifier des touchers vaginaux effectués sur des patientes endormies à qui personne n’a demandé leur consentement. Même la prestigieuse CNCDH (commission nationale consultative des droits de l’Homme) a pointé, dans un rapport publié en mai 2018 (page 13), des « violations de la loi » commises dans les CHU, bafouant le « droit à un consentement libre et éclairé ».

Vous, ministre de la santé féministe, vous allez lutter contre l’inconscient hétérosexuel du système de santé, vous allez lutter contre la lesbophobie omniprésente qui expose les lesbiennes à des risques plus importants d’attraper des maladies sexuellement transmissibles, car notre très cher système de santé et sa vision hétérosexuelle du monde refuse de fournir des soins à ces mêmes lesbiennes étant donné qu’elles n’ont pas une « vraie » sexualité.

Syndrome méditerranéen et césariennes à outrance

Vous, ministre de la santé féministe, vous allez lutter contre la transphobie qui gangrène le milieu médical. Les femmes trans (comme les hommes trans) se retrouvent exclues du système de santé car la transphobie qu’elles subissent est si forte qu’elles renoncent trop souvent aux soins. Et il est évident que vous lutterez aussi pour une prise en charge totale par la Sécurité sociale des opérations de réassignation de sexe, et pour un accès beaucoup plus facile aux thérapies hormonales.

Vous, ministre de la santé féministe, vous allez lutter contre le racisme, cancer du milieu médical. Racisme qui a mené à la mort de Naomi Musenga car sa douleur – comme la douleur des femmes racisées – n’a pas été prise en considération. Vous lutterez contre l’invention raciste qu’on appelle « le syndrome méditerranéen », syndrome qui décrit cette fâcheuse tendance qu’auraient les femmes arabes à exagérer leur douleur. Vous lutterez aussi contre le racisme qui pousse des praticiens à pratiquer des césariennes sur les femmes noires et cela sans nécessité avérée. L’hôpital est devenu, et depuis bien longtemps, une usine dont les personnes socialement dominées sont les premières victimes.

Vous, ministre de la santé féministe, vous lutterez pour un hôpital plus accessible aux femmes handicapées, et pour les femmes grosses et/ou obèses. Un hôpital adapté pour fournir les soins nécessaires à sa population. Sinon c’est un hôpital dont l’organisation exclut de fait certaines femmes du système de santé. Vous lutterez, et ce sans fléchir, contre le validisme et la grossophobie de l’hôpital public et du système de santé en général.

Vous, ministre de la santé féministe, vous lutterez contre le néo-libéralisme qui place la logique du profit et de la rentabilité au centre de notre système de santé. Qui désigne des patient.e.s rentables et d’autres qui ne le sont pas. Qui rend l’accès aux soins encore plus difficile aux femmes les plus pauvres. Mais ça, bien évidemment, vous en avez conscience.

Et enfin – même si il y a encore beaucoup à dire -, vous, ministre de la santé féministe, vous allez lutter contre l’exclusion des femmes voilées du système de santé. Vous lutterez contre le refus d’accès aux soins auquel ces femmes font face à cause de leur voile.

Tout ce que je viens de dire là, Madame la Ministre, vous en avez bien évidemment conscience, et vous allez donc porter ces luttes aux côtés de toutes ces femmes, parce qu’il semblerait que la question de l’égalité hommes-femmes est pour vous si importante ! À moins que tout ceci, que votre posture féministe n’ait été qu’une manière d’invisibiliser et d’insulter les femmes voilées ? À moins que vous ne soyez en fait islamophobe ? À moins que la réalité des maltraitances que subissent les femmes dans le système de santé ne vous intéresse pas ?

Miguel SHEMA

Crédit photo : Flickr/Mutualité française

Articles liés

  • En Seine-Saint-Denis, la médecine de ville sans personne à son chevet

    #BestOfBB. En avril, pour Médiapart, le BB s'est penché sur la question de l'accès aux soins en Seine-Saint-Denis. Un maillage médical insuffisant, une difficulté d’accès aux droits : soigner en Seine-Saint-Denis s’apparente à un sacerdoce. Pourtant, des médecins ont fait le choix d’exercer sur ce territoire où la précarité est la norme. Notre enquête pour Médiapart.

    Par Latifa Oulkhouir
    Le 06/08/2019
  • Momo, interne parmi les internés

    #BestOfBB, semaine « L'or du commun », 3/5. Ils ne sont pas célèbres, ils prennent le métro ou le périph' tous les jours, ils ont une vie banale. Extraordinairement banale. Le BB vous présente depuis mars des héros du quotidien. Troisième épisode consacré à Morgan, aka Momo, interne en psychiatrie.

    Par Eugénie Costa
    Le 31/07/2019
  • En Seine-Saint-Denis, la médecine de ville sans personne à son chevet

    Un maillage médical insuffisant, une difficulté d’accès aux droits : soigner en Seine-Saint-Denis s’apparente à un sacerdoce. Pourtant, des médecins ont fait le choix d’exercer sur ce territoire où la précarité est la norme. Notre enquête pour Médiapart.

    Par Latifa Oulkhouir
    Le 13/04/2019